
À 40 minutes de Clermont-Ferrand, le Puy-de-Dôme réserve bien des surprises quand on s'éloigne un peu des sentiers balisés. Parce que non, en Auvergne, il n’y a pas que les volcans. On vous embarque dans un road-trip en famille de Saint-Nectaire à Ambert, en passant par Murol, Villeneuve-Lembron et Boudes, à la découverte de quelques pépites qui susciteront, on en est certains, l’intérêt des enfants et des ados.
Au cœur de l’Auvergne, le Puy de Dôme se situe à 4h de Paris et moins de 2h de Lyon. Le département offre un visage contrasté où chaque endroit a son identité propre et son histoire. Après vous avoir fait découvrir l’Auvergne des volcans, autour de Vulcania, nous vous emmenons dans un road-trip en famille dans le sud du département, du Massif du Sancy jusqu’au Livradois-Forez, en passant par le Pays d’Issoire. Entre Histoire et découverte de savoir-faire locaux uniques, laissez-vous surprendre.
Saint-Nectaire et Murol : l’Auvergne côté mystères
Au coeur du massif du Sancy, à une heure de route de Clermont-Ferrand, Saint-Nectaire est à la fois une station thermale, un village perché et un fromage AOP que tout le monde connait. Mais le village cache des curiosités bien plus insolites : des grottes habitées au IXe siècle reconverties en caves d'affinage, une église romane aux décors de BD médiévales, des fontaines pétrifiantes, et à quelques kilomètres, le château de Murol, l'une des forteresses médiévales les mieux conservées d'Auvergne.
Dans les grottes de Farges, un voyage inattendu au pays du saint-nectaire
La ferme Bellonte, à Farges, sur la commune de Saint-Nectaire, ne ressemble à aucune ferme du Puy-de-Dôme. Elle propose trois expériences auxquelles on ne s’attend pas forcément ici : un film en 3D projeté dans la roche, des grottes médiévales habitées au 9e siècle, et les secrets d'affinage du Saint-Nectaire fermier. La visite commence de manière insolite.
Annet Viginet, le pionnier de la photo en relief qui voulait garder la mémoire d'un village
La visite du site Le Mystère des Farges, hameau de la commune de Saint-Nectaire, démarre de manière assez surprenante. Ce site qui appartient à la ferme Bellonte, avant de nous plonger dans l’histoire des grottes troglodytes et dans les secrets de fabrication du Saint-Nectaire, nous dévoile le village au début du 20e siècle à travers les photos d’Annet Viginet.
Dans une salle de projection creusée à même la roche, équipés de lunettes 3D, plutôt insolite ici, on découvre un petit film d’une dizaine de minutes consacré à cet enfant du pays devenu entrepreneur à Paris qui, avec son Verascope Richard, une technologie révolutionnaire pour l'époque, ancêtre de la photographie 3D, a immortalisé toute la vie de son village sur plaques de verre stéréoscopiques. Des clichés d’une profondeur saisissante.
À Paris, les photos de Viginet faisaient sensation. Ses amis restaient parait-il "bouche bée", avec l'impression de pouvoir presque "respirer les odeurs" de la campagne auvergnate. Mais malheur à celui qui osait se moquer de sa région : « Je t'autoriserai à critiquer Saint-Nectaire quand tu m'auras fait goûter un fromage qui s'appelle Paris », plaisantait le photographe.
La photo la plus marquante est celle de Félise, cette petite fille au regard grave photographiée par Viginet. « Fais-moi un sourire, sinon dans 100 ans on dira : "Qui c'était cette petite fille triste ?" » Sans descendance, il lui léguera finalement toutes ses précieuses plaques photographiques. Un héritage immense, grâce auquel Saint-Nectaire peut aujourd'hui se raconter à travers les yeux de celui qui fut sans doute son premier ambassadeur.
Des habitations troglodytiques aux caves d’affinage du saint-nectaire
Après ce préambule photographique, la visite continue dans la fraîcheur des caves. Ces galeries souterraines n'étaient pas destinées au fromage à l'origine. Dans les années 1990, un archéologue découvre qu'il s'agit en réalité d'anciennes maisons troglodytiques creusées directement dans la roche volcanique dès le IXe siècle. Après la Révolution française, les lieux sont transformés en ferme : les anciennes pièces de vie deviennent étables, bergeries… puis caves d'affinage.
Impossible aujourd'hui d'ouvrir les véritables caves de production au public. Les contraintes sont trop nombreuses dans la fabrication du Saint-Nectaire fermier : chaque ferme travaille en effet le lait de ses vaches – pas de coopératives ici – immédiatement après la traite, quand il est encore chaud. La famille Bellonte a donc eu l'idée de transformer cette ancienne cave achetée par le grand-père dans les années 1960 en cave-musée.
Après la visite, vous serez incollable sur les secrets d’un bon Saint-Nectaire fermier : au minimum 28 jours d’affinage, et jusqu’à trois mois pour un fromage plus corsé. Avec au passage quelques anecdotes qui feront sourire les plus jeunes : les affineurs appellent ainsi le « poil de chat » le fameux duvet gris qui recouvre certains fromages, et qui se mange.
Autre anecdote insolite : l’emblématique vache Salers, avec sa robe acajou et ses grandes cornes, est rarement utilisée pour produire le lait du Saint-Nectaire… parce qu'elle est réputée être une véritable "mère poule" : « Pour qu'elle donne son lait, il faut qu'elle ait son veau avec elle. » Le veau doit même commencer à téter avant la traite. Une contrainte qui a progressivement orienté la race vers la production de viande plutôt que de fromage.On est également surpris d’apprendre que le village de Saint-Nectaire n’est même pas au centre de la zone AOP, mais à la limite !
Avant ou après la visite, faites une pause déjeuner à la Grange d'Alphonse, l'auberge installée juste à côté du Mystère des Farges. L'ambiance y est simple et conviviale et on y partage une cuisine de montagne généreuse, servie dans de grands plats fumants au milieu de la table. La spécialité maison, la Phonsounette, mélange de pommes de terre, saint-nectaire fondant et saucisse au chou, est une tuerie.
Et avant de repartir, difficile de ne pas faire un tour par la boutique de la ferme. On y trouve les Saint-Nectaire produits sur place, mais aussi la spécialité locale, le pounti, terrine à base de porc, de blettes et de pruneaux, des charcuteries régionales et d'autres produits du terroir à des prix très accessibles.
Les Mystères des Farges
3, rue du 10 août
63710 Saint-Nectaire
Tel. 04 73 88 52 25
www.st-nectaire.com/
À Saint-Nectaire, une basilique romane qui se raconte comme une histoire
A trois kilomètres de Farges, on rejoint le village de Saint-Nectaire par une très jolie route à travers la campagne auvergnate, magnifique au printemps avec son camaïeu de verts. Elle offre un panorama sublime sur un paysage tout en rondeurs, duquel surgissent l’église romane de Saint-Nectaire perchée sur le Mont Cornadore et le château de Murol sur son éperon rocheux.
La basilique de Saint-Nectaire, racontée comme une aventure
Les visites de monuments religieux, ce n’est pas ce qu’il y a de plus fun pour les enfants et les ados. Mais Catherine Gatignol, guide conférencière du diocèse de Clermont, transforme la visite de l’église de Saint-Nectaire en récit vivant. Joyau de l’art roman, c’est une véritable bande dessinée de pierre qui raconte des histoires fascinantes aux petits et grands.
« Pourquoi une si grande église dans ce si petit village ? » Avec beaucoup d’humour et une énergie communicative, elle raconte ainsi comment Saint Nectaire, un Grec devenu prêtre à Rome avant d’être envoyé évangéliser l’Auvergne, est devenu l’une des figures religieuses importantes de la région, avec Saint-Baudime et Saint-Auditor. Et comment le village de Saint-Nectaire s’est transformé par la suite en l’un des plus grands lieux de pélerinnage.
Une BD médiévale sculptée dans la pierre
Si la façade extérieure est plutôt austère, l'intérieur de l'église offre une toute autre image. Levez les yeux ! Le véritable trésor se trouve au-dessus de vos têtes, dans le chœur. Il s’agit de six chapiteaux – les parties sculptées en haut des colonnes – d’une richesse incroyable.
Ils racontent des histoires sur toutes les faces, ce qui est extrêmement rare ! Pas moins de 96 personnages sont sculptés dans le chœur de Saint-Nectaire. Soldats en cotte de mailles, créatures fantastiques, scènes bibliques… on dirait une bande dessinée médiévale en couleurs ! Une véritable prouesse artistique et narrative.
Invitez vos enfants à un jeu de piste : retrouver les animaux les plus étranges sculptés sur les colonnes. À Saint-Nectaire, il y a de quoi faire ! Le plus célèbre est sans doute “l’âne à la lyre”. Cet âne musicien, au regard un peu perdu, semble croire qu’il peut jouer de la musique avec ses sabots. Quelle est la morale ? « Est-ce que ce n’est pas une façon d’amener l’homme à un petit peu plus d’humilité ? Ne fais que ce dont tu n’es pas capable », suggère Catherine Gatignol.
Les trésors insoupçonnés de la basilique de Saint-Nectaire
L'église conserve également un impressionnant buste-reliquaire de Saint-Baudime datant du XIIe siècle. Cette statue a même été exposée aux États-Unis puis au British Museum. « Quand vous arriviez dans ces musées prestigieux, vous étiez accueillis par Saint Baudime de Saint-Nectaire », plaisante la guide. Le reliquaire doit sa survie à une habitante du village qui l'a caché pendant la Révolution.
Autre découverte récente : le tombeau de Saint-Nectaire. Imaginez la surprise des archéologues en 2006 : en fouillant le sol de l’église, ils ont mis au jour le tombeau, « taillé dans la roche directement », et retrouvé vide (les ossements ayant été déplacés dans des reliquaires en 1498). Sa présence expliquerait pourquoi, contrairement aux autres grandes églises d’Auvergne, celle de Saint-Nectaire n’a pas de crypte.
Les Fontaines Pétrifiantes, la magie lente du calcaire
On ne sait pas très bien à quoi s'attendre en poussant les portes des Fontaines Pétrifiantes de Saint-Nectaire. Certainement pas à cette visite souterraine à la fois insolite et passionnante, entre géologie, artisanat et décor presque fantastique.
L’activité de l’entreprise Papon, créée en 1821 et entre les mains de la septième génération, tourne autour d'une eau naturellement chargée en calcaire qui permet, depuis plus de deux siècles, de « pétrifier » des objets. On découvre un savoir-faire unique : la création de bas-reliefs et d’objets pétrifiés. Ici, les artisans travaillent une matière… invisible. Leur métier consiste à donner une forme artistique au calcaire dissous dans l'eau. Un savoir-faire tellement particulier que l'entreprise a fini par créer un véritable métier d'art, recherché autant par le monde de l'art que par le monde scientifique.
Au fil des générations, les propriétaires ont ouvert le site et leurs ateliers au public. Vidéos, scénographie, démonstrations, médiation adaptée aux enfants… Les Fontaines Pétrifiantes de Saint-Nectaire proposent un parcours de visite d’une heure, libre ou guidé – on vous conseille vraiment la visite guidée (mais attention, les visites guidées en individuel sont proposées hors période estivale uniquement), qui passionnera autant les chimistes en herbe que les esprits créatifs.
Le site est labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant, qui valorise les savoir-faire français, et membre de l’association Entreprise Découverte.
Pourquoi trouve-t-on du calcaire sous les volcans de Saint-Nectaire ?
Saint-Nectaire se situe sur un territoire essentiellement granitique. Alors pourquoi trouve-t-on ici des eaux aussi riches en calcaire ? Pour aider les visiteurs à comprendre cette incongruité géologique, une vidéo introductive en 3D, très accessible, résume 340 millions d'années de volcanisme et les grands bouleversements géologiques qui ont façonné les monts Dore et le massif du Sancy.
La déambulation commence dans les 250 mètres de galeries humides creusées sous la ville – dénivelé de 14 mètres, sans marches ni ascenseur, accessible à tous – au coeur de la roche volcanique. On chemine des bassins souterrains jusqu’aux fameuses fontaines de pétrification, où se rejoignent deux sources à 52°C et 18°C, en passant par les ateliers de fabrication des moules utilisés pour la création de bas-reliefs et d’objets pétrifiés.
La curiosité monte crescendo, et en toute fin de parcours, enfin, on découvre les fontaines pétrifiantes, spectaculaires. Sous une immense structure en bois haute de 14 mètres, des dizaines de moules reçoivent en continu l'eau chargée en calcaire. Goutte après goutte, la pierre se forme lentement sur les moules. « C'est une belle imprimante 3D.» Le savoir-faire se transmet essentiellement par l'expérience et l'observation quotidienne : « La nature travaille à un rythme qui n'est pas celui de l'humain aujourd'hui. » 30 moules peuvent donner 10 pièces réussies. « Les objets ne subissent aucune retouche ni aucun polissage. »
Fontaines Pétrifiantes de Saint-Nectaire
Les Sources
1 Avenue du Docteur Roux
63710 Saint-Nectaire
Tel. 04 73 88 50 80
www.fontaines-petrifiantes.fr/
Murol, la forteresse perchée qui fait revivre le Moyen Âge
A dix minutes en voiture de Saint-Nectaire, direction Murol. Le château de Murol, dressé à près de 1 000 mètres d'altitude sur une ancienne coulée volcanique, domine toute la vallée depuis son promontoire basaltique. Au Moyen Âge, prendre le château de Murol n’était pas une mince affaire. En plus de la montée particulièrement raide pour atteindre la forteresse, il ne fallait pas passer une, mais six portes successives pour accéder à la haute cour. De quoi décourager les plus téméraires ! Comme le résume notre guide : « il faut être bien déterminé pour s’en prendre à Murol. »
Depuis les remparts, la vue plonge sur les montagnes du Sancy et les vallées volcaniques alentours. « On voit l'envahisseur arriver de bien haut. » La guide explique aussi comment le relief volcanique servait lui-même de système défensif. Les pierres lancées depuis les hauteurs rebondissaient sur la pente basaltique avant de dévaler vers les ennemis : « On fait un carrelage strike. » Vous avez le ton de la visite.
Au château de Murol, le Moyen Âge sans filtre
Conçu pour être infranchissable, chaque recoin de la forteresse a une histoire à raconter, et souvent une fonction bien plus maligne qu’il n’y paraît. Guidés par « la fille de Guillaume de Murol », seigneur des lieux, on fait immédiatement un retour en arrière de quelques siècles, en 1426. Une visite incarnée, très interactive, pleine d'humour et d'anecdotes, qui embarque petits et grands.
Vous saurez tout de la vie quotidienne au château de Murol au Moyen Age, qui était loin d'être confortable. L'hiver pouvait durer six ou sept mois sur ces hauteurs – à noter que le château est ouvert à la visite toute l’année, même par moins 10°. L’eau étant une ressource rare, on buvait surtout du vin, moins alcoolisé qu’aujourd’hui, y compris les enfants. Au détour du jardin médiéval, on a droit un petit cours de naturopathie – la lavande pour les poux, la sauge pour les douleurs menstruelles… Quant au potager, on se nourrissait à l’époque de poireaux, le légume phare, de légumes racines ou feuilles – et non, pas encore de pommes de terre au Moyen Age.
L'insécurité faisait aussi partie du quotidien. Si la guerre de Cent Ans et les Anglais ne sont plus une menace directe en Auvergne, d’autres dangers bien plus concrets guettent les habitants : les « routiers », ces bandits de grands chemins qui détroussaient les voyageurs sur les routes. Et la peste, qui revenait régulièrement. C’est dans ce climat d’insécurité que Guillaume de Murol decide de « revenir au château pour refortifier le site.» La forteresse n’a plus alors vraiment de fonction défensive, mais devient un refuge, un havre de paix et de sécurité pour ses habitants et les gens des alentours.
Le château de Murol propose toute l’année des animations médiévales, des démonstrations de métiers anciens et des visites théâtralisées. Un site vivant, à la fois ludique et pédagogique, qui plaira autant aux enfants qu’aux ados dans le Massif du Sancy.
Château de Murol
Rue du Château
63790 Murol
Tel. 04 73 88 82 50
www.murolchateau.com/
Où dormir en famille dans le massif du Sancy ? Sancy Resort, à Chambon-sur-Lac
À Moneaux, sur la commune de Chambon-sur-Lac, le Sancy Resort propose des appartements équipés avec kitchenette, pouvant accueillir de 2 à 6 personnes.
Entre Super-Besse et Le Mont-Dore, la résidence est nichée au pied des montagnes, et donne le sentiment d'être au bout du monde. Nous n’y avons pas séjourné (nous étions hébergés dans un hôtel tout proche mais moins familial), mais l’adresse semble intéressante pour les familles en quête d’une location de vacances au calme et pratique pour explorer le massif du Sancy.
Équipement bébé, salle de jeux, espace extérieur, restaurant et services à la carte complètent l’offre familiale.
www.sancy-resort.com
Dans le Lembron, l’Auvergne prend des airs du Sud
À une cinquantaine de kilomètres au sud de Saint-Nectaire, le Lembron est l'une des parties les moins connues du Puy-de-Dôme. Les massifs du Sancy laissent place à des collines plus douces et à un territoire agricole et viticole auquel on ne s’attend pas en Auvergne. Nous vous proposons deux étapes : Villeneuve-Lembron, où un imposant château Renaissance surprend au milieu de ce tout petit village ; et Boudes, un village vinicole haut en couleurs.
Villeneuve-Lembron, le château de cœur d’un grand seigneur auvergnat
C’est assurément une belle surprise que cet imposant château, ancien château médiéval transformé en demeure Renaissance. Il cache l'histoire d'un personnage digne d'un roman d'aventures : Rigaud d'Aureille, né en 1450.
Rigaud d’Aureille n’était pas un seigneur comme les autres. Il a gravi tous les échelons de la société grâce à son intelligence et sa loyauté : maître d’hôtel de quatre rois de France successifs, puis ambassadeur auprès de l’empereur Maximilien d’Autriche, il s’enrichit pendant les campagnes d'Italie. Malgré cette ascension spectaculaire, il revient construire son château ici, sur ses terres auvergnates. « C'était quelqu'un d'important mais qui n'a jamais oublié ses origines. C'est son château de coeur. »
Après sa mort en 1517, le château de Villeneuve-Lembron a connu une histoire mouvementée, passant de famille en famille. Il est classé Monument Historique en 1926. Puis l’État en devient propriétaire en 1937, et il est aujourd’hui géré par le Centre des Monuments Nationaux.
À Villeneuve-Lembron, les murs racontent des histoires
Le château de Villeneuve-Lembton a été conçu pour que son seigneur puisse recevoir ses invités « en toute simplicité et confort ». Il offre un véritable voyage dans le temps. Le lieu surprend par son histoire singulière et sa riche décoration. « C’est un château à fresques d’une richesse exceptionnelle, avec plus de 2000m² de peintures murales qui ont été conservées ».
Les galeries et les salles ressemblent parfois à une immense bande dessinée du XVIe siècle. On y découvre des scènes mythologiques, des personnages caricaturaux, des animaux fantastiques, des scènes de vie quotidienne et des décors beaucoup plus inattendus pour l'époque. La galerie Rigaud, dans laquelle démarre la visite, contient les peintures les plus anciennes du site, début 16e, commandées par le seigneur du château pour « raconter des histoires ». Pour décrypter ces BD médiévales qui ne manquent pas d’humour, on vous conseillera la visite guidée, assez surprenante.
On passe sans cesse d'une époque à une autre. Une pièce raconte le Moyen Âge, la suivante bascule dans l'univers raffiné de la Renaissance. L'histoire du mobilier du château ressemble presque à une enquête géante. Au début du XXe siècle, après des difficultés financières et un incendie, une partie des meubles et objets du château de Villeneuve-Lembron a été vendue « devant la porte ». Aujourd'hui, les équipes du château tentent patiemment de retrouver ces pièces dispersées depuis des décennies. Certaines tapisseries ont même été localisées dans les réserves d'un musée… à New York. D'autres objets réapparaissent parfois dans des familles de la région ou dans d'autres châteaux voisins.
Quand le château devient terrain de jeu
Le château de Villeneuve Lembron propose toute l’année une riche programmation tournée vers les familles. Pour les enfants, la visite « A la recherche des lutins » se transforme en jeu de piste. Des personnages en costume donnent vie au château lors de visites contées.
Parmi les grands événements organisés chaque année, la Fête du Roi, le 19 juillet 2026, Monuments Jeux d’Enfants en octobre, Halloween et Noël, avec des animations sans cesse renouvelées.
Château de Villeneuve-Lembron
63340 Villeneuve-Lembron
Tél. : (33) (0)4 73 96 41 64
Gratuit pour les moins de 18 ans
Ouvert toute l’année.
www.chateau-villeneuve-lembron.fr
Boudes, le village vigneron qui fait voir l’Auvergne autrement
A dix minutes en voiture de Villeneuve-Lembron, on découvre Boudes, joli petit village entouré de vignes, aux allures plus méridionales qu’auvergnates : les toits tuilés, les génoises, les maisons blondes, les murets de pierres, les coteaux plantés de ceps… difficile d'imaginer qu'on se trouve toujours dans le Puy-de-Dôme.
Et pourtant ici, les vignes poussent sur d'anciennes coulées basaltiques et les reliefs montrent une facette beaucoup moins connue de l'Auvergne : celle d'un territoire viticole ancien, longtemps tourné vers le commerce du vin. Au 17e siècle, grâce à l'Allier puis au canal de Briare, les tonneaux quittaient la région pour rejoindre Paris. On découvre au passage l'histoire des Bougnats, ces Auvergnats montés à la capitale, qui y vendaient à la fois vin, charbon et parfois pierre volcanique.
Pour découvrir le village autrement, Christine Buteau et son association « Les Petits Contes » proposent des balades contées dans les ruelles et les vignes. Les histoires locales ponctuent la promenade et donnent une autre lecture du paysage. Une façon plus vivante d'aborder l'histoire du village avec des enfants ou des ados qui décrochent parfois pendant les visites patrimoniales classiques.
Une balade familiale dans le décor spectaculaire de la Vallée des Saints
Imaginez des paysages aux couleurs flamboyantes, allant de l’ocre au rouge intense, sculptés par le temps et qui vous transportent tout droit dans un décor de western. On l’appelle aussi le « colorado auvergnat », bienvenue dans la Vallée des Saints !
Depuis le village de Boudes, on grimpe doucement au milieu des vignes avant de s'enfoncer dans la forêt. Une balade d'environ deux heures, facile d'accès et au frais l’été, ponctuée de surprises qui motivent même les marcheurs les plus réticents.
Très vite apparaissent les fameux saints : d'étranges silhouettes de pierre rouge surgissant au milieu d'une végétation d'un vert éclatant, découvertes au 19e siècle par le géologue Henri Lecoq, qui trouvait qu’elles ressemblaient à « des personnages drapés dans leurs robes de bure, des moines, des saints ». Puis on découvre les impressionnantes Demoiselles Coiffées, aussi appelées cheminées de fées, qui semblent défier l'équilibre. Avant d’arriver à ce fameux « colorado auvergnat », formé depuis 10 000 ans par l’accumulation de sédiments riches en minéraux qui forment un patchwork de couleurs assez remarquable.
En redescendant vers le village, le sentier traverse un Espace Naturel Sensible classé pour sa richesse géologique et sa biodiversité. Avec quelques découvertes insolites, comme la source de Bard, une étonnante source salée et ferrugineuse dont l'eau bouillonne naturellement à la surface, que les plus curieux, ou téméraires, pourront même goûter.

A savoir pour les plus jeunes qui auraient éventuellement besoin d’une « carotte » pour marcher, la ferme pédagogique La Ferme de Mailly, située sur le sentier des Saints, propose des visites libres, activités et ateliers.
Au Domaine Sauvat, la vigne se découvre en famille
À Boudes, les vignes ne se découvrent pas seulement derrière un comptoir de dégustation. Annie Sauvat, propriétaire du domaine du même nom, propose des expériences beaucoup plus vivantes et surtout adaptée à toute la famille, dans son vignoble des Côtes d’Auvergne. Des visites œnologiques kid-friendly, et dog-friendly, des balades contées et chantées, du printemps jusqu’en septembre, pour raconter les légendes locales et l’histoire de ce vignoble de Boudes. Suivie d’une dégustation au milieu des vignes.
Annie, qui ne manque pas d’idées, organise aussi des oeno-balades nocturnes les jeudis soirs, qui peuvent prendre des airs de mini-expéditions à la fois ludiques et pédagogiques, autour du volcanisme local et de la faune minuscule des vignes. Autre activité insolite très apprécié des enfants, l’initiation à la baguette de sourcier, entre septembre et octobre, et atelier pour trouver les sources.
Domaine Sauvat
30, route de Dauzat
63340 Boudes
Tel. 06 18 70 93 81
www.sauvat-vins.com/
Ambert et le Livradois-Forez, l’Auvergne au fil de l’eau
À plus d'une heure de route de Saint-Nectaire, le parc naturel du Livradois-Forez marque une rupture nette avec les paysages volcaniques du Sancy et les terres rouges du Lembron. Ici est née au bord de l’eau, entre le 15e et le 19e siècle, une industrie papetière dont la réputation dépassait largement l'Auvergne. C’est aussi ici qu’on fabrique un autre fromage d’Auvergne bien connu, la fourme d’Ambert.
Au Moulin Richard de Bas, le papier se fabrique encore à la main
Quand on évoque aujourd’hui Ambert, on pense tout de suite à sa fourme. Mais cette petite ville du Puy de Dôme était autrefois renommée pour son industrie papetière. Au 17e siècle, la vallée abritait plus de 400 moulins.
Quand les vieux chiffons devenaient du papier
Plongez dans l’histoire fascinante de la fabrication du papier, à une époque où rien ne se jetait et où tout se transformait. Au Moulin de Richard de Bas, transformé en musée en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, on découvre un savoir-faire ancestral où les vieux vêtements devenaient de précieuses feuilles blanches. C’est « le seul moulin en Europe qui n’a jamais changé d’activité », et qui a fabriqué du papier en continu depuis 1463 jusqu’à la mort du dernier maître papetier en 1937.
Le Moulin Richard de Bas raconte une histoire vivante qui fascinera les enfants… et les ados de plus en plus éloignés du papier ! Entre anecdotes historiques et gestes précis, la visite plonge les visiteurs dans les coulisses d’une tradition qui se transmettait de génération en génération.
Pendant des siècles, des chiffonniers auvergnats ont parcouru les villes pour récupérer draps, vêtements usés et morceaux de lin ou de chanvre avant de les acheminer jusqu'aux moulins d'Auvergne. Une véritable aventure : il fallait parfois plusieurs jours de marche avec des ballots de 40 kilos sur le dos. L’expression « se battre comme des chiffonniers » vient de la compétition féroce entre eux pour livrer leur marchandise au premier moulin et être servis les premiers ! Le papier produit ici était une marchandise précieuse, acheminée jusqu’à Lyon à dos de mulet enveloppée dans des peaux de bêtes.
Ce savoir-faire unique a bien failli disparaître. Repris il y a deux ans par un couple désireux de conserver la mémoire de ce patrimoine industriel local, le Moulin Richard de Bas, classé Monument Historique, raconte l’histoire papetière auvergnate, et propose des ateliers pour s’initier à ce savoir-faire très prisé encore aujourd’hui par les aquarellistes, calligraphes et autres amoureux de beau papier.
C’est un lieu vivant où un savoir-faire ancestral se perpétue sous nos yeux. On remonte le temps et on découvre, étape par étape, la magie de la fabrication du papier à la main, de la fibre de tissu à la feuille prête à être utilisée par les artistes.
Marteaux géants, roue à aubes et pâte à papier
La visite du Moulin Richard de Bas n'a rien d'un musée poussiéreux. Ici, les machines tournent encore, les marteaux résonnent dans les ateliers et le guide racontent l'histoire du papier avec une passion très communicative.
Avant l’ère industrielle, la fabrication du papier reposait sur un artisan au savoir-faire précieux : le formeur. Son rôle était déterminant : il fabriquait la « forme », sorte de tamis en bois sur lequel est tendue une fine toile de fils de cuivre ou de laiton. C’est cet outil qui, une fois plongé dans la cuve remplie de pâte à papier, va capturer les fibres et donner naissance à la feuille. Le Moulin Richard de Bas abrite un trésor rare : deux des dernières machines en Europe servant à fabriquer ces fameuses « formes ». Mais un mystère demeure : « On n’a pas le savoir-faire parce que c’était une transmission orale. […] Le dernier former est mort avec son secret. »
Une fois arrivés au moulin, les ballots de chiffons sales n’étaient pas directement transformés. Le processus était long et demandait un peu de patience (et un bon odorat !). Les chiffons étaient jetés dans une cave humide, le « pourrissoir », une étape de 3-4 semaines pour nettoyer et commencer à décomposer les fibres. Les ouvriers papetiers déchiraient ensuite les chiffons à la main, à l’aide d’une lame de faux, pour obtenir de petits morceaux. Pour une seule cuve, il fallait 7 kg de chiffon !
C’est alors que la magie du moulin opère, grâce à une mécanique impressionnante, la plus ancienne d’Europe, entièrement mue par la force de l’eau. L’arbre principal du mécanisme, un sapin de plus de 11 mètres, devait tremper deux ans dans un ruisseau pour devenir imputrescible, du véritable « bois de fer ». Imaginez une série de 15 marteaux en bois géants, actionnés par une immense roue à aubes qui tourne lentement, qui tapaient sur les chiffons mélangés à de l’eau pour en séparer les fibres et créer une première pâte, à laquelle on ajoutait ensuite un peu de poudre d’alun pour assurer la qualité et la conservation du papier. Les feuilles sont ensuite formées une par une, à la main, puis essorées par sous une énorme presse en bois.
Pour la petite histoire (dans la grande Histoire), c’est ici que les tous premiers billets de banque français, les « assignats », ont été imprimés sur du papier du Moulin Richard de Bas ! Vous en verrez encore une pièce authentique. Avec cette innovation est née la banque moderne, une idée lancée pour éviter que les marchands ne se fassent « détrousser quand ils partaient voir leurs clients sur Lyon » avec leurs lourdes pièces d’or et d’argent. Une véritable révolution pour l’époque !
Fabriquer sa feuille de papier à la main
Le moulin propose des ateliers où chacun peut fabriquer sa propre feuille de papier à la main avant de repartir avec. L'été, d'autres ateliers permettent même de créer du papier à fleurs avec de vrais pétales séchés sous une terrasse extérieure. Une activité très appréciée des familles pendant les vacances.
Moulin Richard de Bas
Lieu-dit Richard de Bas
63000 Ambert
Tel. 04 73 82 03 11
www.richarddebas.fr/
Moulin de Nouara : dormir dans un ancien moulin à papier au coeur du Livradois-Forez
Le Moulin de Nouara raconte à lui seul plusieurs siècles d'histoire locale. Ancien moulin à papier puis moulin à farine, devenu ensuite colonie de vacances avant d'être laissé à l'abandon, le site a retrouvé une seconde vie grâce à la Fondation Omerin, qui l'a transformé en centre culturel et touristique.
Partout dans le bâtiment réapparaît le symbole historique du moulin : deux petits coeurs entrelacés, ancien filigrane du papier produit ici.
Le lieu conserve aussi une forte dimension littéraire. L'écrivaine Claude Dravaine, nièce du dernier papetier de Nouara, y a puisé une partie de son inspiration. Quant à Michel Bussi, ancien colon du moulin lorsqu'il accueillait des colonies de vacances, il est aujourd'hui l'un des parrains du centre culturel.
Les cinq chambres d'hôtes, dont une chambre familiale communicante, installées dans les anciens séchoirs à papier prolongent cette atmosphère hors du temps. Le moulin propose également un gîte familial pour 4 personnes, labellisé Gîtes de France 4 épis. Tous sont accessibles aux voyageurs avec chien.
Le premier bâtiment historique du site, datant de 1707, accueille aujourd'hui un auditorium de 100 places où sont régulièrement organisés concerts, spectacles et événements culturels.
Moulin de Nouara
Lieu-dit Nouara
63600 Ambert
Tel. 04 73 82 75 50
www.moulin-de-nouara.fr/
Maison de la Fourme d’Ambert : l’histoire secrète d’un fromage bleu vieux de plusieurs siècles
Après plusieurs jours passés dans de petits villages de montagne, Ambert étonne par son ambiance plus urbaine. Marché de producteurs, ruelles commerçantes, places animées… La ville possède aussi une curiosité que les habitants aiment rappeler avec fierté : sa mairie ronde, présentée comme unique en Europe.
Quand les femmes et les enfants montaient dans les jasseries fabriquer les fourmes
Installée dans l'un des plus anciens bâtiments médiévaux d'Ambert, la Maison de la Fourme conte l’histoire du fromage emblématique de la région : la fourme d’Ambert.
Le parcours raconte surtout la vie des familles sur les Hautes-Chaumes du Forez, lorsque chaque été les femmes et les enfants quittaient la vallée pour monter dans les jasseries, ces fermes d'altitude situées à plus de 1 400 mètres. A l’époque, pendant que les hommes restaient en bas pour les moissons, elles fabriquaient une fourme par jour durant les quatre mois d’été, soit environ 100 à 150 fromages par saison et par ferme. Des fourmes nécessitant près de 20 litres de lait pour seulement deux kilos de fromage.

Comment se fabrique la fourme d'Ambert aujourd'hui
Aujourd’hui, si les gestes ont été modernisés, les grandes étapes, elles, restent immuables. La Fourme d’Ambert est aujourd’hui produite par six laiteries qui fabriquent environ 5 400 tonnes par an à partir de lait provenant du territoire d’Ambert. En parallèle, une dizaine de fermes produisent environ 100 tonnes par an de Fourme fermière. Aujourd’hui, des fermes comme celle des Supeyres à Valcivières perpétuent cette tradition. Traditionnellement, la fourme d’Ambert AOP est fabriquée à partir du lait la vache Salers et Ferrandaise, mais le lait provient aujourd’hui souvent de races plus laitières comme la Montbéliarde ou l’Abondance.
Le saviez-vous ? Le mot Fourme vient du latin forma, qui signifie moule. Au fil du temps, forma a aussi donné naissance au mot français… fromage ! La Fourme est donc l’ancêtre sémantique de tous nos fromages.
Le parcours est ponctué d’animations ludiques pour les enfants, qui pourront s’essayer à la traite sur la fausse vache Myrtille, ou fabriquer du beurre à la baratte.
L'incroyable histoire des chapelets d'Ambert
L'autre surprise de la visite concerne… les chapelets. Au XIXe siècle, Ambert était l'un des grands centres français de fabrication de perles religieuses. Dans les jasseries, les femmes assemblaient les chapelets pendant les temps calmes entre deux traites. Cette double vie des fermières est plutôt insolite : gardiennes de troupeaux le jour, monteuses de chapelets le reste du temps.
Une halte rétro à l'ancienne gare d'Ambert
Avant de quitter Ambert, un petit détour par l'ancienne gare peut aussi plaire aux amateurs de trains anciens. On y découvre plusieurs michelines soigneusement conservées ainsi qu'un départ de vélorail pour parcourir une partie de l'ancienne ligne ferroviaire du Livradois-Forez, dans la vallée de la Dore. 3 parcours possibles, 8 km, 14 et 18 kms aller-retour, ouvert du 5 avril au 2 novembre.
Maison de la Fourme d’Ambert
29, rue des Chazeaux
63200 Ambert
Tel. 04 73 82 49 23
www.maison-fourme-ambert.fr/
Le Puy-de-Dôme a clairement plus d’un tour dans son sac pour nous surprendre.
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