
Les vacances d’hiver approchent, et beaucoup d’entre vous vont rejoindre les stations de ski pour des vacances en famille à la neige. Derrière l’image de carte postale des pistes enneigées baignées de soleil se cache un risque largement sous-estimé : celui des agressions oculaires liées à la montagne, en particulier chez les enfants. Alors comment protéger les yeux des enfants au ski, et quelle est la meilleure protection solaire pour nos chers petits ?
Pour y voir plus clair, nous avons interrogé le Dr Romain Nicolau, chirurgien ophtalmologue. Il alerte depuis plusieurs années sur les effets méconnus de l’altitude, de la réverbération de la neige et du froid sur la santé des yeux, des enfants en particulier : photokératite, inflammations, atteintes des paupières, avec parfois des conséquences durables. Un message de prévention essentiel alors que des millions de vacanciers s’apprêtent à rejoindre les sommets.
Pourquoi les yeux sont-ils particulièrement exposés en montagne ?
Comme l’explique le docteur Nicolau, le danger repose sur une combinaison de facteurs souvent ignorés :
« Il existe principalement trois facteurs expliquant le risque oculaire. D’abord, l’augmentation du rayonnement UV avec l’altitude : le rayonnement ultraviolet augmente d’environ 10 à 12 % par tranche de 1 000 mètres, car l’atmosphère filtre moins les UV. Ensuite, la réverbération très élevée de la neige : la neige fraîche peut réfléchir jusqu’à 80 à 90 % des UV, exposant les yeux par le dessous. Enfin, l’air froid et sec favorise la sécheresse oculaire, ce qui diminue la protection naturelle de la cornée. »
Autrement dit, même une journée sans un soleil éclatant peut être trompeuse pour les yeux. Alors lunettes ou masque de ski, soleil ou pas, on protège ses yeux quoi qu’il en soit.
Pourquoi les yeux restent-ils exposés même sans soleil apparent ?
Beaucoup de parents pensent, à tort, que les nuages offrent une protection naturelle. Là encore, le spécialiste est clair :
« Les UV traversent les nuages : jusqu’à 80 % des UV-A et une part significative des UV-B passent à travers un ciel voilé. La luminosité perçue baisse, mais l’irradiation UV reste élevée, surtout avec la réverbération de la neige. L’absence d’éblouissement pousse souvent à retirer les lunettes, augmentant le risque. »
C’est précisément dans ces conditions que les accidents oculaires surviennent le plus souvent, quand le soleil joue à cache-cache, mais que ses UV sont tout aussi nocifs.
Lunettes de ville, UV400 ou masque de ski : quelles différences ?
Toutes les lunettes de soleil ne se valent pas en montagne, loin de là. Le docteur Nicolau rappelle :
« Les lunettes de ville n’offrent pas forcément une protection UV garantie, n’ont pas de protection latérale et ne sont pas adaptées à la montagne. Les lunettes certifiées UV400 filtrent la totalité des rayons UVA et UVB, mais doivent être enveloppantes pour être efficaces. Le masque de ski reste la meilleure solution, car il est enveloppant et 100 % UV, avec une protection maximale en périphérie. »
Il insiste aussi sur un point crucial : « Une lunette foncée sans filtre UV certifié est dangereuse : la pupille se dilate et laisse entrer plus d’UV. » Donc ne vous laissez pas tenter par des lunettes à tout petit prix sans garanties de protections fiables. La santé de vos yeux est en jeu.
Qu’est-ce que la photokératite et quels signes doivent alerter ?
La photokératite, souvent appelée « cécité des neiges », est l’une des atteintes les plus fréquentes en montagne.
« C’est une brûlure aiguë de la cornée due aux UV, comparable à un coup de soleil. Les symptômes apparaissent souvent 6 à 12 heures après l’exposition. »
Parmi les signaux d’alerte : douleur intense, baisse de la vision, sensation de sable, rougeur, larmoiement, photophobie ou difficulté à ouvrir les yeux. Une urgence médicale à ne jamais banaliser.
Pourquoi les yeux des enfants sont-ils plus vulnérables ?
Les enfants ne sont pas de petits adultes. Leur œil est encore en développement, ce qui les rend particulièrement sensibles :
« Le cristallin des enfants est plus transparent aux UV. Jusqu’à 10–12 ans, une plus grande quantité d’UV atteint la rétine. Ils passent aussi plus de temps à l’extérieur et oublient plus facilement leurs protections. Les expositions répétées dans l’enfance ont un impact direct à l’âge adulte, avec un risque accru de cataracte précoce ou de DMLA. »
Les risques différés d’une exposition répétée
Les effets ne sont pas toujours immédiats. Selon le docteur Nicolau, une exposition prolongée et régulière à la réverbération du soleil sur la neige augmente le risque de cataracte, de DMLA, de ptérygion ou encore d’atteintes chroniques de la surface oculaire comme la blépharite. Autant de pathologies qui pourront se déclarer ultérieurement, et qui auraient pu être évitées par des gestes simples.
Trois réflexes essentiels à adopter pour protéger les yeux des enfants au ski
Pour limiter les risques, le spécialiste recommande aux parents des mesures de bon sens :
« Choisir une protection certifiée UV400, masque ou lunettes enveloppantes, même par temps couvert. Habituer les enfants à les porter en continu, dès la sortie, sans exception, y compris à l’arrêt ou en terrasse. Prévoir une solution de secours, car une protection oubliée ou cassée expose immédiatement. Et appliquer une crème solaire SPF 50 sur les paupières. »
Protéger les yeux des enfants au ski est indispensable. Comme le rappelle le docteur Nicolau, il voit chaque année des patients souffrir de conséquences qui auraient pu être évitées après les vacances d’hiver. Si nous protégeons naturellement la peau de nos enfants, leurs yeux méritent la même vigilance. Car sans une bonne vision, même les plus belles descentes perdent de leur saveur.
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