
Sorèze, ça ne vous dit rien ? Et pourtant, cette ravissante petite ville du Tarn, à une heure de Toulouse, mérite d’être découverte. Pour son atmosphère médiévale préservée, pour l’écrin de nature qui l’entoure, mais aussi parce qu’elle va vous plonger dans l’histoire, et pas n’importe laquelle : celle de l’éducation… à la française ! Car Sorèze est d’abord célèbre pour son école !
Annoncer à vos enfants que vous les amenez visiter une école, ça a des chances de les faire fuir ? Détrompez-vous, au contraire, ça va les passionner ! Et on vous explique pourquoi, en cinq bonnes raisons.
1- Abbaye-école de Sorèze : sur les traces des anciens élèves
Qu’ont en commun Hugues Aufray, Julien Lepers, Claude Nougaro ou les frères Bogdanoff ? Ils ont tous été élèves ici ! Et bien avant eux, des généraux d’Empire comme de grands artistes, des académiciens comme des scientifiques, ont usé leurs fonds de culottes sur les bancs de cet ancien haut-lieu de l’éducation française, dont le nom a été, pendant des siècles, synonyme d’excellence et de rigueur.
Qu’ils soient devenus célèbres ou restés anonymes, beaucoup ont gravé leurs noms sur les murs de pierre blonde – c’était devenu une tradition lorsqu’ils quittaient l’école, déjà, sous Louis XVI. (cf photo où tu verras le nom : PELET, c’est l’une des gravures les plus anciennes, attestée du 18ème siècle. Pr la légende… ) Lequel décida de sa fondation, en 1776, dans cette ancienne abbaye tarnaise du 8ème siècle, détruite plusieurs fois et reconstruite au 17ème par les bénédictins.
Dans les couloirs de l’ancienne école royale militaire
Les élèves de Sorèze étaient alors des « cadets-gentilhommes », et partout, entre ces longs couloirs, sous ces portiques, dans cette immense cour comme dans les jardins, on a l’impression qu’on va les croiser. Les enfants et ados vont adorer rencontrer ces fantômes de leur âge et découvrir leur vie quotidienne dans ce collège si différent… et pourtant si proche, par certains côtés, du leur !
Sur le parcours permanent de la cité, qui vous promène des dortoirs aux salles de classe ou de réception, retraçant 300 ans d’histoire éducative française, on revit tous les détails de la vie qu’ont mené ces générations d’écoliers. Mais aussi dans l’exposition « Garde à Vous ! » qui se tient jusqu’au 27 décembre 2026, pour commémorer le 250ème anniversaire de cette «Abbaye-école », civile et militaire, qui ne ferma ses portes qu’en 1991 !

La vie des pensionnaires à Sorèze
Dans la splendide salle des illustres, on peut imaginer l’ancienne récréation des jours froids (la salle était chauffée avec une cheminée, de même que les classes, ce qui était aussi nouveau que leur éclairage !) et observer les bustes des grands hommes passés par Sorèze.
La chapelle, construite en 1844, a d’abord été une salle de classe. Visiter les étroites cellules individuelles où dormaient parfois des enfants d’à peine six ans, sans jamais revoir leurs parents, même pas pour les vacances – car on leur déconseillait d’interrompre le rythme et de partir se dissiper en famille, et cela, jusqu’au 19e siècle ; lire leurs mots tracés à la plume, sur des lettres envoyés à des mères qui ne les voyaient pas grandir ; observer des photos en noir et blanc, montrant des élèves en pleine leçon de natation, dans le grand bassin de pierre qu’on peut encore admirer dans le parc (eh oui ! Ils avaient leur piscine, et ceci, dès le 18e siècle !)… tout cela étreint le coeur et stimule l’imagination.
2- À Sorèze, vos ados vont redécouvrir l’école autrement
Réveil à 5h15. Prière, temps d’étude, messe, déjeuner, classe de 7h15 à 11H15, exercice militaire, dîner, récréation, équitation, temps d’étude, souper à 18H45. Récréation, prière, coucher à 20H45. Voilà le quotidien scolaire des élèves du 18ème siècle à Sorèze, qui avaient pour la plupart entre 11 et 14 ans. On n’aurait pas pu y caser le moindre temps d’écran !
Par contre, le sport, c’était tous les jours : cheval, escrime, mais aussi natation, sans oublier le maniement des armes !
Collège royal militaire : une école d’élite sous Louis XVI
Car Sorèze fait partie des 12 collèges royaux et militaires fondés en 1776 sur ordonnance de Louis XVI. Le roi avait en effet décidé qu’il était grand temps de donner une éducation plus solide à ses futurs soldats, et de former une élite militaire. Pour autant, les élèves n’étaient pas des enfants soldats ; ceux qui n’étaient pas pensionnés par le roi (les « boursiers » de l’époque !) étaient libres de s’orienter vers des carrières civiles. La plupart achevaient alors les études au niveau qui serait celui de la 3ème.
Le « plan d’éducation » élaboré, à l’origine, par Dom de Fougeras, se basait sur les principes des encyclopédistes : novateur, il instituait pour la première fois un tronc commun à tous les élèves… et des options : l’Histoire et la géographie entraient dans les matières principales, le latin devenait optionnel (révolution pour l’époque !) les sciences naturelles ou les disciplines artistiques étaient enseignées pour la première fois à l’école – chant, dessin, ou musique, option qui avait beaucoup de succès !
Sorèze, 300 ans d’histoire de l’éducation française
Sur le parcours temporaire, on revit la journée d’un des cadets du roi, Louis de Chonac de Lanzac – personnage imaginaire mais construit à travers des témoignages réels. Il est mis en scène dans les dessins colorés et naïfs de Julie Eugène, illustratrice spécialisée dans l’enfance. Pour garder cette vision enfantine, d’autres scènes du quotidien de Sorèze ont été reconstituées… à l’aide de Playmobil (des créations de Vincent Rousseau).
Quant au parcours permanent, il fascine par la richesse des documents d’archives, dont les 135 planches répertoriant les noms des élèves de l’école de 1682 à 1990, les étonnants « cahiers d’exercices publics » en usage de 1761 à 1850, les programmes de distribution de prix, les emplois du temps, peintures d’élèves, lettres, gravures ou photographies, témoignages écrits ou audios.
Tout cela permet d’observer notamment la démocratisation progressive de cette école d’élite, pourtant gratuite dès sa création pour les externes, et multiculturelle – beaucoup d’enfants étant ceux de propriétaires de plantations aux Antilles, ou à la Réunion. Bien que catholique, l’Abbaye-école accueille aussi des élèves juifs ou musulmans. Mais la première fille n’entre à l’école… qu’en 1976 !

Photo : Cité de Sorèze
Rythmes scolaires, options, pédagogie : Sorèze en avance sur son temps
L’enseignement religieux et les uniformes restent présents même quand l’école cesse d’être militaire, tandis que les théories pédagogiques s’avèrent souvent étonnantes, progressistes parfois, avec des concepts ou interrogations qui font déjà écho avec ceux de notre époque – surtout à partir du 19ème siècle.
A cette époque, le révérend père Lacordaire prend la direction de l’établissement et décide de réformer les méthodes d’enseignement, prônant l’enseignement des langues étrangères (l’allemand ou l’italien font leur entrée dans les programmes), instituant des divisions par couleur selon les tranches d’âge, faisant naître les ancêtres des « classes » d’aujourd’hui (la « cour des rouges » était celle des plus âgés, séparés des jaunes et des bleus). Et s’interrogeant déjà sur les rythmes scolaires !
3- Musée Dom Robert : la tapisserie qui plaît aussi aux enfants
La Cité de Sorèze consacre aussi un parcours permanent à l’un de ses anciens élèves : Dom Robert, artiste moine disparu en 1997, assez méconnu du grand public et pourtant honoré dans le monde entier pour ses créations… tapissières.
La tapisserie vous ennuie, encore plus quand elle est religieuse ? Là encore, vous allez être surpris ! Non seulement Dom Robert va renverser vos idées reçues et vous faire aimer la tapisserie, mais en plus, il a toute les chances de séduire vos enfants par le gigantisme et l’aspect naïf, éclatant de couleurs et de vitalité, de ses oeuvres. Tout le contraire d’un art dévot – et la nature est d’ailleurs le sujet central de ses œuvres, bien plus que la religion – dont elle est, à ses yeux, l’expression la plus pure.
Faites connaissance, si vous l’ignoriez, avec cet artiste qu’on écoute parler à travers des archives vidéo, et dont les œuvres occupent 1 500 m2. Le musée est aménagé dans l’ancien dortoir, par l’architecte Suzanna Ferrini, qui allie le design contemporain au respect du patrimoine architectural très riche de la cité de Sorèze. Son installation met en valeur ces œuvres foisonnantes, célébrant la faune, la flore, mais aussi l’humain.
4- Artisanat, ateliers et brunch turc dans les rues de Sorèze
A la sortie de l’école, longeant les bâtiments de la Cité sur la rue Saint-Martin, la Passerelle des Arts, assez récente (elle a été créée en 2024), vous conduit d’échoppe en échoppe, et se prolonge désormais dans la rue du Clocher.
Faïences, textiles, cuir, papier ou même plumes, voire cheveux : on peut admirer des objets d’art originaux, en tous matériaux, et apprendre leurs secrets de fabrication. Voire même vous y exercer, puisque divers ateliers sont proposés aux familles (consultez le programme !) L’Association des Ateliers de l’Abbaye de Sorèze ambitionne de faire de Sorèze une véritable cité des arts et métiers d’art.
En plein coeur de cette pépinière artistique, un atelier très particulier vous propose une pause gourmandise : le Studio Au Goût’thé ouvre sur la passerelle des Arts et cache sur l’arrière une magnifique cour ombragée, empreinte de sérénité. Ici, le dimanche, vous pourrez découvrir un art culinaire : celui de la Turquie. C’est en effet un couple franco-truc qui tient ce salon de thé et propose un brunch dominical vraiment succulent. On pose sur votre table une quantité invraisemblable de jolies soucoupes et assiettes, emplies de différents mezzés, petits pains turcs chauds et dorés, miels, fromages, confitures, fruits secs… Tout est fait maison, et accompagné de jus de fruits frais, et d’un excellent thé à la turque.
On vous recommande cette belle expérience gustative, dans une ambiance conviviale ; après laquelle vous pourrez continuer la visite de la Cité de Sorèze dans ses jardins – un hectare est ouvert à la visite libre, sur les sept du parc, les autres sont accessibles uniquement en visite guidée, pendant la période estivale. Finissez par la Cité hors les murs, en flânant dans la petite ville, entre ses ruelles médiévales, ses belles façades et le Clocher Saint-Martin.
5- Lac de Saint-Ferréol : baignade et pause nature près de Sorèze
A distance de vélo (25 minutes, 5 km ; 10 mn en voiture) le lac de Saint-Ferréol, à Revel, est l’étape idéale en famille, pour une nuit au calme, au vert et près de l’eau. Longé par une longue digue, construite au 17ème, le long de laquelle serpente le canal du Midi, ce lac artificiel paraît pourtant tout naturel, niché dans son vallon verdoyant, entouré de pins, surplombé par les premiers sommets de la montagne Noire. Un site classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, tout de même !
Le lac a été conçu pour servir de bassin de rétention au canal du Midi, qu’il alimente et régule ; mais depuis l’oeuvre de Paul Riquet, de l’eau a coulé sous les ponts ! Le canal ne sert plus au commerce mais fait voguer des touristes, et le lac s’est ouvert à la baignade (surveillée de 12 à 18h en été) et aux sports nautiques : vous pouvez y pratiquer du paddle ou canoë, et bien sûr du vélo électrique ou VTT (en location sur place). On fait facilement le tour du plan d’eau à pied, en une heure environ, et on peut pique-niquer sur les petites plages de sable, ou à l’ombre des clairières dans la pinède qui l’entoure.
Si vous en avez le temps, faites une halte culturelle au Musée « Le Réservoir », consacré à l’oeuvre de Paul Riquet. Et passez une nuit paisible au coeur de la verdure, à deux pas de l’eau : l’Hôtellerie du Lac est idéale pour les familles ! De grandes chambres ou suites familiales, une ambiance très conviviale, une superbe vue sur le lac qu’il surplombe, une longue gloriette sous laquelle on peut prendre le petit déjeuner, le déjeuner ou le dîner (cuisine classique française, à base de produits locaux) : cet hôtel sympa et très abordable (2 étoiles) a gardé le charme et l’allure Art Déco des anciens palaces de stations balnéaires ou thermales.

Cité de Sorèze : horaires, tarifs et bonnes adresses
Cité de Sorèze, à 1h de Toulouse, au sud du Tarn.
Ouverture de l’ensemble du site (Abbaye-école, Musée Dom Robert, jardin) tous les jours 10h-12h30 / 14h-18h et tout l’été, 10-19h.
Billet d’entrée, 9€ tarif plein (7€ pour les 12-18 ans, étudiants) avec accès au parcours d’interprétation de l’Abbaye-école, au musée Dom Robert et de la tapisserie du 20e siècle, au Jardin-parc aménagé (avec des jeux d’époque et un parcours sur la flore typique de la montagne Noire).
Information et réservationHôtellerie du Lac**
22, Avenue Pierre-Paul Riquet Saint-Ferréol – 31250 Revel23 chambres 1 à 4 personnes sur 2 étages (dont 4 chambres familiales en duplex et triples de plain-pied), et une chambre pour personnes à mobilité réduite, au rez-de-chaussée.
Tarif : à partir de 99 € en chambre double et 119 € en chambre familiale à 4, forfait enfant pour les séjours en demi-pension et pension, menu enfant au restaurant.
Information et réservation, ou par téléphone au 05 62 18 70 80Studio Au Goût’thé
11, Rue Saint-Martin – 81540 Sorèze
Ouvert les samedi et dimanche de 14H à 18H30, propose aussi des ateliers de peinture sur céramique. https://augoutthe.fr/
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