
En quelques heures, l’insouciance des vacances a laissé place à la peur, à l’évacuation et, pour certaines familles, à la perte de leur maison. Alors que la rentrée approche dans un contexte encore très incertain, comment expliquer l’incendie aux enfants, repérer leur mal-être et les aider à retrouver un sentiment de sécurité ? Les conseils de Béatrice Glondu, gestalt-thérapeute et fondatrice de Parole & Partage.
« Cette vidéo ne montre pas seulement des murs calcinés. Elle montre toute une vie partie en fumée. » Sur Instagram, Amandine Faget, qui vit à Biscarrosse, raconte ce que sa famille a perdu dans l’incendie : la chambre de son bébé, son bracelet de maternité, ses empreintes dans l’argile, son album de naissance, son petit lit venu d’Afrique. Les autres enfants de la famille ont perdu leur chambre, leurs jouets et leurs souvenirs. « Le plus difficile à expliquer, ce n’est pas seulement de tout perdre. C’est de ne plus avoir de chez nous », écrit-elle.
Derrière les images de maisons brûlées, il y a cette réalité difficile à mesurer : des enfants qui ne retrouveront pas leur chambre, des parents qui doivent rassurer alors qu’ils sont eux-mêmes bouleversés, et des familles entières qui tentent de reprendre pied sans savoir encore où elles vivront dans quelques semaines.
Quand la peur reste après les flammes
Perdre son logement, ce n’est pas seulement perdre des meubles ou des vêtements. C’est voir disparaître le cadre dans lequel la famille se retrouvait chaque soir, les objets auxquels étaient attachés des souvenirs et tout ce qui rendait le quotidien familier. Pour un enfant, cette disparition peut remettre en cause une sécurité qui lui paraissait jusque-là évidente.
« Sur le plan psychologique, on perd le sentiment de sécurité, mais aussi une forme d’insouciance dont l’enfance est souvent le lieu privilégié », explique Béatrice Glondu. « La confrontation au feu constitue une menace vitale. Elle peut conduire à une hypervigilance, à une peur anormalement élevée et à une plus grande fragilité émotionnelle. »
Même une fois l’incendie maîtrisé, une sirène, une odeur de fumée ou un bruit inhabituel peuvent suffire à faire ressurgir la peur. L’enfant peut craindre qu’un nouveau feu se déclare ou demander plusieurs fois si sa famille est réellement en sécurité. Dans ces moments-là, rappeler que « l’essentiel est d’être en vie » ne suffit pas toujours. Bien sûr, les familles savent ce qu’elles ont préservé. Mais cela ne rend pas moins douloureuse la perte d’une chambre, d’un doudou, d’un album photo ou de dessins conservés depuis des années. Reconnaître ce chagrin, sans le minimiser, aide l’enfant à se sentir compris.
Que dire à un enfant après un incendie ?
Les parents peuvent être tentés de taire certains éléments pour protéger leur enfant. Pourtant, lorsqu’il pose une question, mieux vaut lui répondre avec des mots adaptés à son âge.
Avec les plus jeunes, pas besoin de longues explications : il y a eu un incendie, les pompiers sont intervenus et la famille va vivre ailleurs pendant quelque temps. Il n’est pas nécessaire de raconter tout ce qui aurait pu se produire ni d’anticiper des inquiétudes que l’enfant n’a pas exprimées.
« Les parents sont eux aussi victimes de l’incendie. Ils font de leur mieux avec leurs propres émotions et leur propre traumatisme », rappelle Béatrice Glondu. « L’important n’est pas d’être parfait, mais d’essayer de ne pas projeter sur l’enfant des inquiétudes qu’il n’a pas lui-même formulées. »
Avec un enfant plus grand, on peut expliquer ce que l’on sait de l’origine du feu, le rôle des pompiers et les mesures prises pour protéger les habitants Quand on ne sait pas, il vaut mieux le dire simplement : « Nous ne savons pas encore, mais nous te dirons ce que nous apprendrons. » Sans lui promettre que tout redeviendra comme avant, on peut lui expliquer que la situation va changer : les affaires essentielles seront rachetées, de nouvelles habitudes vont se créer et la vie reprendra progressivement.
Avec un adolescent, laisser la porte ouverte
Les adolescents ont souvent déjà vu les images de l’incendie et suivi les informations sur les réseaux sociaux. Ils peuvent pourtant éprouver beaucoup de difficultés à parler de ce qu’ils ressentent à leurs parents.
Certains minimisent, s’isolent ou répondent simplement : « Ça va. » Même si l’on aimerait savoir ce qu’ils ressentent, mieux vaut éviter de les questionner sans cesse. « Un “comment ça va ?” trop fréquent peut devenir anxiogène. À l’inverse, ne jamais poser la question peut enfermer l’adolescent dans sa solitude », explique Béatrice Glondu. « Il faut trouver le bon dosage. » Être présent, sans insister, suffit parfois. S’il ne souhaite pas parler à ses parents, il peut se tourner vers un ami, un proche ou un professionnel avec lequel il se sent en confiance.
Exprimer sobrement son propre ressenti peut également ouvrir un espace de dialogue : « Moi aussi, j’ai eu peur. Je suis soulagé que nous soyons ensemble, mais je suis encore triste. Et toi ? » L’important est qu’il se sente libre de parler, sans pression ni jugement.
Quels signes doivent inquiéter les parents ?
Après un incendie, un enfant peut faire des cauchemars, sursauter facilement, réclamer davantage la présence de ses parents ou poser plusieurs fois les mêmes questions. À l’inverse, il peut refuser catégoriquement d’évoquer ce qui s’est passé.
Le choc s’exprime parfois autrement : difficultés d’endormissement, perte d’appétit, irritabilité, agitation, fatigue inhabituelle, maux de ventre, tensions physiques ou tendance à se ronger les ongles. « Il faut être attentif aux signaux corporels et aux changements de comportement », conseille Béatrice Glondu. « Une hypervigilance, des cauchemars, un repli social, une baisse des résultats scolaires ou une irritabilité importante doivent être observés. » Ces réactions peuvent apparaître immédiatement, mais aussi plusieurs semaines après l’incendie. Elles ne signifient pas nécessairement qu’un trouble durable va s’installer.
Si ces signes persistent ou commencent à l’empêcher de vivre normalement, il est important de consulter. Des crises d’angoisse, des troubles alimentaires, un isolement marqué ou des paroles désespérées ne doivent jamais être banalisés. Un médecin, un pédiatre, un psychologue ou un pédopsychiatre pourra alors évaluer la situation et orienter la famille.
Retrouver des repères, même loin de chez soi
Après l’évacuation, certaines familles vivent pendant des semaines dans un hôtel, chez des proches ou dans un logement provisoire. L’enfant doit vivre dans un environnement différent : son lit, les bruits autour de lui, le trajet quotidien et parfois même son école.
Dans cette période bouleversée, retrouver quelques habitudes peut rassurer l’enfant : un doudou semblable, des repas à heure fixe, une activité ou du temps avec ses amis. « Il faut vivre des moments et faire ensemble : manger, regarder un film, faire du sport », conseille Béatrice Glondu. « Il faut parvenir à retrouver des formes de soutien et de joie dans un environnement qui est, pour le moment, envahi par le drame et ses conséquences. Cela prend du temps. »
Ces habitudes simples aident l’enfant à retrouver un peu de stabilité. Les parents peuvent aussi lui expliquer la situation au fur et à mesure : « Nous allons rester ici quelque temps. Nous ne savons pas encore combien de temps, mais nous cherchons une solution. »
Une rentrée sous le signe de l’incertitude
À l’approche de la rentrée, l’enfant mesure plus concrètement ce qu’il a perdu : son cartable, ses vêtements, ses fournitures ou son équipement de sport. Mais il retrouvera aussi des camarades qui auront peut-être traversé la même épreuve, ce qui peut l’aider à se sentir moins seul.
Préparer la rentrée avec l’enfant peut l’aider à se sentir moins inquiet : choisir ses nouvelles affaires, lui expliquer comment se passeront les premiers jours et, si possible, lui permettre de retrouver son école, ses enseignants et ses camarades. Avec son accord, les parents peuvent aussi prévenir un adulte de confiance dans l’établissement. En revanche, avant de parler de l’incendie devant la classe, il faut toujours lui demander ce qu’il souhaite.
« Certains enfants auront envie d’en parler, d’autres non. Personne ne doit se sentir obligé de raconter ce qu’il a vécu », insiste Béatrice Glondu. Les camarades peuvent manifester leur soutien sans multiplier les questions : être bienveillant, c’est aussi respecter le silence de l’autre.
Soutenir les familles lorsque l’urgence retombe
Les incendies ont suscité un immense élan de solidarité, en France comme à l’étranger. Dons, hébergements, repas, vêtements, renforts humains et matériels ont permis aux familles et aux secours de tenir dans les premiers jours.
Mais lorsque l’attention retombe, les difficultés restent : le relogement, les assurances, les démarches et l’incertitude. « Après la solidarité qui nous a permis de tenir, on peut se retrouver ou se sentir seul », observe Béatrice Glondu. Les parents ont eux aussi besoin d’être entourés. « Pour soutenir et rassurer quelqu’un, il faut d’abord trouver du soutien pour pouvoir ensuite le transmettre », rappelle la thérapeute. Un proche, un médecin, une association, un groupe de parole ou un professionnel peuvent les aider à ne pas porter seuls cette épreuve.
Il faudra du temps pour retrouver des repères. « Il faut prendre le temps de vivre sa peine et de pleurer autant que nécessaire, parce que ce qui s’est passé est grave », souligne Béatrice Glondu. Se reconstruire ne signifie pas oublier ce qui a été perdu, mais parvenir peu à peu à redonner une place au quotidien, aux liens et aux projets.
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