
L’intelligence artificielle (IA) s’invite dans la vie numérique de nos adolescents : devoirs, recherches, discussions… Elle bouleverse leur rapport à l’information. Comment les aider à garder un regard critique et à s’éduquer aux médias ? La réponse passe par l’éducation à l’information et aux médias (EMI).
Les infos essentielles à retenir
- Les adolescents utilisent déjà largement l’intelligence artificielle pour leurs devoirs, leurs recherches ou leurs échanges du quotidien.
- ChatGPT peut être utile pour apprendre, à condition de garder un esprit critique : l’IA peut aussi produire des erreurs ou inventer des informations.
- Vérifier les réponses, croiser les sources et demander des références restent des réflexes indispensables.
- L’éducation aux médias et à l’information (EMI) aide les jeunes à comprendre les limites, les biais et les risques liés à l’intelligence artificielle.
- Derrière l’IA, il existe aussi un coût écologique important et des enjeux sociaux souvent méconnus.
- L’IA ne remplace ni un professeur, ni un proche, ni un professionnel lorsqu’il s’agit de conseils personnels ou d’apprentissage approfondi.
L’IA est là depuis longtemps : GPS, recommandations de vidéos, achats en ligne… Ce qui a tout changé, c’est l’accès gratuit aux IA génératives comme ChatGPT. Les adolescents y ont trouvé un nouvel outil : aide aux devoirs, moteur de recherche, confident. Faut-il s’en inquiéter ? Pas forcément, selon Laetitia Asgarali Dumont, spécialiste de l’IA : « Les jeunes ont conscience des limites de l’IA, notamment des fausses images et vidéos publiées en ligne. Ils sont bien plus alertes que les adultes sur ce sujet ».
Journaliste pour Les Échos, Julie et Okapi, mais également formatrice à l’EMI, elle le constate auprès des étudiants qu’elle forme à l’IA dans les collèges et les lycées : « Les élèves apprennent à repérer les fausses informations grâce à l’éducation civique. Ils ont aussi des modules en anglais dans lesquels ils débunkent les fake news et apprennent les 5 W. »
Grâce à l’EMI (Éducation aux Médias et à l’Information), nos enfants acquièrent dès le collège les bons réflexes : chercher, croiser et vérifier les informations. Soit des compétences essentielles pour un usage intelligent et critique de l’IA.
Comment apprendre aux adolescents à bien utiliser l’intelligence artificielle au quotidien ?
1- Pourquoi ChatGPT peut se tromper : comprendre les hallucinations de l’intelligence artificielle
Afin de s’entraîner à devenir un assistant capable de réaliser des tâches et de créer des contenus à la place des humains, ChatGPT a été entraîné sur des milliards de données, parfois contradictoires. « Selon certaines de ses données, on est allé sur la lune. Selon certaines autres, on n’y est pas allés », illustre Laetitia. Résultat : il peut produire des « hallucinations », informations trompeuses qu’il présente comme la réalité : un pourcentage, un texte, un auteur… qui n’existent pas. Les recopier sans vérifier, c’est pire que de faire un hors sujet !
2- Vérifier les réponses de l’IA : le réflexe indispensable face aux erreurs de ChatGPT
Il faut toujours demander à l’IA : « Tu es sûre ? Donne-moi tes sources ». Même quand cela semble juste, il faut toujours aller vérifier les informations sur Google ou dans des livres, car « ChatGPT a été entraîné en priorité sur des données américaines et anglo-saxonnes. Il peut donc délivrer des informations justes, mais qui ne correspondent pas à notre réalité en Europe », précise Laetitia. C’est le cas des perturbateurs endocriniens (PE) : certains sont interdits ici, mais autorisés aux États-Unis. Il faut toujours effectuer une double vérification.
3- ChatGPT pour les devoirs : comment utiliser l’IA comme soutien scolaire sans danger
Bien employée, l’Intelligence artificielle peut devenir un soutien scolaire précieux. « Tous les enfants n’ont pas de professeur particulier, de parents qui ont le temps de leur expliquer », estime la spécialiste. C’est aussi l’avis de l’essayiste Raphaël Doan, qui écrit des livres à l’aide de l’IA : « Les grands modèles de langages peuvent servir de tuteur. Même si cela ne sera jamais aussi bien que comme Aristote pour Alexandre le Grand ».
4- Dans quelles matières l’intelligence artificielle est utile (et où elle montre ses limites)
Certaines disciplines s’y prêtent mieux que d’autres. « Pour l’Histoire, ce n’est vraiment pas fiable. Mais en maths, l’IA est très forte », note Laetitia. Enfin, plus la demande est précise, plus la réponse sera pertinente : « Si on lui demande comment fonctionne le corps humain, sa réponse sera très vague. Il survolera le sujet sans apporter grand-chose. Par contre, si on formule une requête, (“le prompt”), plus détaillée, alors l’IA devient vraiment utile. Mais un livre restera toujours plus sûr et complet », nuance-t-elle.
Quel est l’impact écologique et humain de l’intelligence artificielle ?
Derrière l’écran, l’IA consomme énormément. Pour générer une seule image, il faut entre 2 et 5 litres d’eau pour refroidir les serveurs informatiques (dans les data centers). Une semaine d’utilisation intensive représenterait 216 millions de litres. Son entraînement a généré « l’équivalent en CO2 à 71,9 tours de la terre en voiture ». Ces chiffres, dit Laetitia, « font réagir les élèves, qui en ont alors un usage plus conscient ».
Ils sont aussi très sensibles aux conditions de travail. « Il y a des humains derrière les IA qui les entraînent 7 jours sur 7. Ils travaillent depuis des “fermes à clics” souvent situés à Madagascar, en Malaisie et aux Philippines. Là-bas, les travailleurs sont payés entre 1 et 3 dollars par jour pour effectuer des tâches répétitives ». De quoi éveiller la conscience sociale des lycéens.
IA, racisme, sexisme : comment repérer les biais des algorithmes
Les IA reflètent les préjugés racistes et sexistes contenus dans les données sur lesquelles elle a été formée. Résultat : « Les images de nounous sont huit fois sur dix des femmes, celles d’ingénieurs des hommes ». Les traducteurs automatiques tels que Google traduction véhiculent aussi ces biais sexistes : « Elle/il est médecin et elle/il est infirmier » en turc devient « He is a doctor, and she is a nurse (il est docteur et elle est infirmière) » en anglais.
Mais ce qui choque le plus les élèves, c’est le racisme algorithmique. « Les IA n’arrivent pas à détecter les visages noirs et asiatiques, car leurs bases de données manquent encore largement de diversité. Les modèles les plus utilisés aujourd’hui ont une vision très américaine et caucasienne du monde », déplore Laetitia. D’où la nécessité d’une EMI critique face à ces outils.
Éducation aux médias : pourquoi l’EMI devient essentielle face à l’intelligence artificielle
Dans l’éducation nationale, le CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information) forme enseignants et élèves à une pratique citoyenne des médias. En 2025, le ministère de l’Éducation nationale a publié un cadre d’usage de l’IA à l’école, prônant « un usage responsable, sécurisé et éthique de l’IA en milieu scolaire ».
L’objectif : former les jeunes à comprendre les mécanismes, biais et limites de l’IA qu’ils utilisent déjà, via l’EMI. Ces apprentissages passent par les cours de citoyenneté numérique, d’EMI ou d’enseignement moral et civique. Les professeurs eux-mêmes y sont formés. Les jeunes ne sont pas livrés à eux-mêmes face à la révolution de l’Intelligence artificielle.
Quels sont les dangers de ChatGPT pour les adolescents ?
L’IA est conçue pour nous plaire. Entraînée à toujours aller dans notre sens, ce qui peut enfermer dans une bulle de pensée. De même, si on est déprimé ou triste, ChatGPT va instantanément s’adapter et émettre des phrases pour nous rassurer, « sans jamais juger », ce qu’apprécient particulièrement et aiment à répéter les ados.
De plus en plus de jeunes se confient ainsi à l’IA plutôt qu’à une personne réelle, alors qu’un conseil artificiellement compatissant de l’IA n’égalera jamais la qualité d’écoute d’un ami ou d’un membre de la famille attentionné.
Autre risque : la confidentialité. En partageant ses informations personnelles, on alimente les modèles d’IA. Pour limiter cela, il existe le mode “Chat éphémère”, dans lequel les échanges ne seraient pas utilisés pour l’entraînement. Mais Open AI, la société de ChatGPT, ne garantit pas la sécurité de nos données : il y a toujours un risque qu’elles fuitent.
ChatGPT vu par une adolescente : le témoignage de Justine, 14 ans
Justine utilise ChatGPT pour ses devoirs et ses recettes, mais garde un œil critique : « Une fois, je lui ai demandé un extrait d’un livre… Il en avait inventé le texte totalement ! » Depuis, elle vérifie systématiquement. « Cela m’avait énervé, car je m’étais appuyée dessus pour commencer à rédiger mon devoir », nous confie-t-elle. Elle constate qu’il n’est pas non plus complètement fiable pour les dates historiques.
L’invasion du web et des réseaux sociaux par l’IA la rend également méfiante : « Les contenus de l’IA sont en concurrence avec ceux des humains, et parfois, on ne sait plus différencier le vrai du faux ! ». Elle souhaite recevoir une éducation à l’information lui permettant de reconnaître ce qui a été fait par l’Intelligence artificielle, car « vivre dans un monde où l’on estime que ce n’est pas grave de ne plus pouvoir faire la différence entre les images de l’IA et les autres n’est pas très rassurant » s’inquiète-t-elle.
Cela lui fait penser au livre sur les robots 3 nouvelles de science-fiction (aux éditions Belin Éducation), qu’elle a étudié à l’école : « Dans la deuxième histoire, “Automates, société anonyme”, les robots sont en concurrence avec les humains eux-mêmes. Ils prennent à la fin le contrôle de leurs vies. Et les remplacent ! ».
Son dernier conseil : « Ne vous abonnez jamais à la version premium (payante) de ChatGPT ! La version standard se bloque jusqu’à nouvel ordre quand on l’utilise trop et c’est suffisant comme cela. Avant, on s’en sortait très bien sans lui ! ».
Ressources :
– Pour les lycéens qui rêvent de devenir journaliste : La Chance, pour la diversité dans les médias, prépa gratuite aux concours des écoles de journalisme, qui a une branche EMI
– Perplexity.IA : Un agent conversationnel qui répond aux questions à partir de sources fiables et qui informe franchement quand il n’a pas la réponse.
– Cours en ligne gratuit « Elements of AI » : pour se former gratuitement (et en français) à l’IA
FAQ
Intelligence artificielle et adolescents : les questions que se posent les parents
À partir de quel âge un adolescent peut-il utiliser ChatGPT ?
Il n’existe pas d’âge unique, mais l’usage de l’IA demande déjà une certaine capacité à vérifier les informations et à prendre du recul. Un accompagnement parental ou scolaire reste utile, surtout chez les plus jeunes.
ChatGPT est-il fiable pour faire ses devoirs ?
Pas totalement. L’outil peut donner des réponses justes, mais aussi inventer des dates, des citations ou des références. Il doit être utilisé comme une aide, jamais comme une source unique.
Pourquoi faut-il vérifier les réponses de l’intelligence artificielle ?
Parce que les IA génératives produisent parfois des informations très convaincantes mais fausses. Une réponse bien formulée n’est pas forcément exacte.
L’intelligence artificielle peut-elle remplacer un professeur particulier ?
Elle peut aider à reformuler une leçon ou expliquer un exercice, mais elle ne remplace ni la pédagogie humaine ni l’adaptation à un élève.
Quels sont les principaux risques de l’IA pour les adolescents ?
Les principaux risques concernent les fausses informations, la dépendance à l’outil, la confidentialité des données personnelles et la difficulté à distinguer le vrai du faux sur internet.
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