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Nuremberg, un rendez-vous à demi-manqué

Par Bénédicte Flye Sainte Marie - Mise à jour le

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Adapté du roman de Jack El-Hai Le Nazi et le psychiatre, le film Nuremberg, réalisé par James Vanderbilt, est une production à la hauteur des standards hollywoodiens, mais n’a pas le pouvoir d’évocation des très grands films historiques. Au cinéma le 28 janvier.

Nuremberg : l’histoire

Les Alliés ont gagné la guerre. Hitler et sa garde rapprochée se sont suicidés. Seul haut-dignitaire encore en vie, Hermann Goering, l’ex-bras droit du Führer, a accepté de se rendre à la 36ème division de la Septième armée américaine. En vertu de l’Accord de Londres qui vient d’être signé, les criminels de guerre nazis vont répondre de leurs actes au sein d’un Tribunal militaire international spécialement créé pour l’occasion.

Chargé de le mettre sur pied, Robert H. Jackson, procureur général des États-Unis, doit convaincre les dirigeants européens de la pertinence de ce procès et de la forme qu’il va adopter. Sachant que les Britanniques auraient préféré des exécutions sans jugement. Et que les Soviétiques souhaitent faire de cet événement une arme de propagande. Jackson convainc aussi aux forceps le pape Pie XII d’adhérer à ce principe, en lui rappelant que le Vatican doit faire oublier son silence sur la Shoah durant les dernières années de la guerre.

De son côté, le psychiatre Douglas Kelley a la délicate mission d’aller à la rencontre des accusés. Notamment d’Hermann Goering, pour s’assurer qu’ils sont en état, physique ou psychologique, de participer au marathon judiciaire qui les attend. Mais le professionnel va vite réaliser à quel point la responsabilité qu’on lui confie est complexe. Car Goering est un ogre manipulateur qui ne va pas faire la moindre concession, et compte bien faire du tribunal de Nuremberg sa dernière estrade pour la gloire…

A partir de quel âge ?

On vous conseillera de ne pas emmener vos enfants voir Nuremberg avant 10 ans.

L’avis de MAFAMILLEZEN

On attendait beaucoup de Nuremberg, qui traite d’un moment-pivot qui a été relativement peu abordé au cinéma. On en ressort avec un sentiment mitigé. Si ce long-métrage long de près de deux heures et demie reconstitue avec un soin presque clinique les costumes, les décors, les ambiances et lumières, il a une construction trop linéaire et plate qui fait qu’on ne réussit pas complètement à se laisser entrainer. Il manque l’impression de se prendre l’Histoire en plein cœur.

Alors que le réalisateur disposait d’un formidable matériau avec la figure terrible de Goering, les rapports humains dépeints dans ce film ont eux aussi trop peu de chair et d’épaisseur. Même si on ne peut rien reprocher à l’interprétation de la grande majorité des acteurs. Notamment à Russel Crowe, assez bluffant dans ce rôle d’ogre manipulateur, et à Michael Shannon, dans la peau de Jackson. On aurait aimé percevoir davantage les ambiguïtés et le phénomène d’emprise et de fascination qui s’établit petit à petit entre Goering et Kelley. Peut-être est-ce un défaut du scénario, d’écriture des dialogues ou de comédien ? Rami Malek, qui joue Douglas Kelley et qu’on avait pourtant adoré dans Bohemian Rhapsody, ne semble pas tout à fait à la hauteur du personnage qu’on lui a confié. A moins que le problème soit justement la construction de ce dernier.

Nuremberg s’attache pourtant à aborder des questions intéressantes. Comme le fait de savoir si toute personne, quelle qu’elle soit et dans un contexte identique, aurait pu participer à une barbarie telle que celle perpétrée par les SS. Ou au moins ne pas la soutenir. C’est ce que souligne d’ailleurs le jeune interprète Howie Triest, Juif allemand qui travaille comme interprète pour l’US Army . « Ça s’est passé ici parce qu’ils ont laissé faire. Quand ils ont voulu se rebeller, il était trop tard », explique-t-il à Kelley au moment où leurs chemins se séparent. Si cette interrogation n’a jamais été aussi pertinente et contemporaine, dans notre XXIème siècle où les régimes populistes ressurgissent un peu partout dans le monde, Nuremberg n’y répond pas vraiment. L’importance du devoir de mémoire, que Jackson évoqueLe monde doit savoir ce que ces hommes ont fait ») n’est également pas assez explorée.

Quant au procès en-lui-même, qui donne son nom à ce film, il occupe trop peu de temps d’écran, surtout si l’on considère qu’il a duré un an. Pour en découvrir les arcanes et les enjeux, mieux vaut lire Le crépuscule des hommes, d’Alfred de Montesquiou, qui a remporté le Prix Renaudot Essai il y a quelques mois !

Nuremberg
Réalisé par : James Vanderbilt
Avec :
Russell Crowe, Rami Malek et Richard E. Grant
Genre :
Drame, historique
Durée :
2h28
Sortie au cinéma :
le 28 janvier 2026

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