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La mélodie singulière de Si tu tends l’oreille

Par Bénédicte Flye Sainte Marie - Mise à jour le

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Version restaurée en 4K de l’opus du regretté Yoshifumi Kondo, disparu en 1998, Si tu tends l’oreille, film des mythiques studios Ghibli, qui sort en salles le 4 novembre, se cherche, voire s’éparpille au départ, avant de nous offrir une belle dose de romantisme et d’émerveillement.

Si tu tends l’oreille : l’histoire

Shizuku a quatorze ans. Elle habite dans un petit appartement à Tama, dans la banlieue ouest de Tokyo, avec son père, sa mère et sa grande soeur Shiho. Pleine de dynamisme et de gaité, compositrice de chansons à ses heures perdues, elle tourne un peu en rond, entre cet espace trop confiné, les obligations et les examens scolaires. La jeune fille, qui est dernière année de collège, a envie de s’évader, de créer… En bref, de goûter à une existence moins ordinaire, comme dans les romans qu’elle aime tant dévorer.

Un jour, une drôle de coïncidence aiguise sa curiosité : elle réalise que tous les livres qu’elle emprunte à la bibliothèque ont été lus avant elle par un certain Seiji Amasawa. Elle part alors sur sa piste. Elle croise finalement sa route sans tout de suite l’identifier, et le trouve d’abord assez antipathique. Mais l’un et l’autre apprennent à se connaitre, et de leur relation vont naitre non seulement des sentiments amoureux, mais aussi l’impulsion qu’il fallait à Shizuku pour oser écrire cette histoire qu’elle porte en elle depuis si longtemps.

L’exemple de Seiji, passionné de lutherie, qui va désobéir à sa famille et partir étudier deux ans en Italie pour apprendre ce métier, agit sur elle comme un déclic. Mais un autre personnage, Nishi, le grand-père de Seiji, qui tient une boutique d’antiquités, va jouer un rôle important dans l’éclosion de la vocation de Shizuku.

A partir de quel âge ?

Pas avant 7 ans, sachant que Si tu tends l’oreille dure presque deux heures.

L’avis de MAFAMILLEZEN 

Parmi les grands noms qui ont nourri la légende des studios Ghibli, on se focalise souvent sur Hayao Miyazaki et Isao Takahata, qui ont respectivement réalisé des films d’animation-cultes comme Princesse Mononoke et Mon voisin Totoro pour le premier, Le château dans le ciel et Pompoko pour le second. On ne souvient pas de Yoshifumi Kondo, décédé prématurément à quarante-sept ans, en 1998. Il a pourtant laissé derrière lui cet émouvant Si tu tends l’oreille, son unique long-métrage pour le grand-écran, qui sort pour la première fois en salles en France et y est proposé en format remastérisé.

Si tu tends l’oreille est un film étonnant parce qu’il ne semble pas vouloir choisir entre les deux genres majeurs du cinéma d’animation japonais, la romance adolescente et le long-métrage onirique. C’est un peu perturbant au départ parce qu’on ne voit pas vraiment où Yoshifumi Kondo veut aller. Le scénario se perd en effet un peu, entre les idylles naissantes et contrariées des jeunes protagonistes, la quête qu’entreprend Shizuku, consistant à découvrir l’identité de ce mystérieux garçon avec qui elle semble avoir tant de points communs, et les interactions familiales, notamment les rapports conflictuels entre Shiho et Shikuzu.

L’intrigue décolle vraiment à partir de la scène où Shizuku chante, accompagné par Seiji au violon et une formation de vieux musiciens surgie de nulle part. Là, on comprend enfin où le cinéaste souhaite nous conduire. Et quel est son message, à savoir qu’il faut donner corps à ses projets même si ce ne sont pas ceux que nos proches nourrissaient pour nous.

Tout prend à partir de cet instant plus d’épaisseur. On a droit à davantage d’incursions dans l’imaginaire, avec les aventures du chat Baron, et dans le passé du grand-père de Seiji, deux lignes narratives qui finiront par se rejoindre

Si l’on résume, Si tu tends l’oreille est un très beau triple voyage. D’abord géographique, slalomant dans les rues, les rails et les collines. Puis dans l’imaginaire de son personnage principal, sorte d’Alice aux pays des merveilles du XXème siècle. Et enfin, dans la vie réelle de cette héroïne, qui va quitter l’enfance et progresser vers l’âge adulte, en s’éprenant de Seiji et en s’émancipant par rapport à ses parents.

La chanson Country Roads, qui ponctue (presque) tous les moments-clés du film, est le reflet de ce chemin, ponctué de doutes, que Shizuku parcourt. La poésie un peu naïve qui émane de ce scénario et les couleurs douces et lumineuses qui caractérisent son graphisme paraissent presque anachroniques, dans notre époque d’IA-reine et d’ultra-polarisation des idées, mais c’est exactement ce qui devrait séduire le public.

Si tu tends l’oreille
Réalisé par :
Yoshifumi Kondo
Avec les voix de :
Youko Honna, Keiju Kobayashi et Keiju Kobayashi
Genre :
Animation
Durée :
1h51
Sortie au cinéma :
le 4 novembre 2026

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