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Toutes mes sœurs, le cœur battant des jeunes Iraniennes

Par Nathalie Brunissen - Mise à jour le

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Dans le passionnant documentaire Toutes mes soeurs, le réalisateur Massoud Bakhshi, auquel on doit entre autres le multi-primé Yalda, une nuit pour le pardon, condense presque deux décennies de vie de ses nièces Il embrasse, à travers leur itinéraire, les réalités de la condition féminine en Iran, entre privations de libertés, contrôle exercé sur les corps et esprit de résistance qui demeure. Au cinéma le 3 juin. On vous offre des places dans l’espace Concours Mafamillezen.

Toutes mes soeurs : l’histoire

Mahya et Zahra habitent à Téhéran, en Iran et ont été élevées dans une famille très religieuse. Depuis qu’elles sont toute petites, leur oncle, Massoud Bakhshi, les filme, captant des moments de leur quotidien, leurs conversations, leurs jeux, leurs disputes, leurs chants et leurs danses, sans jamais intervenir ou presque. Une somme d’images collectées de 2007 à 2025, dont il a fait un film, et qu’il a décidé de montrer au vidéo projecteur aux deux jeunes femmes, aujourd’hui devenues adultes. L’idée est qu’elles commentent à l’écran ces « instantanés », et que le cinéaste leur pose parfois des questions sur leurs ressentis.

Pour ne pas risquer la censure et des sanctions, et afin que Toutes mes soeurs puisse être projeté en Iran comme dans le reste du monde, le cinéaste floute leurs silhouettes et focalise sa caméra sur leurs seuls visages. La maman de Mahya et Zahra, la mère de cette dernière et leur oncle, n’apparaissent jamais à l’écran, même si on les entend parfois parler. L’actualité officielle, telle que les autorités veulent la distiller, fait également irruption dans leur univers, via la radio et la télévision.

Au fil du temps, on voit les deux soeurs progressivement grandir, s’affirmer dans le peu d’espace qui leur est laissé – généralement le cadre privé -, notamment face à leur grand-mère qui reprend à la lettre les discours du régime des mollahs. Envers et contre tout, elles y trouvent aussi les moyens de s’exprimer, comme le fait Mahya à travers la musique qu’elle compose.

A partir de quel âge  ?

Vous pourrez emmenez vos enfants voir Toutes mes soeurs à partir de 10-11 ans.

L’avis de MAFAMILLEZEN

Centrée sur des instants de vie ordinaires, Toutes mes sœurs en dit pourtant très long sur la société dans laquelle il nous immerge. Car après la très courte période de spontanéité et d’insouciance du tout début de l’enfance, on voit que s’instaurent très vite autour de Mahya et Zahra et en elles des injonctions autour de leur corps. Alors qu’elles doivent avoir respectivement trois et quatre ans, l’une reproche déjà à l’autre la petite bande de chair que laisse apercevoir son pull qui se soulève lorsqu’elle montre l’escalier. Grandir en Iran quand on nait fille est donc comme avoir une prison qui se referme sur soi, où l’on perd progressivement tout droit de disposer de soi-même. Sans que Mahya et Zahra ne sachent encore bien ce qui se joue dans cette démarche, une scène les montre d’ailleurs en train d’essayer leur premier hijab, alors même qu’elles ne sont pas encore entrées dans l’adolescence.

Ce qui est très beau aussi et ce dont ce long-métrage témoigne sans le dire explicitement, c’est qu’en dépit de toutes les entraves qu’on leur impose, de toutes les menaces qui planent au-dessus de leurs têtes – car en Iran, une femme qui contrevient aux règles en vigueur risque une lourde peine voire la mort -, leur indépendance de pensée ne s’éteint jamais. La séquence où Mahya et Zahra montent, fin 2022, sur leur toit de leur maison avec leur petite sœur Maleka, pour ajouter leur chœur à celui de toutes les habitantes de la ville qui scandent « Femme, vie, liberté », est d’une splendeur à pleurer. Toutes leurs voix, toutes les lumières qui émaillent l’horizon sont comme les flammes d’une émancipation collective qui prend racine.

Sévèrement réprimé, le mouvement éponyme n’est finalement pas parvenu à débarrasser les Iraniennes de leurs chaines. Mais on voit dans une séquence tournée au cœur d’un café, dans la dernière partie de ce film que les ferments de ce que pourrait être le changement sont semés. Des étudiants et étudiantes s’y côtoient en mixité, certains habillés de manière traditionnelle, d’autres non, sans que ça ne suscite la polémique chez aucun d’entre eux. Malgré leur situation, toujours dramatique, c’est sur une note d’espoir que se conclut Toutes mes sœurs.

Toutes mes sœurs
 Réalisé par :
Massoud Bakhshi
Genre :
Documentaire
Durée :
1h18
Sortie au cinéma :
le 3 juin 2026

 

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