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Allah n’est pas obligé, le sang versé de l’innocence

Par Bénédicte Flye Sainte Marie - Mise à jour le

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Vingt-six ans après sa sortie en librairies, Allah n’est pas obligé, le livre d’Ahmadou Kourouma qui avait reçu le Prix Renaudot et le Goncourt des lycéens, est transposé sur grand écran. Raconté en voix-off par Birahima, son héros, ce film de Zaven Najjar dépeignant le quotidien des enfants-soldats en Afrique de l’Ouest est porté par la force de son sujet, mais est desservi par un scénario trop monolithique. Au cinéma le 4 mars.

Allah n’est pas obligé : l’histoire

Né à Togobala en Guinée, Birahima a grandi avec la meilleure des mamans. Mais celle-ci est malade depuis longtemps et meurt alors qu’il n’a que « dix-douze ans ». Désormais privé d’attaches familiales, Birahima prend la décision d’aller rejoindre sa tante au Liberia, le pays voisin. Très rapidement, il croise la route de Yacouba, un homme à mi-chemin entre le sorcier, l’escroc et le bonimenteur, qui lui promet un avenir fait de richesse, de puissance et de liberté.

Au hasard de leur périple et de leurs rencontres, Birahima et le féticheur Yacouba vont être ensuite enrôlés dans une troupe paramilitaire appartenant au NPFL (National Patriotic Front of Liberia), à la tête de laquelle on trouve l’impitoyable colonel Papa le Bon, et où on a pris l’habitude de parler exclusivement le langage des fusils.

Au sein de ce groupuscule, Birahima va faire l’expérience de l’amitié avec ses nouveaux copains Tête brûlée, Kik, Sarah et Fati, également recrutés de force. Il va aussi et surtout assister au pire du pire, entre homicides sommaires, viols et trafics sordides et également donner la mort, comme tous les autres enfants qui partagent cette vie de damné.

A partir de quel âge ?

14-15 ans. Allah n’est pas obligé est clairement destiné à un public de grands ados (avertis) et d’adultes

L’avis de MAFAMILLEZEN

Il est salutaire que le cinéma d’animation ose parfois s’attaquer à des thématiques qui n’ont rien de mignonnes ni de joyeuses. Comme le livre éponyme dont il est inspiré, Allah n’est pas obligé a ainsi choisi de se focaliser ce qui compte parmi les choses plus déshumanisantes et violentes qui puissent exister, à savoir ces mineurs qui sont embrigadés dans des formations armées. Un phénomène qui est loin d’être marginal, puisqu’on en compte 300 000 à l’échelle de la planète. Cet opus se concentre sur ceux qui ont officié comme combattants pendant les conflits civils africains, notamment au Libéria et en Sierra Leone, dans les années 1990.

C’est aussi une très bonne idée que de faire décrire la guerre à ceux qui ne devraient jamais devoir la faire, à savoir ici Birahima. Et que ces atrocités soient racontées avec la gouaille de son âge, avec l’aide de ses fameux dictionnaires censés lui donner les mots qui lui manquent pour les dire, ou que la barbarie dans laquelle il a été immergé lui a arrachés. Il y a également une sorte de lyrisme un peu désespéré dans le monologue teinté de colère et d’humour noir de ce jeune personnage. C’est comme si le sens des mots devait compenser l’absence de sens des événements qu’il traverse. On retrouve cette dimension poétique chez l’autre protagoniste principal, Yacouba, notamment dans la séquence où il psalmodie Tout le monde est cadaveré, qui résonne comme un chant funèbre dédié à tous ceux qui sont tombés sous les balles.

On apprécie enfin la beauté du graphisme du film de Zaven Najjar , coloré et dans la rondeur, car cela permet d’illustrer ce qui en théorie est trop horrible et terrible pour être montré.

Mais pour que ce long-métrage nous emporte complètement, il aurait fallu qu’il soit plus introspectif et moins répétitif, qu’il nous explique ce que le fait d’être obligé de tuer pour survivre, et de voir tous les êtres auxquels on tient être assassinés, produit sur le cœur et le psychisme d’un enfant. Et c’est un aspect, au-delà des formules percutantes de Birahima sur sa « fucking life », qui n’est presque pas abordé.

Allah n’est pas obligé
Réalisé par :
Zaven Najjar
Avec les voix françaises de :
SK07, Thomas Ngijol et Marc Zinga
Genre :
Animation, Drame
Durée :
1h23
Sortie au cinéma :
le 4 mars2026

Lire le livre d’Ahmadou Kourouma :

La BD tirée du film : Allah n’est pas obligé, illustration Zaven Najjar, chez Dupuis, mars 2026, 21,95 € – Commander sur la Fnac
Le roman, Goncourt des lycéens : Allah n’est pas obligé, chez Points, janvier 2021 – Commander sur Fnac-Recyclelivre

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