Ecrire ses mémoires, pourquoi, pour qui ?

 

De plus en plus de personnes, notamment chez les grands-parents, éprouvent le besoin de raconter l’histoire de leur vie, de laisser une trace. A qui, pourquoi ? C’est ce que nous avons demandé à Géraldine Alex, écrivain public, fondatrice de l’agence Les Mots Justes, qui prête sa plume pour que la parole devienne écrit et qu’une vie devienne une histoire, à transmettre.

.Pourquoi décide-t-on d’écrire ses mémoires ? Y a-t-il un facteur déclencheur ?

Souvent, l’idée vient d’une tierce personne : un ami, un conjoint, un enfant, les petits-enfants… Quelqu’un qui s’entend raconter la même histoire à plusieurs reprises et qui finit par se dire : « Quand Grand-Père ne sera plus là, tout le monde oubliera ce qui est arrivé à la famille pendant la guerre… ».

Il se peut également que l’idée vienne de la personne elle-même, lorsqu’elle éprouve le besoin de reconstituer les événements de sa vie et de les raconter à ses proches. Il faut dire qu’aujourd’hui plus qu’hier, on peut se permettre de parler de soi… Dans les mœurs du siècle précédent, les histoires personnelles étaient secrètement gardées, même au prix de quelques tabous et secrets de famille…

Aujourd’hui, parler de soi est une évidence, une manière concrète de se sentir exister, en toute liberté.

Écrire ses mémoires : confession, témoignage, passage de relais… ? Quelles sont les motivations ?

Les motivations sont variées, multiformes, et parfois étroitement liées les unes aux autres.

Il me semble que l’écriture peut être une sorte de « scripto-thérapie » à travers laquelle la personne relate un ou plusieurs événements douloureux de sa vie. En jetant les mots sur le papier, elle s’en échappe ou du moins, prend du recul en acceptant de faire face.

Ce peut être également une manière de racheter une conduite : « Je ne me suis pas assez occupé de mes enfants, à cause du travail et de ma vie d’alors ; maintenant, je veux laisser quelque chose à mes petits-enfants ».

La plupart du temps, la motivation principale reste la volonté de renforcer les liens familiaux entre les générations en laissant une trace écrite de l’histoire de la famille.

Pour qui écrit-on ses mémoires ? Ses enfants, ses petits-enfants ?

La raison première de l’écriture sera toujours de communiquer pour se faire comprendre. On écrit toujours pour dire quelque chose à quelqu’un. Ses mémoires, on les écrit avant tout pour se comprendre soi-même. Mais il y a plus : la personne qui rédige ses mémoires y livre une part d’elle-même, elle ne peut donc le faire qu’à destination de ceux qu’elle aime.

Alors, oui, on écrit pour ses enfants, ses petits-enfants, sa famille élargie, ses amis proches, … Écrire ses mémoires représente une façon de se donner soi-même, quel bel acte d’amour !

Qui décide d’écrire ses mémoires ? Les hommes plus que les femmes ? A quel âge décide-t-on d’écrire ses mémoires ?

À tout âge, que l’on soit un homme ou une femme, transformer ses mémoires en livre est un cadeau inestimable.

Avant 30 ans, le «journal intime » sert à étaler sur le papier le tableau de bord de sa propre existence, pour en suivre le cours et en négocier les virages…

Entre 30 et 60 ans, on parle plutôt de «récit de vie ». Il s’agit là d’un exutoire, d’une façon de régler ses comptes avec la vie…. On veut coucher sur le papier des sentiments, des frustrations, des rêves aussi… En particulier chez les femmes, le récit sera parfois volontairement romancé, juste un peu, … comme pour prolonger le rêve…

Après 60 ans, la conscience d’avoir parcouru une bonne partie de sa vie incite la personne à la relire posément et à en extraire le meilleur… Même si les événements sont douloureux (et les trémolos dans leur voix en témoignent), ces passeurs de vie ont conscience de raffermir le lien entre les générations à travers leur récit et s’y applique de façon touchante.

Écrire seul ou faire appel à un écrivain public ? Pourquoi passer par un tiers pour rédiger ses mémoires ?

Écrire seul relève d’un art. Il faut pouvoir retracer des événements factuels, avec suffisamment de détails pour être compris par un éventuel lecteur. Il faut mettre des mots sur des sentiments et des émotions, se rendre transparent à certains moments du récit et prendre la première place à d’autres…. En la relatant à un tiers, sa propre histoire prend du relief, sort de sa subjectivité pour être enfin «racontable».

En faisant appel à un écrivain public, le premier et le seul point de vigilance est de raconter ses souvenirs avec le plus d’exactitude possible. L’écrivain public fera le lien entre les événements et les personnes, trouvera un style, guidera et orientera le récit par des questions pertinentes, et fera du récit un plaisir de lire…

Il est plus facile de raconter l’histoire de sa vie à quelqu’un de réceptif et de formé comme l’est l’écrivain public plutôt qu’à une page blanche, impassible et totalement en devenir. D’expérience, la personne se sent plus libre et comme libérée par sa propre parole.

Écrire son histoire sur un blog ou écrire une biographie en bonne et due forme ?

Rien ne remplacera le bruissement des pages qui se tournent, l’odeur de l’encre noire sur le papier ou de la poussière sur la couverture, la vision des souvenirs photographiés et imprimés… Sur le blog, un seul clic et tout est effacé. « L’objet-livre » a une consistance, une existence à laquelle il est bien plus engageant de mettre fin !

Pourquoi est-ce si important de transmettre l’histoire familiale ?

La généalogie, faire des recherches sur ses ancêtres est très en vogue. Cette quête de son passé et de son histoire est-elle liée à une crise de notre société, à un repli sur les valeurs familiales ?

Effectivement, nous sommes dans une société où le « virtuel » prend de plus en plus d’importance. On « chatte » par messagerie interposée et parfois publique, on déballe sa vie sur des blogs, à la merci de tous et de personne, on se délecte de la vie des autres dans des émissions sans pudeur… Une dépersonnalisation des liens sociaux prime en même temps que se développe un sentiment confus : « J’appartiens à tout le monde et à personne ». Pourtant, fondamentalement, je reste cet être unique et singulier, un peu étranger à moi-même et tellement assoiffé d’exister.

Mais, comment se sentir exister vraiment et non pas virtuellement ? Être connu et reconnu, aimé et respecté, être unique pour quelqu’un, voilà ce qui nous réveille le matin et anime nos lèvres d’un sourire!  Quand nous construisons une famille, c’est bien cela que nous faisons : nous donnons du sens à l’existence de chacun de ses membres, et notre existence en reçoit à son tour.

En dépit, et peut-être à cause même de toutes les souffrances que rencontrent les familles d’aujourd’hui, les liens se renforcent et le fil entre les générations apparaît comme une preuve de l’existence de chacun.

Alors, oui, connaître nos ancêtres, l’histoire passée de notre famille, cela nous fait exister, nous relie à une réalité qui nous a précédé et qui atteste de la nôtre.

Comment se passe le travail avec l’écrivain public ? Quelle complicité, quelle intimité ?

La confiance est le maître mot lié à la rédaction des mémoires. Si la personne doit se raconter, se livrer, ce ne peut être qu’auprès de quelqu’un qu’elle estime digne de confiance. Tout peut être dit, mais tout n’est pas forcément écrit. L’écrivain public entre dans l’intimité d’une vie et d’une famille, avec ses joies, ses conflits, ses douleurs… Chaque vie est en elle-même un cadeau et une vraie richesse que l’écrivain public s’engage à mettre en mots.

Concrètement, une première prise de contact permet d’établir les bases de la collaboration entre l’auteur et l’écrivain. En général, 10 séances d’enregistrement permettent de retracer une vie. Pour ma part, je demande régulièrement une relecture de ce que j’ai écrit, et il s’en suit un va-et-vient constructif. Des approfondissements, des questions, des mises au point jalonnent chaque rencontre. À la fin de la rédaction, je propose également des services de conception du livre et d’impression, en collaboration avec des infographistes et des imprimeurs.

J’atteste que chaque rédaction de mémoires est une expérience unique et d’une richesse inouïe. Des liens très étroits se tissent, et même si nous ne revoyons jamais la personne (ce qui est pratiquement toujours le cas), nous pouvons dire qu’elle laisse une trace dans notre vie d’écrivain.

Quel coût pour faire rédiger ses mémoires ?

Depuis l’idée que l’on peut avoir d’un livre réunissant ses mémoires et sa réalisation concrète, il peut s’écouler entre 5 et 10 mois.

L’écrivain public enregistre au fur et à mesure le récit lors de plusieurs séances d’entretien. Il faut compter environ 10 séances d’une heure pour un livre de 150 pages. Chaque séance demande à l’écrivain public 3 ou 4 heures de travail de retranscription, harmonisation, mise en forme,…

Il faut donc compter un budget d’environ 2000 euros pour la conception d’un tel livre (hors impression).

Géraldine Alex, Les Mots Justes
www.les-mots-justes.fr
Pour la contacter : 06 61 90 96 11

À qui s’adresser (pour trouver des rédacteurs) ?

Il existe beaucoup d’écrivains publics spécialisés dans la rédaction de biographies. Vous trouverez certainement celui qui est le plus proche de chez vous sur Internet.

Certaines entreprises, comme « Mille et une Vies », peuvent proposer des interventions dans la France entière, grâce à leur réseau d’écrivains publics. www.milleetunevies.fr

L’Académie des Ecrivains Publics de France compte également parmi ses adhérents plusieurs écrivains biographes répertoriés dans toute la France.
www.ecrivains-publics.fr

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  1. Isabelle SIMON

    Rédactrice et correctrice professionnelle dans le Gard, je me tiens à la disposition des personnes de ma région qui souhaiteraient écrire leurs mémoires.
    ISABELLE SIMON
    iscorrec@gmail.com

  2. Marie Leverger

    quels sont les inconvénients quand l’on écrit nos mémoires, quels problèmes rencontres t-on?

  3. culcasi marie

    Bonjour Madame Simon, je me permet de vous envoyer un mail, afin de m’aider dans ma recherche. Mon souhait est d’écrire mes mémoires…
    J’habite dans le rhône, pourriez-vous m’orienter dans ma démarche, de trouver un écrivain dans ma région.
    Dans l’attente, très bonne réception.
    MARIE.

  4. Solène Penhoat

    Rédactrice expérimentée, je suis basée dans les Bouches-du-Rhône. Je serais ravie d’écrire vos mémoires ou de vous accompagner dans cette démarche.

    Au plaisir de vous rencontrer.

    Solène Penhoat
    spenhoat@hotmail.com

  5. Je peux aider quelqu’un à écrire ses mémoires. J’ai de bonnes capacités rédactionnelles. Je saurai écouter, poser les bonnes questions et transposer simplement ce qui me sera livré.
    J’habite à Saint-Malo-du-Bois (85)

  6. Agnès FRANCESCHI-HIMEUR

    Ecrivain biographe, je travaille à domicile, classiquement mais aussi par SKYPE, en visio conférence. Les distances sont abolies. Nous nous rencontrons virtuellement certes, mais après un ou deux entretiens, c’est exactement comme si nous étions, physiquement, dans la même pièce.
    Les conditions financières sont exactement les mêmes sauf que vous n’avez pas de frais de déplacements en plus. Mon pseudo Skype est passeurdememoire; vous pouvez m’inviter à me connecter avec vous quand vous voulez.

  7. Deby caroline

    Biographe familial professionnel, je me tiens à votre entière disposition sur toute la France pour vous accompagner dans cette belle aventure, et vous permettre d écrire votre vie, comme vous le souhaitez. Toute vie mérite un livre, et si nous l écrivions ensemble? Très sincèrement, Caroline Deby. 0662062186.

  8. rospart jeannine

    bonjour , j’aimerais ecrire mes mémoires j’habite le jura 39120, pouvez vous me dire ou je peux trouverune personne pour cela

    cordialement

    1. Rédaction MaFamilleZen

      Bonjour,
      Sur le site http://www.ecrivains-publics.fr donné sur l’article, il n’y pas de professionnel dans le Jura, mais sur le Territoire de Belfort.
      Par contre, si vous faites une recherche Google, il y a plusieurs contacts dans le Jura.
      Cordialement

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