Accueil > Ma Famille > Blue Heron, anatomie d’un drame

Blue Heron, anatomie d’un drame

Par Bénédicte Flye Sainte Marie - Mise à jour le

Blue Heron film avis

Premier long-métrage de la Canadienne Sophy Romvari , Blue Heron est un film déchirant, largement inspiré de la trajectoire personnelle de la réalisatrice, qui oscille entre les époques pour éclairer une tragédie familiale survenue quelques décennies auparavant. Au cinéma le 24 juin.

Blue Heron, l’histoire

Sasha, huit ans, ses trois frères, Jeremy, Felix et Henry et leurs parents, viennent de s’installer à Vancouver au Canada, une ile lovée dans la verdure où tout semble idyllique. D’origine bulgare, cette famille aimante est en fait au bord de l’implosion. Jérémy, l’ainé, est en souffrance et multiplie les comportements risqués ou provocateurs, comme de voler dans les magasins – ce qui lui vaut d’être ramené menotté chez lui par la police –, de se tailler les poignets, de menacer de mettre le feu à la maison avec l’essence qu’il garde dans sa chambre, ou encore de monter sur le toit et de refuser d’en descendre.

Sa mère et son beau-père, désarmés, tentent l’impossible pour lui venir en aide et maintenir le dialogue. En panne de solutions, ils sollicitent les services sociaux et les organismes de soutien psychologique. Mais personne ne semble saisir l’ampleur de leur détresse et de leur épuisement. Parce qu’il met en danger son entourage, Jérémy va finalement être placé en famille d’accueil, quelques années avant que l’issue que tout le monde redoutait ne survienne.

Prise dans l’écheveau de ces difficultés, Sasha, souvent silencieuse, les observe avec ses yeux d’enfant et absorbe tout ce qui se passe, sans toujours comprendre ce qui se joue vraiment ni les attitudes de ses proches. Devenue adulte, elle va décider de réaliser un film sur cette période de leur vie, et mesurer la solitude extrême à laquelle ses parents ont été confrontés, faute de dispositifs prévus pour gérer ce type de problèmes et de réponses efficaces apportées par les institutions.

A partir de quel âge ?

11-12 ans, et il peut être utile d’évoquer la thématique de Blue heron avant d’aller le voir en salles

L’avis de MAFAMILLEZEN

Blue Héron est un film qui nous prend par surprise. Tout démarre dans la lenteur et la torpeur d’un été ensoleillé à Vancouver, au sein d’une famille qui parait idéale, sous la houlette de parents aimants et attentionnés. Mais on comprend rapidement, comme dans les thrillers qui montent en tension au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue, que rien n’y tourne vraiment rond et qu’une tragédie se prépare.  Et c’est la première des grandes forces de ce long-métrage : en peu de mots et quelques scènes, le malaise est déjà installé, comme si la bataille menée au sein de ce foyer était déjà un peu perdue.

L’autre talent majeur de Sophy Romvari est de savoir peindre avec délicatesse tout ce qui relève de l’intimité, en recourant à toute une gamme de bruits assourdis, de conversations faites à mi-voix ou encore de plans serrés sur les mains et les visages. La séquence où la maman, qui confectionne une pâte, explique à Sasha que ce n’est pas une bonne idée d’inviter des copines de classe à la maison, étant donné l’instabilité émotionnelle de Jeremy, est particulièrement éloquente dans ce registre.

Blue Héron montre par ailleurs que le malheur ne suit pas une courbe linéaire et que des bulles de bonheurs peuvent parfois s’y nicher.  En l’occurrence ici les moments de complicité que partage Jérémy avec sa sœur et ses frères ou le cadeau qu’il fait à Sasha.

Et il y a également une grande originalité dans le procédé choisi dans la dernière partie du film, quand la Sasha adulte s’immerge dans sa famille telle qu’elle était lorsqu’elle était enfant. Puis lorsqu’elle rend justice, dans un long monologue, aux efforts désespérés qu’ont pu faire son père et sa mère pour sauver Jeremy. Par ce biais, Sophy Romvari semble aussi venir réconforter et consoler la petite fille qu’elle a été.

Malgré la singularité de cette technique narrative, tout sonne très juste. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque l’histoire que raconte la cinéaste est assez largement autobiographique. Parce que les sentiments qu’il exprime parleront à beaucoup d’entre nous, que le chemin que parcourt l’héroïne ressemble à nos deuils, Blue Heron est aussi beau que douloureux à regarder et c’est assurément l’un des films les plus marquants que vous verrez au cinéma cette année

Blue Heron
Réalisé par :
Sophy Romvari
Avec :
Eylul Guven, Amy Zimmer et Iringó Retí
Genre :
Drame
Durée :
1h30
Sortie au cinéma :
le 24 juin 2026

Vous avez aimé cet article ou bien vous voulez réagir ?

Articles en relation

Envie de réagir à cet article, de donner votre avis ou de partager votre expérience ? Je prends la parole !

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi dans la rubrique Ma Famille

Plus d’articles sur MAFAMILLEZEN