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Ateliers méditation en pleine conscience pour les ados : comment ça marche vraiment ?

Par Juliette Prime - Mise à jour le

adolescente séance méditation

9 jeunes sur 10 déclarent ressentir une pression à la réussite scolaire. Pour la surmonter, des ateliers de méditation en pleine conscience émergent au lycée et dans les loisirs des ados. Ils retrouvent alors de la sérénité pour affronter tout ce qui les tracasse : l’anxiété scolaire, le regard de l’autre, et parfois même la dépression. L’adolescence est une période tumultueuse, il est naturel de vouloir s’équiper d’outils concrets pour la traverser. Paroles de professeur et d’élèves.

Qu’est-ce que la méditation en pleine conscience pour les adolescents ?

Élodie Cardinal, enseignante-coordinatrice ULIS dans un lycée parisien et instructrice diplômée MBSR (gestion du stress) et MBCT (prévention de la rechute dépressive), nous éclaire sur cette discipline venue d’Asie, et popularisée en France par des psychologues tels que Christophe André. Elle propose des ateliers de méditation en pleine conscience spécifiquement conçus pour les ados, dans son lycée, sur une heure, pendant des cycles de six semaines enseignés à des petits groupes de volontaires, et dans des cours privés

À une plus large échelle, l’Association Méditation Laïque pour l’Éducation (AMLE) agit pour la diffusion de la pratique de présence attentive en milieu éducatif. 

Comment se déroule concrètement une séance de méditation pour ados ?

La méditation de pleine conscience consiste à observer ce qui émerge lorsque l’on prête son attention à l’instant présent avec curiosité. En général, les adolescents apprennent à fixer leur attention sur leur propre respiration ou sur un objet d’attention précis. Cette démarche leur permet de faire une pause et de ressentir un calme immédiat.

Ce que la méditation apporte concrètement aux adolescents

« L’enjeu de la méditation de pleine conscience, c’est de faire face à ce qui est là, le positif comme le négatif », nous apprend  Élodie. Or, tout ce qui est désagréable, négatif, a priori, l’être humain est formaté pour l’éviter. Mais à force, il ne fait plus face à ses émotions. De même, en voulant continuer à faire perdurer une émotion positive, on la transforme en quelque chose de désagréable, car on a peur qu’elle disparaisse.

A contrario, « Si je ressens ces émotions, si je les laisse juste être sans m’y accrocher, à ce moment-là elles peuvent passer, parce que tout est éphémère, la joie, le chagrin, tout passe à un moment donné, et le fait d’accepter ces émotions permet de passer à autre chose » apporte comme précision l’experte. En réalité, si on refuse de les laisser passer, elles peuvent devenir des problématiques liées à des émotions qui ne sont pas gérées : troubles du sommeil, stress, anxiété de performance, « des émotions qui viennent mettre une cloche au-dessus d’une situation, empêchant de résoudre les sentiments sous-jacents ». 

L’enjeu n’est pas d’accepter l’intolérable, c’est simplement de constater une réalité déjà existante. La méditation permet de pratiquer cet état d’acceptation. Pour les ados, cela signifie concrètement arriver à se débarrasser de la honte et de la culpabilité qui ne font pas avancer, des sentiments excessivement présents chez les ados en pleine construction physique et psychique. Résultat : l’ado va se libérer, car « il va réussir à se lâcher la grappe, en devenant un peu plus tolérant avec lui-même », ajoute comme bénéfice la praticienne. 

atelier meditation pour ados

Pourquoi les ados ont-ils particulièrement besoin de se poser ?

« Chez les ados, tout va très vite et les émotions sont exacerbées. Rendons-nous compte, ils n’ont pas la même tête d’une année à l’autre ! C’est normal d’être bouleversé par tous ces changements hormonaux et morphologiques qui font qu’ils ont un état de stress peut-être plus élevé de manière globale », nous éclaire Élodie

D’où l’à-propos de la méditation en pleine conscience, qui « leur fait déjà gagner énormément de temps par rapport à leur vie d’adulte, car cela apprend à être un peu plus compatissant avec soi-même et avec les autres », nous dit l’enseignante. 

L’association Enfance et Attention propose aussi des programmes spécifiques pour les enfants et les adolescents.

Les rythmes scolaires malmènent la santé mentale des jeunes, et les chiffres le prouvent. L’étude Mentalo menée par l’INSERM révèle un constat alarmant : 9 jeunes sur 10 déclarent ressentir une pression à la réussite scolaire.

Méditation et stress des examens : des outils concrets pour les lycéens

Les périodes d’examens génèrent une angoisse paralysante chez de nombreux élèves. La méditation offre heureusement des outils pratiques pour limiter l’anxiété, en pratiquant des exercices réguliers. 

Comment la méditation interrompt-elle le cycle de l’anxiété ?

L’anxiété est un esprit en roue libre, un cerveau qui va n’importe où en imaginant les pires choses qui puissent arriver à la personne. La méditation, parce qu’elle est une pratique très corporelle, permet de ressentir ces sensations dans différentes parties du corps, et en faisant cela, de revenir à la réalité de l’instant présent. D’où sa grande utilité en période d’examen !

En revenant de l’esprit qui peut avoir tendance, avec le stress, à partir dans des scénarios catastrophe, au corps, « on casse la roue du hamster, ce qui permet de prendre de la distance par rapport à cette anticipation anxieuse des examens, et de relativiser », témoigne Élodie Cardinal. Surtout que c’est avant tout en amont plutôt que pendant l’examen que l’anxiété se manifeste. « Quand je sens que le stress monte, je peux constater l’émotion. Et à ce moment-là, je peux éventuellement la nommer. Et prêter attention à ma respiration pour faire une coupure avec l’emballement de l’esprit, pour revenir à ce qui est là », conclut Élodie.

Identifier ses émotions dans son corps : un apprentissage pour la vie

Grâce aux ateliers, les élèves apprennent à repérer où se loge l’émotion dans leur corps : la gorge serrée, une chaleur au plexus pour la joie, ou une tension montant au cerveau pour la colère. Plus ils pratiquent régulièrement, plus ils mobilisent facilement ces exercices en classe ou à la maison, pour neutraliser ce stress qui peut surgir à tout moment. 

adolescente préparation examens stress

Réseaux sociaux et regard des autres : quand la méditation aide les ados à décrocher

Au-delà des examens, les écrans aggravent considérablement la situation. En corrélation, Élodie Cardinal observe une peur omniprésente du regard de l’autre, particulièrement chez les filles, dont la “réputation” a toujours été un enjeu oppressant, encore plus que pour les garçons : « Les réseaux sociaux façonnent leur image à travers un écran virtuel, amplifiant cette peur, c’est très violent. Cet état se transforme parfois en véritable phobie sociale ou scolaire. De plus, les écrans absorbent l’esprit en permanence, ce qui prive les jeunes du temps nécessaire pour se recueillir avec eux-mêmes ». 

Les ateliers de méditation permettent de se sentir moins seuls face à ces pressions. Aussi, parce qu’il est assez difficile de trouver la discipline (et le temps) de la pratiquer seul. En fin de séance, lors des partages, les étudiants se rendent compte que les autres sont comme eux et qu’ils ont une humanité partagée. Cela les aide énormément à réapprendre à être à l’aise avec les autres. « C’est le manque d’interaction humaine, de véritables liens, induit  par les réseaux sociaux, qui provoque toutes ces angoisses. En groupe, survient la tolérance, l’empathie envers l’autre : arrêter de juger les autres, un enjeu hyper difficile quand on est ado. Parce que si j’arrête de juger les autres, déjà, je vais être moins dure avec moi-même. Et inversement ».

adolescente accro à son téléphone

Témoignages : ce que la méditation a changé pour eux

Tina, 18 ans : « Je m’endors maintenant en moins de trente minutes« 

Tina vient d’avoir 18 ans. Elle étudie en deuxième année de Bac pro communication visuelle à Paris. Derrière son sourire, la jeune fille cache un quotidien longtemps gâché par une anxiété scolaire lourde et un trouble de l’attention (TDAH). « J’étais vraiment très stressée par rapport à l’école, mais aussi dans ma vie privée. J’avais constamment la boule au ventre », confie-t-elle.  

C’est sur les conseils de sa maman, ancienne sophrologue, qu’elle pousse la porte des ateliers collectifs d’Élodie Cardinal et suit un cycle sur un trimestre dans son lycée. Rapidement, la pratique de la méditation en groupe lui apporte un soulagement. Allongée sur un tapis de yoga, entourée de coussins de méditation et blottie sous un plaid chaleureux, elle lâche prise.

« On faisait des exercices de visualisation. Élodie nous parlait, elle nous racontait qu’ on était sur une plage, qu’on avançait, qu’on découvrait des coquillages… Cela me permettait de me détendre profondément, car j’étais ailleurs, déconnectée, dans un autre monde. Parfois, on se détendait tellement, avec les autres, qu’on était sur le point de s’endormir ! »

Au fil des séances, Tina acquiert une véritable discipline de vie : « Aujourd’hui, on peut dire que je suis un peu maîtresse dans l’art ! », s’amuse-t-elle. Le résultat change ses nuits : alors qu’elle mettait autrefois des heures à tourner dans son lit, elle s’endort désormais en moins de trente minutes. Bien que le cycle soit terminé, les bénéfices restent ancrés. « Je vais à l’école de manière un peu plus confiante. Comme j’ai retenu les exercices, cela m’aide dans ma vie de tous les jours », conclut-elle, soulignant la force du collectif. « En groupe, on partage nos points de vue différents. Ça permet de se dire qu’on n’est pas toute seule. Dans mon atelier, certaines filles faisaient de grosses crises d’angoisse, et de les voir se détendre grâce à la méditation, c’était réconfortant ». 

Elle a téléchargé l’application de méditation Joy Up pour prolonger les exercices chez elle. 

adolescente méditant sur son lit pour mieux travailler

Siana, 20 ans : « Cela m’a appris à ne pas toujours croire mes pensées négatives« 

Siana, 20 ans, étudiante en école de costumes de scène, a commencé les ateliers de méditation d’Élodie sur les conseils de son psychologue, lorsqu’elle avait 16 ans : « Ce  serait bien que beaucoup de personnes s’intéressent à ces ateliers, parce que moi, je suis toujours en dépression (diagnostiquée), depuis très longtemps. Et rien qu’un an de méditation une fois toutes les deux semaines, ça m’a fait énormément de bien. Cela m’a appris à me concentrer sur autre chose que ce qui se passait dans ma tête et à ne pas toujours prendre en considération les pensées négatives que j’ai sur moi. Cela apprend à ne pas se juger et à apaiser le cerveau ».

Siana a particulièrement apprécié les exercices autour des aliments : « Lors de plusieurs séances, on avait un aliment – cela pouvait être un morceau de chocolat ou un raisin sec, quelque chose en très petite dose, qu’on mangeait très très lentement, afin de vraiment ressentir toutes les sensations, d’éveiller nos sens, pour après être en conscience de notre corps, de ce qu’on peut ressentir. C’est vraiment un exercice intéressant, mais compliqué aussi, parce qu’on n’a pas du tout l’habitude de prêter autant attention à ce qui se passe à l’intérieur de nous, et surtout avec bienveillance ».

Aujourd’hui, Siana continue la méditation grâce aux exercices vocaux qu’Élodie a partagé avec ses élèves. Cela l’aide avec la dépression, à apaiser les crises d’angoisse, en lui apprenant à ne pas se fier à ce qu’elle peut penser d’elle et des autres. « Cela m’a permis de créer une relation et une écoute avec moi-même plus apaisée. Ce qui est très difficile à faire dans ce monde qui ne nous donne pas de temps pour cela, alors que cela devrait être la chose la plus importante de notre vie : s’occuper de nous-même, plutôt que de gagner de l’argent pour survivre ! », s’indigne la jeune femme. 

Méditation collective : apprendre à se tolérer soi-même pour mieux vivre avec les autres

Les ateliers de méditation collectifs révèlent aux jeunes leur humanité partagée. En découvrant que les autres traversent les mêmes épreuves, ils développent de la tolérance et de l’empathie, ce qui brise le jugement mutuel si difficile à gérer à cet âge. Élodie Cardinal insiste sur un point crucial : un adolescent qui apprend à être tolérant envers lui-même ne sera pas moins performant. En plus, il gagnera une compassion précieuse pour sa vie d’adulte.

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