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Santé mentale des 11-24 ans : l’appli Mentalo fait bouger les lignes

Par Juliette Prime - Mise à jour le

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Mentalo, c’est un projet deux-en-un : à la fois la plus grande étude scientifique française menée sur la santé mentale des 11-24 ans, et une appli pour  permettre aux jeunes de faire le point sur leur situation personnelle : comment se sentent-ils ? Un an après son lancement, les premiers résultats sont prometteurs…mais aussi alarmants. Décryptage pour les parents.

Une photographie inédite de la santé mentale des 11-24 ans

Depuis octobre 2024, 17 000 jeunes ont participé à l’étude nationale Mentalo, menée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). L’objectif ? Comprendre l’état de la santé mentale des 11-24 ans et proposer des solutions concrètes.

Les jeunes ont répondu à plusieurs questionnaires sur leur vie quotidienne, leur bien-être, leurs relations sociales et leur usage des écrans. Les premiers résultats montrent que la moitié d’entre eux déclarent aller bien. Une bonne nouvelle, mais l’autre moitié révèle une réalité plus inquiétante.

Des chiffres qui alertent les parents

Près d’un tiers des jeunes ayant participé à cette Étude Nationale sur le bien-être et la santé mentale des jeunes des 11-24 ans présentent un risque de dépression modérée à sévère (DMS). Les filles sont deux fois plus à aller moins bien, et ce mal-être augmente avec l’âge. Le lycée apparaît comme l’âge charnière.

Les inégalités sociales jouent aussi un rôle majeur : plus la situation économique familiale est difficile, plus la santé mentale se dégrade. Chez les jeunes vivant dans des familles en difficulté financière, jusqu’à 7 sur 10 présentent un risque de DMS.

Les facteurs de risque 

Ces premiers résultats révèlent un niveau de bien-être mental fragile, influencé par plusieurs facteurs personnels, sociaux et numériques.

La pression scolaire pointée du doigt

La pression à la réussite scolaire est citée par 9 jeunes sur 10 comme une source majeure de stress : « Notre avenir, nos études ». Près de la moitié d’entre eux vivent cette pression comme « forte », notamment au moment de l’orientation. Huit sur dix sont stressés par parcours sup et cette façon dont est décidée leur avenir.

Les filles se sentent particulièrement vulnérables à cette attente de performance : « Avec mes amis, on se sent souvent sous pression à cause de l’école et des attentes des parents. Ce que j’aimerais, c’est avoir plus de soutien pour parler de ce qu’on ressent, sans être jugée », confie Emma, 17 ans, participante à l’étude.

Des propos que confirme le Dr. Claire Dupont, psychologue spécialisée en adolescence : « En tant que professionnel de santé, je constate que les jeunes sont souvent démunis face aux pressions qu’ils subissent au quotidien. L’une des solutions est d’améliorer l’accès aux soins et de renforcer l’accompagnement psychologique, notamment dans les écoles et les universités. »

Un mal-être exacerbé par les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux peuvent être une source de soutien, mais leur usage excessif accentue souvent le mal-être. L’enquête révèle que c’est le fait de les utiliser le soir, plus que la longueur d’utilisation, qui a une incidence sur la santé mentale : 50 % des collégiens qui sont dessus après 20H00 et des lycéens qui y sont après 22H00 déclarent aller moins bien. Le sommeil est aussi un facteur associé. Ceux qui déclarent moins de 6H00 de sommeil sont deux fois plus vulnérables à la détresse psychologique.  

Selon Jérôme Martin, ambassadeur du projet Mentalo, « Beaucoup de jeunes se comparent aux autres en ligne, ce qui les rend malheureux. Les accompagner à développer un regard critique sur ces plateformes est une piste que nous devons absolument suivre ». 

Addictions et dépendances : une vigilance nécessaire

Bonne nouvelle : les addictions aux substances (drogue, alcool, tabac) diminuent. Mais 4 jeunes sur 10 se disent dépendants à quelque chose, souvent aux réseaux sociaux, davantage chez les filles. Viennent ensuite les jeux vidéo, le sucre et la pornographie (un dixième respectivement). 

Cet usage problématique de la pornographie (essentiellement des garçons) augmente avec l’âge, jusqu’à atteindre 24 % des jeunes adultes.

Autant de pistes de réflexion dont les politiques publiques doivent se saisir pour donner des solutions concrètes à ces jeunes soumis à une dépendance.

La famille, premier rempart contre le mal-être

L’étude montre que plus l’ambiance familiale est positive, moins les jeunes sont accros aux écrans. Plus de 7H00 d’usage quotidien prévalent chez les jeunes de familles modestes. 

La famille reste le facteur protecteur numéro un, tandis que la précarité économique demeure le principal facteur de risque. Sept à huit des jeunes à risque de DMS sont issus de familles dans lesquelles l’ambiance familiale est considérée comme mauvaise. 

Quand il y a socialisation, les jeunes sont deux fois moins nombreux à regarder les écrans plus de 5 heures. Plus d’activités mènent à moins d’écrans, et moins de détresse. Détresse qui peut être ressentie par quatre répondants sur dix qui déclarent se sentir seuls. 

La famille est donc ce qui protège, c’est le rempart. 

Mentalo, une appli pour libérer la parole des jeunes

Ce qui rend Mentalo unique, c’est qu’elle a été conçue avec plus de 300 jeunes. Ils ont participé à la création des questionnaires, aux côtés des chercheurs.

C’est le cas d’Elias, 17 ans ; « J’ai déjà eu plusieurs problèmes, je n’avais pas beaucoup d’amis, je ne m’acceptais pas. Si il y a deux ans, on m’avait dit que je ferais tout ça aujourd’hui, je ne l’aurais jamais cru » nous confie-t-il. 

« Les parents sont très bons quand leurs enfants vont bien, mais pas quand ils vont mal, car ça ne se voit pas. En interrogeant les jeunes, on scrute une population qui a du mal à s’exprimer », indique le Professeur Richard Delorme, pédopsychiatre associé au projet.

Sébastien Verdun, ambassadeur Mentalo et athlète de rugby fauteuil le constate aussi : « Je bosse dans des clubs de quartiers défavorisés. Ils disent que cela ne va pas bien, mais ils ne savent pas dire pourquoi. Maintenant, on sait. Cela va permettre de parler de santé mentale plus facilement, de ne plus être seul face à l’écran ». Trois sondés sur dix déclarent ne jamais parler quand ils vont mal. 

Mental+ : la suite pour passer à l’action

Fin 2025, une nouvelle appli, Mental+, a pris le relais. Elle proposera des vidéos courtes (le format préféré des 11-24 ans) et des outils de coaching personnalisés, créés avec des psychologues, éducateurs et jeunes volontaires. L’objectif : aider chaque utilisateur à identifier ses fragilités et à demander de l’aide dans la vie réelle, si besoin.

La professeure Karine Chevreul, responsable de l’étude Mentalo reste confiante : « On a déjà pu identifier les choses qui font du bien : la famille, le sport, les amis, les jeux. C’est une bonne nouvelle, car cela veut dire qu’on va pouvoir les aider et les informer ». C’est le but de Mental+  : être une appli de suivi de santé, « un outil de prévention primaire », insiste-t-elle

Pourquoi les filles vont deux fois moins bien ? 

Autre piste de réflexion : « Pourquoi les filles vont deux fois moins bien ? On ne le sait pas encore », s’interroge la chercheuse. 

Lucrèce, une autre élève ambassadrice du projet nous fournit un premier élément de réponse : « Au lycée, on se soucie beaucoup plus de politique et d’information qu’au collège, via les écrans qui sont très présents. Cela fait deux facteurs qui font qu’on va mal : quand on grandit, on s’ouvre plus au monde donc logiquement, on est plus exposés. Par contre, on n’a pas les armes pour se prémunir de ce flot d’info anxiogène ». 

Sport, loisirs, entraide : les meilleures armes contre la détresse

Les ambassadeurs du projet, comme Laura Flessel (quintuple médaillée olympique en escrime et ex-ministre des sports), Juju Fitcats ou Sébastien Verdun, encouragent les jeunes à bouger, s’exprimer, et trouver du sens dans une activité. 

« Le rôle des parents est de motiver l’enfant à découvrir un autre environnement que l’école, où il va pouvoir s’épanouir et être valorisé », résume Laura Flessel. Le sport, la musique, la nature, la création artistique… Tout ce qui permet de renforcer le lien social et valoriser l’estime de soi contribue au bien-être mental.

Tous se portent volontaires pour promouvoir Mentalo et continuer à aller chercher les jeunes pendant encore un an (jusqu’à fin 2026). Plus les utilisateurs seront nombreux, plus on pourra trouver de solutions pour que les jeunes aillent mieux ! 

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Laura Flessel, ancienne championne d’escrime, est l’une des ambassadrice de l’appli Mentalo ©Jacob Khrist

L’appli Mentalo mode d’emploi 

Une dizaine de questions sur le bien-être mental sont posées aux jeunes à sept reprises dans l’année. Vie sociale, affective, jobs, loisirs, image de soi…, les mêmes questions pour tous de 11 à 24 ans, mais formulées différemment, et avec des conseils différents prodigués pour chacune des trois tranches d’âge de l’étude. 

Le questionnaire prend la forme d’un PHQ-4, validé scientifiquement et préalablement utilisé dans des enquêtes sur le bien-être. 

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