
Nouvel opus du très prolifique Takashi Miike, plus habitué au registre du film d’horreur, Sham montre l’engrenage dans lequel est entrainé un enseignant accusé de sévices sur l’un de ses élèves. Brillant dans sa réalisation, il pêche par le coté trop manichéen de son histoire.
Sham, l’histoire
Ecolier de primaire, le petit Takuto est harcelé par Yabushita, son instituteur. Depuis qu’il a appris que le petit garçon avait un grand-père américain, l’enseignant, adepte des théories racistes, le persécute psychologiquement, jetant son cartable à la poubelle et invoquant son « inutilité » pour le pousser au suicide. Il le frappe également, lui tirant les oreilles et le nez jusqu’à ce qu’ils saignent ; le tout sans jamais rien laisser paraitre devant les autres enfants
Indignée par ses pratiques et soucieuse de protéger son fils, Ritsumo, sa mère, alerte d’abord les responsables de l’établissement. Face à l’inertie de ces derniers, elle fait appel à un journaliste local pour lui demander de donner de l’écho à son histoire. Le scandale est tel que Yabushita est mis à pied. Il est ensuite amené à répondre de ses actes lors d’un procès, suivi par tous les médias japonais.
Mais une fois invité à s’exprimer à la barre, l’instituteur affirme que ce dont on l’accuse n’est que de la pure invention, que cela sort tout droit de l’imagination de Ritsumo. Or, il n’a personne pour plaider sa cause et prouver ce qu’il avance. Humilié et abandonné de tous, il va faire la rencontre, dans une permanence d’assistance judiciaire, de Yugamidani, un vieil avocat qui accepter de s’occuper de son cas…
A partir de quel âge ?
14-15 ans. Il faut du recul et de l’esprit critique pour pouvoir regarder Sham.
L’avis de MAFAMILLEZEN
Il est rare, pour ne pas dire, rarissime qu’un film laisse un sentiment aussi partagé. Face à Sham, on a en effet beaucoup de mal à se situer.
D’un côté, on doit reconnaitre au réalisateur, une vraie réussite formelle. On sent à l’écran sa maitrise de l’image : des gros plans qui glacent, du clair et de l’obscur, et du rythme de la narration. Tout est tiré au cordeau et embarque le spectateur sans temps mort, ni ennui.
Le casting est lui aussi très soigné. Kô Shibasaki et Kôji Ohkura, les deux acteurs principaux, qui interprètent Ritsuko et Yabushita, sont très convaincants, chacun avec son double visage : pour lui, la cruauté du début, le désespoir ensuite ; chez elle, l’angoisse de la première partie, puis la froideur manipulatrice qui lui succède. Takashi Miike sait finement faire monter la tension et la maintenir.
En revanche, plusieurs choses mettent très mal à l’aise. D’abord parce qu’en 2026, époque où l’on découvre davantage de jour en jour l’immensité de l’étendue des violences faites aux femmes et aux enfants, et la difficulté qu’il y a à libérer la parole sur ces sujets, le cinéaste japonais s’est délibérément focalisé sur l’une de ces seules affaires (Sham est inspirée d’une histoire vraie, relatée dans un livre de Fukuda Masumi) où ce sont les présumées victimes qui accusent à tort. Takashi Miike a souvent été taxé de misogynie sur ses précédents films, et ce n’est pas surprenant au regard de ce long-métrage où celle qui ment est forcément une femme, et les figures de l’honnêteté, Yabushita et Yugamidani sont masculines. C’est d’autant plus malheureux dans un pays où ce type d’acte est complètement invisibilisé, et où celles et ceux qui les subissent sont réduits au silence. La journaliste Shiori Ito a d’ailleurs témoigné de cette omerta dans un livre, La boite noire, et dans le documentaire Black Box Diaries.
Faits réels ou pas, le propos de Sham aurait été plus habile et convaincant si Takashi Miike avait joué la carte de l’ambiguïté, laissé le spectateur trancher par lui-même, un peu comme dans l’inoubliable Anatomie d’une chute, dont on ressort sans certitude absolue. Ici, tout est beaucoup trop binaire entre les diables et les saints, et il manque de la nuance. En pointant du doigt la meute qui se jette sur Yabushita, mais en faisant pareil ensuite avec la mère de famille, dépeinte comme une mythomane pathologique, le réalisateur cède précisément au travers qu’il prétend dénoncer…
Dommage, parce qu’il y avait par ailleurs des thématiques intéressantes à explorer, comme la mixité ethnique, qui reste encore un facteur de discrimination au Japon.
Sham
Réalisé par : Takasho Miile
Avec : Kôji Ohkura, Fumino Kimura Kôji Ohkura et Fumino Kimura
Genre : Drame, Thriller
Durée : 2h09
Sortie au cinéma : le 16 septembre 2026
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