
La réintroduction de l’ours dans les Pyrénées et les controverses qu’elle suscite depuis des décennies sont au cœur du puissant documentaire du réalisateur américain Max Keegan, centré sur le personnage d’Yves, un éleveur confronté à la fois à la perte régulière de certaines de ses bêtes et à l’épineuse question de sa succession. Le berger et les ours, au cinéma le 15 juillet.
Le berger et les ours : l’histoire
Il y a trente ans tout pile, une ourse venue de Slovénie était relâchée dans les forêts d’Ariège pour pallier la quasi-disparition de ces plantigrades dans la région. Depuis, ils s’y sont reproduits et multipliés et leur présence ne cesse d’y nourrir les conflits entre les militant écologistes et les éleveurs, qui déplorent de voir leurs brebis et autres animaux être régulièrement tués. C’est cet éternel antagonisme qui est au cœur du Berger et des ours, une joute dans laquelle les deux camps ont des attentes impossibles à concilier.
On y suit Yves, un berger sur le point d’atteindre l’âge de la retraite, après près d’un demi-siècle à arpenter prairies et montagnes, qui cherche sans la trouver une personne assez motivée pour reprendre son activité. Lisa, son apprentie, une jeune diplômée qu’il a formée et avec qui il travaille, était censée marcher dans ses pas, mais elle a décidé de jeter l’éponge, car elle est trop éprouvée par les conditions dans lesquelles cette profession se pratique.
Mais on y accompagne aussi les tribulations de Cyril, un adolescent qui observe la nature à travers l’objectif de son appareil photo, nuit et jour, et qui est tout particulièrement fasciné par l’ours, qu’il peut guetter de très longues heures…
A partir de quel âge ? :
Le Berger et les ours est un documentaire qui pourra intéresser et interpeler les enfants dès 9-10 ans.
L’avis de MAFAMILLEZEN
Le berger et les ours est un film à la fois beau et aride, qui comme son “héros”, Yves, choisit l’économie de mots. Il n’y a pas de voix-off, juste des images et leurs protagonistes qui parlent d’eux-mêmes pour dépeindre une bataille où personne n’a raison ou tort, où le point de vue des deux camps se défend, entre préservation du cheptel et équilibre de la biodiversité. Mais il est impossible de créer un pont entre eux, tant les attentes et arguments des uns et des autres semblent irréconciliables.
Sans prendre parti, il est difficile néanmoins de ne pas se laisser toucher par la solitude de cet éleveur, visage taillé à la serpe et véritable gueule de cinéma, qui enchaine problème sur problème et subit de lourdes pertes financières. « On demande à l’humain de céder sa place », confie-t-il, indigné par l’interdiction de tirer sur les ours, même en cas de danger. Et on ne peut que ressentir de l’émotion face à la détresse de Lisa, qui renonce à prendre sa suite après l’avoir envisagé, se disant « vaincue ». « Mentalement, ça ne va pas être possible, », explique-t-elle, des sanglots dans la gorge. Découragé par l’âpreté du quotidien pastoral, un autre potentiel remplaçant, musicien de métier, renoncera aussi…
C’est intéressant enfin de voir qu’une problématique que l’on pensait franco-française, voire régionale, ait intéressé Max Keegan, un documentariste venu d’outre-Atlantique. Peut-être parce que le sujet – la cohabitation entre le bétail et la faune sauvage – est universel, puisqu’elle fait débat par exemple avec les loups, autour du parc Yellowstone aux Etats-Unis.
Visuellement, Max Keegan a fait un travail splendide, associant le côté dépouillé, sombre et presque claustrophobique des scènes d’intérieur, et des séquences où l’on embrasse les horizons en grand. Sur l’un des plans, Yves, perché sur une cime avec son bâton à la main, donne quasiment l’impression qu’il marche sur les nuages.
La grâce de ce film réside par ailleurs dans l’attachement viscéral qu’ont ces hommes et ces femmes pour leur territoire, contre vents et marées. « Ariège, Ariège si belle, blottie au pied des Pyrénées, pour moi tu es la plus belle, je veux toujours t’aimer », chantent-ils, toujours épris, lors d’un mariage dans un village.
S’il n’y a un seul petit à bémol à exprimer concernant cet opus, ce serait de n’avoir peut-être pas assez illustré à l’écran et donné la parole aux défenseurs de l’environnement et de l’ours.
Le berger et les ours
Réalisé par : Max Keegan
Genre : Documentaire
Durée : 1h40
Sortie au cinéma : le 15 juillet 2026
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