
Oui, une adolescente peut consulter une sage-femme pour son suivi gynécologique, sa contraception ou simplement pour poser ses questions sur sa santé sexuelle. Et contrairement à une idée encore répandue, une première consultation ne signifie pas forcément examen gynécologique. Mafamillezen a interrogé Eugénie Audibert, sage-femme qui reçoit régulièrement des adolescentes dans son cabinet parisien, pour comprendre comment se déroule réellement ce premier rendez-vous.
« On doit avancer 80 euros chez le gynéco et c’est super dur de trouver un rendez-vous ! » – « Je ne savais pas que je pouvais aller voir la sage-femme pour me faire prescrire la pilule ! » – « Ah bon, on peut aussi parler de notre petit copain avec elle ? ». Tels sont les commentaires recueillis par Mafamillezen auprès d’adolescentes. Tout de suite, elles se sont senties concernées et avides de conseils.
Car les sages-femmes ne s’occupent pas uniquement des grossesses. Elles peuvent également assurer le suivi gynécologique de prévention des femmes en bonne santé et prescrire une contraception, y compris à une patiente mineure.
Pour les parents qui se demandent plutôt à quel âge programmer une première consultation gynécologique, et comment aborder le sujet sans brusquer leur fille, notre article consacré à la première visite chez le gynécologue apporte d’autres repères.
Les sages-femmes peuvent proposer aux jeunes filles un suivi qui aborde aussi bien la contraception que la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST), la vaccination, les violences ou encore les questions liées à la vie intime. Des compétences qui se sont progressivement élargies depuis les réformes de 2005 et 2009.
À retenir sur la consultation gynécologique d’une adolescente chez une sage-femme
- Une adolescente peut consulter une sage-femme pour sa contraception et son suivi gynécologique de prévention.
- Une mineure n’a pas besoin de l’autorisation de ses parents pour obtenir une contraception ; le secret médical peut être garanti.
- Une première consultation gynécologique ne nécessite pas systématiquement un examen.
- Le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus débute à 25 ans chez les femmes à risque moyen.
- Les jeunes femmes de moins de 26 ans peuvent bénéficier d’un parcours contraception sans avance de frais dans les conditions prévues par l’Assurance Maladie.
- La sage-femme peut également informer sur les IST, le préservatif, la vaccination HPV et le consentement.
Une adolescente peut-elle consulter une sage-femme pour son suivi gynécologique ?
Eugénie Audibert est sage-femme en cabinet libéral à Paris, près du Trocadéro. Elle reçoit « beaucoup d’ados qui sont, je trouve, rassurées par la prise en charge des sages-femmes. Peut-être aussi par le fait que je sois jeune » (elle a 27 ans).
Elle prend une heure entière pour « établir un temps de prévention, d’information, faire un point sur la contraception, avec mise sous première pilule si besoin, ou changement s’il y a des soucis avec ce qu’elles prenaient jusqu’à maintenant ».
Les sages-femmes sont en effet habilitées à assurer le suivi gynécologique de prévention des femmes en bonne santé et à prescrire les différents moyens de contraception. Une adolescente peut donc prendre rendez-vous directement avec une sage-femme sans être adressée par son médecin traitant.
La consultation CCP, sans avance de frais pour les moins de 26 ans
La première consultation de contraception et de prévention des maladies sexuellement transmissibles, ou CCP, fait partie du parcours mis en place pour faciliter l’accès des jeunes femmes de moins de 26 ans à la contraception.
Elle peut être réalisée par un médecin ou une sage-femme et bénéficie du tiers payant : la jeune femme n’a pas à avancer les frais, sauf éventuel dépassement d’honoraires. Une consultation de suivi est également prévue pendant la première année d’accès à la contraception, puis une consultation annuelle à partir de la deuxième année.
Eugénie Audibert le constate régulièrement : « On passe juste la carte Vitale, elles n’ont rien à débourser. Elles sont très étonnées de n’avoir rien à payer. D’ailleurs, la plupart découvrent l’existence de cette consultation au moment où elles prennent simplement rendez-vous parce qu’elles ressentent le besoin de consulter ».
Une adolescente peut-elle consulter une sage-femme sans ses parents ?
Une mineure peut consulter une sage-femme sans être accompagnée de ses parents pour une demande de contraception. Leur autorisation n’est pas nécessaire et le secret médical peut être garanti. La sage-femme peut prescrire une contraception et assurer le suivi gynécologique de prévention chez une jeune fille en bonne santé.
Le sujet n’est pas toujours facile à aborder en famille, et nous avions fait un petit guide pour les parents pour parler contraception avec son ado.
Le secret médical pour les adolescentes
Souvent, les parents ignorent la démarche. Certaines adolescentes redoutent notamment que la consultation ou le remboursement apparaissent sur les relevés de leurs parents.
L’Assurance Maladie prévoit justement des modalités permettant de préserver le secret lorsqu’une mineure en fait la demande : aucun relevé de remboursement concernant les actes concernés n’est alors transmis à la famille. Si elle ne peut pas présenter sa carte Vitale ou son attestation de droits, une procédure spécifique peut également être mise en œuvre par le professionnel de santé.
Dans d’autres cas, les proches sont au courant. « Parfois, c’est la grande sœur qui accompagne la petite parce qu’elles sont plus à l’aise comme cela. J’ai des patientes qui viennent accompagnées de la maman, mais ce n’est vraiment pas la majorité », résume la professionnelle.
Elle fait un temps d’échange avec l’accompagnateur si ce dernier le souhaite, et ensuite, toujours un temps d’échange seule à seule, quel que soit l’accompagnateur.
Comment se passe une première consultation gynécologique chez une sage-femme ?
Pour beaucoup d’ados, la peur du spéculum ou de la nudité constitue un frein majeur. Pourtant, une première consultation gynécologique ne signifie pas automatiquement examen gynécologique.
Le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus débute à 25 ans chez les femmes à risque moyen : entre 25 et 29 ans, il repose sur l’examen cytologique des cellules prélevées lors d’un frottis ; à partir de 30 ans, le dépistage repose sur la recherche des HPV à haut risque.
Chez une adolescente sans symptôme particulier, un examen gynécologique n’est donc pas systématique. Lorsqu’un examen est médicalement indiqué, il doit être expliqué à la jeune fille et réalisé avec son consentement. Elle peut poser ses questions, exprimer ses craintes ou son refus et demander, si elle le souhaite, à être accompagnée d’une personne de confiance.
Parler de tout, sans tabou
La rencontre se déroule souvent autour d’un bureau : « Pour la première consultation mineure, on n’est pas du tout sur la table d’examen, je ne les examine pas, on est là juste pour parler. De santé sexuelle, comment ça se passe avec ton copain, depuis combien de temps ; on pose la question des violences aussi, les antécédents, comment ça s’est passé à l’école, dans ta famille, dans la rue, est-ce que t’as déjà fait des premières soirées, est-ce que t’as déjà consommé de l’alcool, comment tu t’es sentie ? ».
La sage-femme détecte aussi les relations toxiques et l’emprise : « Je ne suis pas là pour donner un avis sur la relation, mais je les mets en garde, je leur dis : “Tu es jeune, tu deviens une femme, tu es libre de faire ce que tu veux, tu dois mettre des limites” ».
Cette approche reste médicale, mais laisse une large place à la parole et à la prévention.
Le consentement et l’écoute du corps
Les données françaises les plus récentes montrent que l’entrée dans la vie sexuelle tend même à être légèrement plus tardive qu’auparavant. Selon l’enquête Contexte des sexualités en France 2023 de l’Inserm, l’âge médian au premier rapport sexuel atteint 18,2 ans chez les femmes et 17,7 ans chez les hommes.
Dans son cabinet, Eugénie Audibert reçoit toutefois fréquemment des patientes mineures autour de 16 ans pour une première contraception, ou parce qu’elles envisagent une première relation sexuelle avec leur petit copain. Tandis que celles de 18 ans cherchent davantage un suivi régulier.
Lorsqu’il s’agit des premières relations ou de douleurs, la question du consentement devient centrale. Eugénie demande à la patiente d’en donner sa définition. Puis, dans un second temps, elle revoit avec elle l’anatomie de l’appareil génital et le cycle menstruel.
La question mérite d’ailleurs d’être abordée bien avant les premières relations. Dans notre article consacré à la sexualité des ados et au consentement, nous revenons notamment sur les idées reçues qui peuvent peser sur leurs premières expériences.
Si des douleurs apparaissent (mycose, vaginose, vaginisme ou douleurs pendant les rapports, par exemple), la sage-femme peut proposer un suivi ou orienter la jeune fille lorsque cela est nécessaire. Des douleurs importantes, répétées ou persistantes pendant les rapports ne doivent pas être banalisées et méritent d’être évoquées avec un professionnel de santé.
Sur les questions de flore intime, de pertes ou d’inconfort vaginal à l’adolescence, lire également notre dossier Tout savoir pour avoir un microbiote vaginal au top.
Santé sexuelle, réseaux sociaux et prévention des risques
L’impact positif de la parole en ligne
« Chez les jeunes, je trouve que sur la sexualité et la contraception, l’information grâce aux réseaux sociaux est plutôt bénéfique », positivise Eugénie Audibert. « Parce qu’elles arrivent en consultation et savent déjà ce qu’est la pilule, le stérilet, l’implant, sont au courant des effets secondaires ».
Grâce aussi au bouche-à-oreille virtuel et aux copines qui disent être « allées voir une sage-femme qui était très douce, très gentille, sans tabou », elles découvrent une autre porte d’entrée pour leur suivi gynécologique.
Le mouvement #MeToo a également libéré leur expression : elles savent davantage exprimer d’elles-mêmes les notions de respect et de limites.
Préservatif et IST : pourquoi la prévention reste essentielle
Eugénie tire la sonnette d’alarme sur le relâchement qu’elle constate face aux IST : « Les rapports non protégés, ça explose un peu, personne ne met plus de préservatif et pense que le VIH n’existe plus. Les jeunes s’autorisent à avoir des rapports sans protection parce qu’ils disent : “T’inquiète, je me suis fait dépister” ».
Il s’agit ici de son observation dans sa patientèle, et non d’une estimation de la fréquence des rapports non protégés chez l’ensemble des adolescents.
En consultation, la prévention passe notamment par l’information sur les IST, le VIH, le dépistage et l’utilisation du préservatif. L’Assurance Maladie rappelle que le préservatif reste le moyen de prévention contre les IST à associer à une éventuelle contraception.
Pour les parents qui souhaitent aborder le sujet sans entrer de force dans la vie intime de leur enfant, notre guide sur la contraception chez les adolescents donne quelques pistes. urlQuand et comment parler de contraception à votre adolescent ?
Papillomavirus : la vaccination reste un levier de prévention majeur
Concernant le papillomavirus (HPV), la consultation est aussi l’occasion de vérifier le statut vaccinal de l’adolescente et de parler du rattrapage si la vaccination n’a pas été faite plus jeune.
L’infection à HPV est extrêmement fréquente au cours de la vie et disparaît spontanément dans la grande majorité des cas. Le dépistage par test HPV n’est en revanche pas le dépistage de référence chez les adolescentes : dans le programme organisé de dépistage du cancer du col de l’utérus, le test HPV-HR est utilisé à partir de 30 ans.
La vaccination contre les HPV est recommandée chez les filles comme chez les garçons dès 11-14 ans. Depuis décembre 2025, le vaccin Gardasil 9 est également remboursé par l’Assurance Maladie dans le cadre du rattrapage jusqu’à 26 ans révolus.
Pour aller plus loin : Vaccin contre le papillomavirus : questions-réponses avec la Ligue contre le cancer
Accompagner le parcours d’IVG
Les sages-femmes peuvent également accompagner les femmes qui demandent une interruption volontaire de grossesse. Elles sont habilitées à pratiquer les IVG médicamenteuses ; certaines sages-femmes formées peuvent également réaliser des IVG instrumentales en établissement de santé.
En 2024, 251 270 IVG ont été réalisées en France, soit environ 7 000 de plus qu’en 2023, selon les dernières données disponibles de la Drees. Le taux de recours a augmenté dans l’ensemble de la population féminine de 15 à 49 ans, tout en restant chez les moins de 20 ans inférieur à son niveau d’il y a dix ans.
Quand l’une de ses jeunes patientes demande une IVG, Eugénie Audibert explique organiser rapidement les premières étapes de sa prise en charge. Dans son cabinet, cela peut passer par la prescription des examens nécessaires et une prise de contact avec le centre d’IVG afin d’obtenir rapidement un rendez-vous.
Une fois l’intervention réalisée, les jeunes femmes reviennent au cabinet pour le suivi contraceptif. Dans le cabinet d’Eugénie, l’accompagnement psychologique reste systématiquement proposé en partenariat avec une psychologue : « Nous, on n’est pas là pour être tristes avec elles. Moi, je suis plutôt heureuse qu’elles puissent avoir une prise en charge rapide de demande d’IVG. On est là pour les accompagner derrière, parce que c’est sûr que ça impacte quand même beaucoup de femmes, ce n’est pas rien. On n’oublie pas une IVG comme cela ».
Parler librement entre copines : des ateliers pour apprivoiser son corps
Élisabeth Lathuille, sage-femme spécialiste du périnée en Haute-Savoie, conçoit des ateliers ouverts aux 14-18 ans intitulés « Pour toi et ta copine ». Ces cercles de parole permettent d’échanger librement sur le périnée, la première fois, le respect et la sexualité.
À cet âge, les adolescentes traversent une phase de construction physique et émotionnelle importante. Leur rapport au corps, à l’intimité, au regard des autres et aux premières relations se transforme rapidement. L’objectif de ces ateliers consiste à leur donner une information claire et bienveillante pour mieux connaître leur corps, poser leurs questions et repérer les situations dans lesquelles leurs limites ne seraient pas respectées.
Les séances confirment l’intérêt de la démarche, certaines jeunes filles s’exclamant : « Pourquoi on ne nous a pas dit tout cela plus tôt ? ».
Mieux connaître son corps et savoir à qui poser ses questions dès l’adolescence, c’est aussi acquérir plus tôt les bons réflexes pour prendre soin de sa santé. Et parfois, ce premier interlocuteur sera tout simplement une sage-femme.
Vous avez aimé cet article ou bien vous voulez réagir ?


Envie de réagir à cet article, de donner votre avis ou de partager votre expérience ? Je prends la parole !