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Les yeux verts, un regard différent sur l’exil

Par Bénédicte Flye Sainte Marie - Mise à jour le

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Long-métrage hybride, à mi-chemin entre le social et le fantastique, Les yeux verts est un film déchirant qui nous plonge dans la tragédie d’une famille d’immigrés irakiens, dont les deux enfants vont être frappés tour à tour par un mal étrange, le syndrome de résignation. Au cinéma le 11 novembre.

Les yeux verts : l’histoire

Obligés de fuir leur pays, l’Irak, Chaya, onze ans, son grand frère Nour et leur père ont connu le pire des enfers. Durant le voyage qui les menait vers la France, la maman de Nour et Chaya s’est noyée. Une perte qui reste omniprésente dans leurs esprits. Petit à petit, ils ont toutefois réussi à se construire un quotidien paisible dans la petite ville des Landes, en bord de mer, qui les a accueillis tous les trois.

Mais alors que leur vie semblait vouée à devenir plus douce, notamment grâce à Benjamin, l’ami de Nour et sa grand-mère, ils reçoivent un courrier leur signifiant que la demande d’asile de Rafi lui a été refusée. Celui-ci doit donc fuir, sous peine d’être expulsé directement avec son fils et sa fille. Le choc de ce départ forcé et la perspective d’être obligés à nouveau de tout quitter, après la multitude d’épreuves qu’ils ont déjà affrontées, apparaissent comme le coup de grâce à Nour, qui est étranglé par la tristesse et la peur.

Un soir, le jeune homme glisse dans une léthargie profonde pour ne plus en sortir. Alité, il ne parle plus, ne bouge plus et ne s’alimente plus par lui-même, comme s’il avait sombré dans le coma. Il s’avère qu’il souffre du syndrome de résignation, trouble psychique qui touche les enfants réfugiés et se déclenche chez eux pour qu’ils soient capables de supporter la souffrance extrême.

Décidée à se battre pour deux, Chaya va tenter l’impossible pour le stimuler, le ramener à la conscience, ne pas le laisser s’éloigner vers des rives dont il pourrait ne pas revenir. Quitte, parfois, à verser dans l’illégalité et à se consumer elle aussi dans cette bataille…

A partir de quel âge ?

11-12 ans. Les problématiques abordées – le drame des migrants et la répercussion de ces évènements qu’ils traversent sur leur santé physique et mentale – ne sont pas à la portée des plus petits.

L’avis de MAFAMILLEZEN

Les yeux verts sont une prouesse cinématographique.

D’abord parce que Fanny Liatard et Jérémy Trouilh sont parvenus à concevoir un film à forte portée sociétale. Un opus engagé, ici sur la condition des enfants migrants et leurs traumatismes, qui ne ressemble à rien de ce que l’on attendrait qu’il soit. Ici, il n’y pas de revendication, de dénonciation ou de message explicite. Et la pathologie dont est affecté Nour, le fameux syndrome de résignation, n’est pas portée en étendard. Elle est simplement la pièce centrale d’un récit qui montre avec subtilité et poésie ce que l’arrachement à son pays et à des êtres chers peut générer sur un adolescent.

Ce qui relève de l’équilibrisme et s’avère également très abouti dans Les yeux verts, est le mariage entre une histoire très concrète et ancrée dans l’époque, et des éléments surnaturels. Comme cette marée noire visqueuse et épaisse qui envahit tous les endroits par lesquelles passe Chaya, sorte de métaphore de l’angoisse qui lui colle au corps et ronge son cerveau. Le postulat selon lequel Chaya et Nour restent capables de communiquer via leurs rêves, malgré l’état du jeune homme, est aussi très bien intégré au scénario. Et la cohabitation entre les deux genres, réalisme et fantastique, ne nuit jamais à sa crédibilité.

Visuellement, cet opus est enfin d’une splendeur absolue. Les séquences oniriques, telles celles où Chaya tente d’aller sauver Nour, enfermé dans un phare qui s’enlise dans la mer, sont assez impressionnantes. La forêt des Landes est filmée, entre effroi et émerveillement, d’une manière singulière qui n’est pas sans évoquer Le Règne animal de Thomas Cailley. Mais s’il fallait décerner la palme du moment le plus sublime du film, on l’octroierait certainement à la scène, juste avant l’épilogue, où Chaya s’embarque seule sur une barque et rame sur le Courant d’Huchet.

Personnage de Chaya qui doit d’ailleurs beaucoup de son aura à son interprète, Douae Butarbuch Mzaouki, jeune actrice néophyte que l’on devrait revoir rapidement sur les écrans !

Les yeux verts
Réalisé par :
Fanny Liatard et Jérémy Trouilh
Avec :
Anamaria Vartolomei, Sayyid El Alami et Douae Butarbuch Mzaouki
Genre :
Drame
Durée :
1h23
Sortie au cinéma :
le 11 novembre 2026

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