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Ces lieux qui bannissent les enfants : et si c’était nous, le problème ?

Par Juliette Prime - Mise à jour le

Petit garçon sur le marchepied d'un train en gare, illustration du débat sur les wagons sans enfants

Plus d’un Français sur deux (54 %) se dit favorable à la création d’espaces sans enfants en France, d’après un sondage Odoxa. Pourtant, dans le secteur du tourisme, seuls 3 % des sites de voyage s’affichent « adultes seulement ». Restaurants, transports, rues, vacances, faut-il voir dans l’exclusion des plus jeunes un mal nécessaire ou une dérive sociétale ? 

Aujourd’hui, la question du « vivre-ensemble » se pose dès qu’il s’agit de parentalité. Si certains réclament du calme, d’autres dénoncent une stigmatisation des familles. Pour y voir plus clair, trois expertes nous livrent leur analyse sur cette tendance qui divise l’opinion publique.

Pourquoi les espaces « no kids » séduisent-ils autant en France ?

Des zones sans enfants pour se retrouver au calme : est-ce vraiment légitime ?

Lenaïg Steffens, psychologue pour enfants spécialisée en guidance parentale, porte un regard nuancé sur cette tendance « no kids » ou « adults only« . Selon elle, ces zones répondent à une réalité de terrain. « Je n’ai pas à être pour ou contre, mais je comprends qu’on mette en place des espaces no kids car aujourd’hui, les enfants peuvent faire beaucoup de bruit et ils ont parfois du mal à se confronter à la réalité ».

Dans son cabinet, elle remarque que les parents partagent souvent ce constat : « Les parents sont plutôt d’accord avec cela : ils viennent me voir, car leur enfant est pénible à la maison, pénible à l’extérieur, et qu’ils ont besoin d’aide ». Par conséquent, il devient crucial de redonner aux enfants leur juste place. En étant ferme avec eux, en leur expliquant les règles de l’espace public (parler moins fort, etc.), et en les rendant « adults friendly » et compatibles.  

Pour ce qui est de la polémique sur la création de wagon no kids dans les trains SNCF, encore une fois, la psychologue se montre compréhensive : « Des personnes ont besoin de ce type d’espace pour travailler, cela me paraît cohérent. Derrière, il y a des raisons économiques, des ressorts dont on n’a pas tous les tenants et les aboutissants, et une entreprise – la SNCF – qui a ses raisons de mettre en place de tels espaces ». 

Les parents débordés par l’éducation positive : quel impact sur le comportement des enfants en public ?

Pourquoi le comportement des enfants semble-t-il plus problématique qu’avant ? Lenaïg Steffens observe ce changement depuis dix ans. « Car les parents sont un peu perdus dans leur modèle éducatif. Ils ne savent plus comment se positionner et ont peur de mal faire parfois. Donc ils ne font pas ». Elle pointe du doigt les informations contradictoires des réseaux sociaux et une éducation « 100 % positive » qui manque parfois d’outils concrets pour la vie en société.

« Je n’ai pratiquement jamais de remarques négatives à l’extérieur quand je suis avec mes enfants, et quand il y en a, pour moi, c’est justifié, car ils sont gênants ». Dans ces cas-là, la professionnelle conseille aux parents de prendre sur soi et de ne pas y aller en frontal pour les défendre. Dans son cabinet, elle travaille à comprendre quels sont les besoins des enfants des parents qui viennent la voir, et à partir de là, elle leur propose des outils pour répondre à ces besoins. 

Il n’y a pas de formule magique pour instantanément résoudre les problèmes de comportement de nos enfants dans l’espace public et ailleurs. Cependant, Lenaïg Steffens nous fournit quelques pistes ici pour être un parent efficace dans ce genre de situations. 

Famille avec enfants attablée au restaurant, au cœur du débat sur les espaces no kids

Zones « no kids » : un faux débat ou un vrai problème de société ?

En France, les enfants sont-ils vraiment mal accueillis dans les lieux publics ?

Malgré la polémique, l’accueil des enfants resterait majoritairement bienveillant en France. Maman de quatre enfants de 1 à 8 ans, Lenaïg Steffens tempère l’idée d’une hostilité ambiante. « Dans la plupart des endroits où je vais avec mes enfants, j’ai le sentiment, en France, qu’ils sont les bienvenus. Que ce soit en hospitalisation pédiatrique, au parc, à la boulangerie, au restaurant…Je trouve que le premier mouvement qu’ils suscitent, c’est de la surprise et de la réjouissance, y compris de la part d’inconnus. Alors pour moi, les espaces no kids, c’est un faux sujet. On risque d’en oublier tous ceux qui font leur maximum pour accueillir les enfants ».

Paris, épicentre de la tension entre familles et espaces publics

L’experte note que cette tension est particulièrement forte dans la capitale. La promiscuité parisienne exacerbe les frictions. En dehors de ce contexte spécifique, la société semble encore largement ouverte aux familles et à leurs besoins spécifiques.

Interdire l’accès aux enfants : une discrimination légalement répréhensible ?

Bannir les enfants de certains lieux pose une question éthique majeure. Pour certains thérapeutes, cette tendance reflète une difficulté croissante à tolérer l’autre dans sa différence.

Exclure les enfants de l’espace public : le signe qu’on ne sait plus vivre ensemble ?

Déborah Schouhmann-Antonio, thérapeute conjugale et familiale, s’inquiète de cette mise à l’écart. « Je peux entendre qu’on n’ait pas forcément envie de subir les cris d’un enfant, mais l’exclure de l’espace, c’est une manière de le mettre à part de la société, symptomatique d’une tendance inquiétante : on n’arrive plus à vivre ensemble ». Elle compare cette situation à celle des personnes handicapées ou âgées, qui font face à l’intolérance de la société depuis tout temps. Selon elle, « Certes, il y a des enfants très mal élevés, mais je ne vois pas comment on va responsabiliser leurs parents en excluant leurs enfants de certains espaces ».

Face aux remarques dans les lieux publics, le dialogue vaut mieux que l’exclusion

Le dialogue reste la meilleure arme contre l’agacement. La thérapeute rappelle que l’empathie nécessite une confrontation au réel. Elle souligne également une certaine hypocrisie sociale : on exige la perfection des enfants alors que des « adultes jettent leurs chips par terre dans le train, y parlent fort au téléphone sans aucune pudeur, et ont a priori le plus grand mal à s’auto-réguler ».

Pour désamorcer les remarques des inconnus sur nos enfants dans l’espace public, Déborah Schouhmann-Antonio, dont le nombre de patients qui culpabilisent pour cette raison augmente dans son cabinet, suggère quelques pistes : 

  • Établir un dialogue sans agressivité avec les mécontents.
  • Demander précisément ce qui dérange pour trouver une solution posée.
  • Ne pas hésiter à questionner l’autre, car on n’a parfois pas conscience de la gêne occasionnée ( « et ce, même quand l’enfant donne des coups de pieds ou quand il hurle »).

Jeune enfant jouant avec une fontaine dans la rue, symbole des espaces publics pensés pour les familles

Et si on créait des espaces pensés pour les familles plutôt que d’exclure les enfants ?

Plutôt que d’exclure, certains prônent une meilleure adaptation des infrastructures publiques aux besoins des familles. C’est le combat pour une société « à hauteur d’enfant ».

Interdire l’accès aux enfants dans les trains ou les restaurants : que dit la loi ?

Marie-Anne Vassilev-Miljkovi est consultante juridique spécialisée dans la parentalité en entreprise et fondatrice de Maternity at Work. Elle établit un parallèle entre son activité de sensibilisation des entreprises aux droits au travail de leurs salariées mamans (ex : en matière d’allaitement)  et la « sensibilisation nécessaire des usagers sur la difficulté de voyager avec des enfants et l’importance pour ces petits êtres de pouvoir se défouler, rire et parler ! », s’exclame-t-elle. Maman de deux enfants en bas âge dont un bébé, elle trouve déjà assez stressant et compliqué de voyager avec des enfants : « Si en plus, des espaces les excluent, cela devient discriminant », pose-t-elle

Dans la loi, cette discrimination liée à l’âge et à la famille est sévèrement réprimée par le code pénal. Pourtant, des établissements contournent la loi. Raison pour laquelle la récente mission parlementaire d’information « sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité en France » proposait de modifier le code pour y intégrer « l’exclusion des mineurs comme forme de discrimination » et de « rendre obligatoire l’aménagement d’espaces adaptés aux enfants dans les trains ».

Des lieux pensés pour les familles : les initiatives qui changent la donne

Face à la polémique, la juriste propose de multiplier les espaces adaptés. Elle avance des arguments concrets :

  • Un enfant de 2 ans ne peut pas rester immobile des heures.
  • Il relève de la responsabilité des parents de s’isoler temporairement en cas de crise majeure ( « Quelque chose que je fais déjà quand il arrive à mon fils de pleurer ou de se mettre à crier dans le train », relate-t-elle).
  • Le regard des autres sur nos enfants en public est parfois dur à porter, il faut apprendre à s’en libérer :  « Une thématique que j’aborde dans mon livre témoignage Ma grossesse, mes joies, mes angoisses. Avoir un bébé et être dehors est une source de stress : les gens se permettent de faire trop aisément des réflexions sur notre manière de faire, de gérer leurs pleurs »

Enfin, des initiatives comme le label « Le choix des familles » porté par Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, ou le concept des restaurants Les Fils à Maman prouvent que des alternatives existent. En créant des lieux où les enfants s’occupent intelligemment ou de manière insouciante, on permet aux adultes de vivre un moment serein sans exclure personne. 

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