
Devenir ou redevenir papa à 50 ans est souvent une évidence pour les hommes qui se remettent en couple avec une femme plus jeune. Passée la joie de la naissance, certains problèmes dus à la différence d’âge font parfois vaciller la famille.
EN BREF…
- De plus en plus d’hommes deviennent ou redeviennent pères après 50 ans, souvent dans un couple avec une femme plus jeune.
- Si la maturité est un atout, la fatigue et le décalage générationnel peuvent peser au quotidien.
- Les désaccords sur l’éducation deviennent parfois un facteur de tension, surtout à l’adolescence.
- Le regard des autres et la différence d’âge se font davantage sentir à l’école et dans la vie sociale.
- Les enfants, qu’ils soient aînés ou plus jeunes, peuvent eux aussi être impactés par cette paternité tardive.
A 50 ans, les hommes d’aujourd’hui sont encore jeunes : actifs, curieux, voyageurs, connectés, sportifs, soucieux de leur physique comme de leur look… Lorsqu’ils séduisent une femme plus jeune qu’eux, nombreux sont ceux qui savent qu’il ne sera pas possible de refuser un enfant à leur nouvelle compagne, même s’ils ont déjà un ou plusieurs enfants d’une première histoire. A l’âge où certains goûtent les joies d’être grands-parents, d’autres se lancent ou se relancent dans les couches et les biberons à domicile. Il faut dire que les exemples auxquels ils peuvent se rattacher ne manquent pas. Sans remonter très loin, on peut citer en France l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy, déjà père de trois enfants, redevient papa d’une petite Giulia avec Carla Bruni-Tedeschi en 2011 alors qu’il est âgé de 56 ans. Jean Reno, quant à lui accueillait son 6ème enfant à 63 ans, Julien Clerc redevenait papa à 60 ans, Antoine de Caunes à 54 ans, et plus récemment Elie Semoun à 61 ans.
Reste que derrière les images en papier glacé des magazines, la vie quotidienne d’un jeune papa plus vieux que la moyenne peut connaître plus de tourments que la plupart des jeunes pères… Et cela peut impacter toute la famille.
Redevenir père à 50 ans : le témoignage d’un papa de 65 ans avec des enfants d’âges très différents
Vincent, journaliste et auteur, a 65 ans et il est le papa d’une jolie fratrie : Alice, 32 ans et maman d’un petit bout de chou, Antoine, 29 ans, Arthur, 24 ans… et Jeanne 13 ans.
Projet d’enfant dans un couple avec 22 ans d’écart : un choix assumé dès le départ
« Nous avions presque 22 ans de différence, la maman de Jeanne et moi. Quand nous avons décidé de nous mettre en couple, je savais qu’elle aurait envie d’un enfant. C’était acquis, comme un deal inexprimé mais clair pour chacun d’entre nous. En rigolant, j’avais dit : « Pas après 50 ans ». Je suis redevenu père juste quelques mois avant mon demi-siècle ! »
Redevenir père après 50 ans : maturité, expérience… mais plus de fatigue
Il n’a pas eu de souci pour retrouver les gestes qu’il avait déjà faits pour ses autres enfants.
« C’était à la fois une redécouverte, cela faisait 10 ans que je n’avais pas changé de couches, et une continuité. C’est comme le vélo. Je n’avais pas perdu la main, c’était drôle, automatique et nouveau à la fois. Pour moi, c’était même jubilatoire. Je me sentais plus mature, avec plus de connaissances : les galères, je les avais déjà affrontées. Mais il y avait aussi plus de fatigue, je n’avais plus la même patience. Avoir un enfant à 50 ans ou même plus, ça te requinque, ça te pousse, ça t’empêche de t’encrouter mais tu as quand même ton âge, la machine n’est plus la même », souligne Vincent.
Éducation d’un enfant à 50 ans : un rapport différent à l’école et aux valeurs
Il constate bien des différences dans le quotidien entre ses premiers enfants et sa petite dernière.
« Le type d’éducation que je transmets a changé parce que le monde a changé. Par exemple, pour mes premiers, les réseaux sociaux n’existaient pas. Je pense être moins sévère, avoir un peu plus de laxisme, mais les valeurs restent les mêmes, la politesse, le respect… Mais je suis plus cool. Les devoirs ont moins d’importance que de lui apporter de la joie. J’ai la chance d’avoir une bonne santé mais face à mon ado, je suis plus fatigué que lorsque mes autres enfants avaient 13 ans, j’ai du mal à enchaîner ».
Désaccords éducatifs dans un couple avec différence d’âge : des tensions qui mènent à la séparation
Est-ce que l’arrivée de Jeanne a joué dans leur séparation ?
« Sans doute, mais pas au début. Jeanne était désirée par nous deux, son arrivée était une chose merveilleuse qui nous a beaucoup soudé. Mais nous n’étions pas toujours d’accord. J’étais père de famille nombreuse, ma compagne maman d’un unique enfant. Nous n’étions pas toujours d’accord sur l’éducation. Chantonner à table, jeter son yaourt par terre et recevoir un autre dessert pour le remplacer, j’avais du mal. Du côté de ma compagne, elle trouvait que je ne m’investissais pas assez dans les devoirs, ce qui vu mon rapport à l’école n’était pas étonnant. Nos différences sur l’éducation étaient source de conflits, de confrontations… Nous étions moins sereins, j’avais tendance à m’énerver… Ces tensions ont sûrement eu un rôle dans notre séparation ».
Papa de plus de 50 ans : quand la différence d’âge devient plus visible à l’adolescence
Il est vrai que lorsque l’enfant grandit et s’affirme, les parents ne gardent pas toujours la même cohésion dans le couple. C’est ce que nous avons constaté en interviewant différents jeunes papas de plus de 50 ans. Les premières années de l’enfant sont souvent préservées, la pré adolescence et l’adolescence compliquent les choses et la différence d’âge se fait peut-être plus ressentir.
Devenir père à 55 ans : le sentiment de décalage dans la vie quotidienne
C’est quelque chose que Serge, qui est devenu papa d’Alma à 55 ans, a aussi ressenti.
« Au départ, nous étions sur notre petit nuage. Mon premier fils avait presque 30 ans, il vivait sa vie et avait moins besoin de moi. On vivait dans un cocon entre ma fille, ma compagne et moi. Mais au bout de quelques années, ce cocon me pesait. J’avais envie de sortir, de retrouver ma vie de cinquantenaire, cette insouciance du devoir accompli confortée par une vie professionnelle réussie et des moyens suffisants pour ne pas avoir peur du lendemain.
Mais ma compagne était pleinement maman, son rôle de femme lui importait moins qu’avant. Elle ne faisait plus autant attention à elle, toutes ses petites attentions allaient vers sa fille dont elle s’occupait, je le reconnais, à merveille. Moi, je rentrais fatigué de journées professionnelles bien remplies et à mon grand regret, nous n’avions plus de moments privilégiés. Elle dînait tôt, avec sa fille, elle se mettait devant la télé, moi devant mon assiette. Le week-end, les activités tournaient autour de notre fille. Nous ne voyions presque plus mes amis mais nous fréquentions beaucoup les siens qui avaient des enfants du même âge ainsi que les parents de l’école. Mon amour propre avait subi plusieurs chocs en entendant les enfants dire à Alma : « Ton papy est là ». Une réflexion entendue aussi dans la bouche de certains parents. Cela m’a vexé moi mais je ne pense pas que cela ait touché ma fille. Je ne crois pas qu’elle soit sensible à mon âge, je suis son papa, c’est tout.
Aujourd’hui, j’ai 60 ans et nous sommes séparés depuis 2 ans avec la maman d’Alma. Je m’en occupe autant que je peux mais elle est plus souvent avec sa mère qui ne travaille pas. Nous sommes souvent en conflit avec mon ex-compagne et comme je vois moins ma fille, je cède plus facilement. Alma en joue. Elle sait que ce qu’elle n’obtient pas chez sa mère, elle l’aura chez moi. Cela ne simplifie pas nos rapports avec mon ancienne compagne ».
Père plus âgé et éducation : être perçu comme trop « old school »
Les tensions sur la manière d’élever l’enfant deviennent parfois insupportables pour l’un ou l’autre parent. Et cela augmente le poids de la différence d’âge dans le couple.
Couple avec 24 ans d’écart : des conflits sur la manière d’élever un enfant
Ce fût le cas pour Aline, 35 ans aujourd’hui, devenue maman à 28 ans d’un petit Noé.
« Il y a 24 ans de différence entre mon ancien mari et moi. Quand nous nous sommes rencontrés avec mon mari, cela ne me dérangeait pas. Il était en pleine forme, je l’admirais pour son physique comme pour son intellect. Il représentait un idéal : un homme beau, attentif, sensible, sportif… Avec la naissance de Noé, qui est son troisième enfant, nos rapports ont changé. Il me reproche beaucoup d’être « mère poule » et maman avant tout. Je trouve qu’il est trop « old school » et déconnecté de la manière dont on éduque les enfants aujourd’hui. Et puis, il n’a pas trop envie d’accompagner les journées au quotidien, surtout pendant les vacances durant lesquelles Noé est très demandeur. Il « s’empâte » un peu et a envie de rester sur son transat tandis que Noé veut jouer au foot, aller à la piscine… J’ai l’impression de prendre sur moi de plus en plus. La situation est devenue compliquée ».
Papa plus vieux que les autres parents : un décalage parfois, mais aussi des avantages
Reste que souvent, tout se passe bien dans le couple. Karen et Alain ont 13 ans de différence. Leur fils est né alors que Karen avait 41 ans et Alain 54.
Redevenir père à 54 ans : un projet d’enfant choisi et partagé
« Alain avait déjà 3 enfants venant de deux mariages. Pour lui, avant qu’on se rencontre, le dossier enfants était clos. Moi, je voulais être maman. Je n’ai pas eu à le convaincre. L’idée de faire un enfant s’est imposée naturellement quand on a compris que notre couple était solide On est parti ensemble dans l’aventure. L’annonce et l’arrivée de Jérémy était une joie pour tous, surtout pour le plus jeune des fils d’Alain qui vivait encore avec nous à temps partiel. C’était un grand frère très dévoué et attentif ».
Père plus âgé à l’école : regard des autres parents et relation privilégiée avec les enfants
Pour Alain, la situation était évidente aussi.
« Les choses sont venues naturellement La seule chose qui m’a manqué, c’est de ne pas pouvoir faire de « vrai » sport avec mon petit dernier à cause de différents accidents. On était un couple plus vieux que les autres parents de l’école mais ce n’était pas un sujet. Ça m’est arrivé qu’on me prenne pour le grand-père dans certaines réunions de parents d’élèves, à la kermesse ou à des anniversaires. Je ressentais la différence mais les gens ne me la faisaient pas ressentir plus que ça. Jérémy en riait. Il nous disait que nous étions les plus vieux parents de la classe mais ceux chez qui les copains préféraient venir. Sans doute parce que nous n’étions pas dans la même course, le même timing que les autres. Nous n’avions qu’un seul enfant dont nous devions vraiment nous occuper et une carrière déjà construite. On était souvent ceux qui dépannaient en cas de grève ou de retard. Les enfants avaient confiance en nous, les copains se confiaient beaucoup à nous, surtout à l’adolescence, peut-être justement parce que nous étions plus vieux ».
Avoir un père de plus de 50 ans : quelles conséquences pour les enfants ?
Il n’y a pas que les parents impliqués dans une naissance chez les papas de plus de 50 ans. Les enfants ont aussi des répercussions. Les premiers comme le nouveau venu !
Annoncer une naissance tardive aux enfants adultes : choc et jalousie
Sandrine, 58 ans aujourd’hui, a été choquée quand son papa lui a annoncé qu’il allait de nouveau être père.
« J’avais 28 ans et j’étais enceinte de 7 mois. Mon fils est né un mois avant son oncle ! Pour moi, cela a été très compliqué. D’une part, cela me ramenait à la sexualité de mon père et ça me dérangeait. Et surtout, c’était mon moment. Je me suis sentie spoliée. Il m’a un peu volé la vedette. Et puis, concernant mon demi-frère, je n’arrivais pas à faire une vraie connexion. On avait 28 ans d’écart, je le voyais à peine, j’avais ma famille à construire. Aujourd’hui, je regrette de n’avoir pas été plus présente pour lui ».
Avoir un père beaucoup plus âgé que les autres : le regard des copains et l’inquiétude pour sa santé
Les enfants peuvent aussi être sensibles à la différence d’âge entre leurs parents et entre leur père et ceux de leurs camarades. S’il n’a pas été gêné quand il était petit, Louis, 18 ans, a mal vécu ce « vieux » père de 52 ans de plus que lui à l’adolescence.
« Quand j’ai eu 12 ans, mon père a pris sa retraite. Il a pris des habitudes de « pépère ». Il faisait des siestes. Il ne venait pas courir avec moi, on n’avait pas les mêmes goûts musicaux, il était largué pour m’aider pour mes devoirs. Et puis, il y avait le regard des copains et plus tard des copines. Ce petit « Ah, c’est ton père » qui en disait long, n’était pas facile à vivre. Aujourd’hui, cela ne me dérange plus, mais mon père a 70 ans. Je m’inquiète pour lui, pour sa santé… J’essaie de profiter au maximum de sa présence parce que j’ai peur que l’on soit séparé définitivement un jour. Ce n’est pas facile à vivre au quotidien ».
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