L’homoparentalité en questions

La famille, ça n'est pas toujours un papa et une maman. Ca peut être deux mamans, ou deux papas. Quelques réponses aux questions qu'on peut se poser sur l'homoparentalité.

Le projet de loi autorisant l’adoption par les couples homosexuels mariés à été voté par le Parlement le 23 avril. L’occasion pour MAFAMILLEZEN de revenir sur le colloque organisé le 5 février, à l’initiative d’Enfance et Partage, sur le thème « Papa, maman et compagnie : les nouvelles parentés » (*)

 

 

L’homoparentalité, du cas par cas

• Tout comme pour LA famille classique, nous ne pouvons pas parler de LA famille homoparentale, tant il existe une diversité infinie de familles. Alors que certaines se révèlent extrêmement harmonieuses, d’autres virent au chaos.

• C’est pour cette raison qu’il demeure primordial de ne pas établir de généralités. Il n’est ni « meilleur » ni « pire » pour un enfant de vivre auprès d’un père et d’une mère plutôt qu’avec deux papas ou deux mamans. Chaque situation doit être considérée au cas par cas.

L’important est de s’identifier à l’enfant et de se demander si nous aimerions ou pas repartir avec le couple en question.

Parents ou géniteurs ?

• Depuis les lois sur l’adoption et sur la PMA (procréation médicalement assistée), la question de l’acte biologique de la filiation alimente les débats. Pour pallier à une stérilité, un couple peut choisir d’adopter un enfant (les parents biologiques ne sont pas ceux qui l’élèvent) ou de recourir à un don d’ovocyte (la femme qui porte l’enfant n’est pas sa mère biologique) ou de sperme (son compagnon n’est pas le père biologique). Or, dans les deux cas, ce sont les parents qui l’élèvent que l’enfant considère comme ses « vrais » parents. La rencontre sexuelle n’est donc pas obligatoire pour avoir un enfant. C’est le roman, le récit, le mécanisme psychique que le parent et l’enfant construisent qui crée la filiation.

• Certes, les enfants de couples homosexuels doivent se confronter aux interrogations, aux critiques et aux railleries de leurs camarades d’école. « Deux papas ne peuvent pas faire des enfants, mais mon papa aime un autre monsieur ». Il est l’enfant de ses parents car ceux-ci l’ont désiré. La question qui prévaut n’est plus : « Comment ai-je été conçu ? », mais « Dans quel désir étais-je ? », « Qui a voulu que je vienne au monde ? »

• Le lien biologique n’est ni nécessaire, ni suffisant pour déterminer le lien de filiation.

• Pour les homosexuels, la parenté n’est pas biologique (sauf pour les lesbiennes, dont l’une conçoit un enfant), mais plutôt sociale. Il ne s’agit plus d’être né de, mais d’être élevé par. Les fonctions parentales peuvent être assurées par des personnes sans aucun lien génétique.

Nous sommes tous homme et femme 

• Jusqu’à la 7ème semaine de développement, l’embryon est à la fois mâle et femelle. Ce n’est qu’à partir de la 8è semaine que le sexe biologique de l’enfant à naître se détermine. C’est ainsi que Sigmund Freud, à la fin du XIXè siècle, justifiait notre bi-sexualité psychique. D’après lui, nous conservions tout au long de notre existence des traces de cette bi-sexualité biologique.

• Depuis, la psychanalyse a évolué : tout ce que nous vivons au cours de notre histoire nous permet d’acquérir des traits à la fois masculins et féminins.

Chacun de nous possède un caractère mélangé mâle et femelle. Le problème, c’est que nous ne l’acceptons pas. Cela n’est aucunement lié à notre attirance sexuelle.

D’où vient notre désir d’enfant ?

• La réponse se trouve dans « Le Banquet », de Platon. En tant qu’humains, nous sommes tous mortels. Avoir des enfants nous permet de devenir l’égal des dieux en accédant, d’une certaine manière, à l’immortalité. Une partie de nous continue de vivre, même lorsque nous sommes décédés. Ainsi, nous nous inscrivons dans une éternité générationnelle, de manière à combler notre finitude.

• Vouloir un enfant, c’est également vouloir partager un amour, une confiance, des valeurs. C’est se rassembler, modestement, sur ce qui constitue notre capital d’humanité. Peu importe qu’il s’agisse de deux hommes ou deux femmes : ce qui compte, c’est cette valeur de partage.

Distinguer le conjugal du parental 

• Pourquoi lier le débat sur « le mariage pour tous » à celui de « l’adoption par des couples homosexuels » ? Pour quelle raison les couples homosexuels devraient-ils se marier pour devenir parents ? L’union entre deux adultes est totalement distincte de la filiation. En 1970 : 6% seulement des enfants étaient issus de parents non mariés. Aujourd’hui : c’est le cas de plus d’un enfant sur deux. Il n’est donc pas nécessaire de passer par la case « mariage » pour fonder un foyer.

• Au cours des années 70 : la toute puissance paternelle cède la place à l’autorité parentale entre le père et la mère. En 1975 : Loi sur le divorce par consentement mutuel et légalisation de l’avortement. Le couple se distingue donc de la famille et de la naissance de l’enfant. Mais l’affaiblissement du lien conjugal n’est pas synonyme de perte de filiation. Les parents continuent de s’occuper de leur progéniture, même après une séparation.

Garçons et filles 

• L’égalité de traitement entre familles classiques et homoparentales ne doit pas pour autant éliminer les différences entre filles et garçons. Pas question de prôner : « Nous sommes tous pareils ! » Un homme en kilt reste un homme, même s’il porte une jupe !

Les enfants restent extrêmement attachés à la distinction des genres et à la différence sexuelle. Celles-ci demeurent d’ailleurs essentielles à leur développement.

Les enfants de couples homosexuels ne vivent pas en vase clos auprès de leurs parents. Ils côtoient des enfants et des adultes des deux sexes : amis, oncles, tantes, cousins, cousines, grands-pères, grands-mères, parrains, marraines, etc…

Pas de destruction du modèle traditionnel :

Les familles homoparentales ne mettent nullement en péril celles au schéma classique. Il existera toujours des foyers composés d’un père et d’une mère.

Avoir droit au droit 

• Que cela nous plaise ou non, les familles homoparentales existent. Elles ont le droit de vivre et de bénéficier des mêmes droits que les foyers traditionnels. Le droit constitue une protection : il n’a pas la prétention d’imposer un mode de vie, mais aide à vivre car il assure une protection contre les événements malheureux, comme les divorces, les séparations ou les décès. Il permet ainsi aux couples, à leurs enfants et au reste de la famille (grands-parents, oncles, cousins, etc…) de se construire de manière plus sereine et non en marge de la société.

• Pendant longtemps, notre code civil a distingué les enfants « légitimes », « naturels » et « adultérins ». Puis ces adjectifs, extrêmement destructeurs et stigmatisants, ont été supprimés pour laisser place à une seule espèce d’enfants. Les enfants sont semblables, quelle que soit la manière dont ils ont été conçus. Ceux qui sont élevés par deux papas ou deux mamans méritent une protection juridique, au même titre que les familles classiques.

(*) Intervenants :
– Sylvain Missonnier, psychologue et psychanalyste, professeur d’université
– Sophie Marinopoulos, psychologue et psychanalyste, membre du conseil scientifique du service Allo Parents Bébé
– Léa Karpel, psychologue et psychanalyste
– Serge Portelli, président de la Cour d’appel de Versailles
– Martine Gross, sociologue

 

A lire sur le sujet (commander sur Amazon.fr en cliquant sur le titre) :

Pour les adultes :
– Qu’est-ce que l’homoparentalité ? de Brigitte Celier, chez Anne Carrère, 16,44 €.Commander

Pour les enfants :
–  Le mystère des graines à bébés, de Serge Tisseron, Albin Michel Jeunesse, 10,93 €. Commander
– Tango a deux papas et pourquoi pas, de Béatrice Boutignon, Le Baron Perché, 16,30 €

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  1. Bien dit !

  2. Petite annecdote :
    La semaine dernière, j’ai mis un mot dans le cahier de mon fils pour dire à la maîtresse que c’était M. Pierre XXXXX qui viendrait le chercher à la sortie. Et mon loulou, qui a 7 ans et demi, dit à la maîtresse, avant qu’elle ne lise le mot : « Ce soir, c’est le chéri de Tonton Michel qui vient me chercher ».
    La maîtresse le reprend : « Ah non, c’est LA chérie ». Alors mon fils insiste : « Non, non, LE chéri » ! Comme quoi, tout est naturel pour mon loulou quand on lui dit clairement les choses !

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