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TDAH au collège : comment aider son enfant sans s’épuiser ?

Par Anne-Florence Salvetti-Lionne - Mise à jour le

adolescent boudeur qui n'a pas envie de travailler et TDAH

Quand son enfant atteint d’un TDAH entre au collège, comment favoriser son autonomie et lui faire confiance pour structurer son travail ? Quelles astuces peuvent-elles être mises en place pour l’aider, sans pour autant y laisser notre énergie ?

Entrée au collège : comment aider son enfant à devenir autonome ?

La fille d’Anne vient de rentrer en 6e. Le fils de Sarah, lui, est en 5e. Tous les deux ont un trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et ont eu particulièrement besoin de s’adapter à l’entrée au collège, avec les nouveautés que cela peut apporter : différents professeurs, plusieurs salles de classe, se rendre seul au collège, plus d’autonomie nécessaire.

Pour cela, les parents sont fortement sollicités et mettent en place diverses astuces pour accompagner au mieux leurs enfants. Anne a, par exemple, passé beaucoup de temps à anticiper l’usage du bus par sa fille. « Je lui ai montré son arrêt, donné plusieurs fois le numéro du bus, l’heure à laquelle il passe, le nom de l’arrêt… Il faut baliser en amont. » Cela passe aussi par identifier clairement sur un planning la liste des tâches qu’elle doit faire matin et soir, et ritualiser des routines. « Ça aide beaucoup pour qu’elle soit autonome sans que je sois derrière elle non stop. »

Sarah insiste également sur le fait de dédramatiser les situations d’échec. « Mon fils a développé une vraie peur de l’échec comme s’il jouait sa vie à chaque note et que les profs étaient des dieux tout-puissants. C’est important de faire redescendre la pression et de ne pas punir de mauvaises notes. » Chez lui, l’entrée au collège s’est accompagnée de beaucoup d’anxiété, une comorbidité fréquente chez les enfants et adultes atteints de TDAH. Sarah veille donc à savoir reconnaître les signaux de saturation chez son fils.

Devoirs et TDAH : trouver le bon rythme pour son enfant

Elle l’accompagne d’ailleurs encore beaucoup sur la logistique. « Il ne fait pas son sac ni ses devoirs seul et ce n’est pas grave. Trouver sa propre façon d’apprendre c’est sortir des standards attendus et trouver ce qui fonctionne pour son enfant. » Les moyens mnémotechniques et l’apprentissage par le rire l’aident à retenir ses leçons. Quant à l’horaire des devoirs, cela se fait chez eux après le repas du soir. « C’est un petit dormeur donc même s’il se couche à 22h, s’il faut y passer du temps, je sais qu’il sera en meilleure condition pour travailler que si c’était fait au retour du collège. Il faut connaître le rythme de son enfant, le sien, et ne pas avoir peur de sortir des conseils classiques. »

Sandie Balineau, orthopédagogue à Brive-la-Gaillarde, confirme qu’un moment de décompression est nécessaire à l’enfant quand il rentre à la maison. Puis, il est possible d’établir un rituel, avec un déroulé toujours identique. « Je travaille beaucoup avec l’idée de la batterie. Je demande à l’enfant si sa batterie d’attention est verte, orange ou rouge. Ça ne veut pas dire qu’on ne fait rien quand elle est rouge. Ça veut dire qu’on adapte : un jour où il est disponible, on peut faire des blocs un peu plus longs ; un jour où il est épuisé, on fractionne davantage. »

Elle recommande aussi d’estimer le temps que va prendre un exercice, puis de vérifier le temps réellement écoulé. « Construire des repères plus réalistes peut réduire l’appréhension et l’aider à mieux planifier. » L’usage d’un minuteur peut également s’avérer utile. Et si la charge de travail est démesurée pour l’enfant, il ne faut pas hésiter à en parler au professeur.

En classe et à la maison, des aménagements pour lui faciliter le quotidien

En primaire, la fille d’Anne utilisait un coussin d’équilibre pour canaliser son énergie. « Cette année, elle ne veut pas. Je pense qu’elle ne veut pas sortir du lot et être la fille qui ne fait pas comme tout le monde. » D’autres aménagements sont possibles en classe, comme l’utilisation d’un casque antibruit, pour ne pas se laisser distraire par le bruit ambiant, ou d’un élastique enroulé autour des pieds de chaise pour canaliser le besoin de mouvement.

Sandie Balineau conseille des outils et aménagements adaptés aux besoins de l’enfant : changer l’élève de place, reformuler et fractionner les consignes, accorder un temps supplémentaire. Tout cela est à discuter avec l’équipe éducative.

Les transitions peuvent également être des moments difficiles à vivre pour les enfants TDAH. « C’est assez logique », explique l’orthopédagogue. « L’enfant doit arrêter une activité dans laquelle il est engagé, se détacher de ce qu’il faisait, garder en tête ce qui vient ensuite, puis se mettre en mouvement. Cela sollicite en même temps l’inhibition, la flexibilité et la mémoire de travail. » Trois conseils peuvent aider : annoncer en amont pour rendre la suite prévisible, donner la consigne en captant le regard de l’enfant, et noter la routine du matin et du soir sur une affiche. « Quand une fonction est fragile à l’intérieur, on la rend visible à l’extérieur. »

Comment accompagner son enfant sans s’épuiser soi-même ?

Accompagner sans s’épuiser, Sarah n’y est pas encore. « Clairement, c’est épuisant. J’ai déjà le dos complètement bloqué de tout le stress accumulé depuis la rentrée. Mais il ne faut pas rester seul, car c’est un vrai défi pour les enfants et les parents. On a rejoint une association dédiée qui organise un tas de choses. »

Sandie Balineau voit beaucoup de parents arriver à son cabinet complètement épuisés. « Souvent, ils pensent qu’ils devraient réussir à mieux gérer. Alors qu’en réalité, ils gèrent déjà énormément ! La première chose que je leur dis, c’est qu’il faut comprendre le fonctionnement de leur enfant. Pas pour tout excuser. Mais parce que comprendre change complètement la manière de réagir. Quand on sait qu’un enfant ne fait pas exprès, on peut commencer à chercher des outils plutôt que de rester dans l’affrontement. »

Son deuxième conseil est de choisir ses batailles. « Ça les fait parfois sourire mais ils ne peuvent pas avoir quinze priorités. Il faut choisir… et renoncer ». Choisir par exemple la sécurité et le sommeil au détriment d’une maison impeccable. En arrêtant d’être sur plusieurs fronts à la fois, les parents respirent mieux. Avoir du relais est aussi essentiel. « Je le dis très clairement : on ne peut pas accompagner un enfant avec un TDAH en étant seul au monde. Il faut parfois un médecin, un professionnel, l’école, un proche, une association de parents. Et le parent doit lui aussi avoir le droit d’être aidé. »

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