10 jours sans écrans, le défi est lancé !

©Thierry Peters

 

10 jours sans écrans, un défi ? C’est en tout cas celui que lance aux parents et aux jeunes Jacques Brodeur, créateur du site Edupax (www.edupax.org), spécialisé en prévention de la violence et en éducations aux médias. « 10 jours pour voir autrement », pour faire prendre conscience de l’impact des médias audiovisuels dans le quotidien des jeunes.

Cette année, le défi  10 jours sans écrans aura lieu du 5 au 11 mai 2014. Un grand colloque international gratuit est également organisé le 30 avril à Paris sur la consommation médiatique excessive des enfants et ados.

Nous avons demandé à Jacques Brodeur les conseils qu’il donnerait aux parents :

-    Pourquoi les enfants passent-ils autant de temps devant les écrans aujourd’hui ?

Parce que le pouvoir de séduction des écrans augmente. Et pourquoi les écrans sont-ils plus assoiffés d’attrapper des enfants ? Parce que les budgets de publicité pour atteindre les enfants augmentent à une vitesse exponentielle. En 1980, aux Etats-Unis, on investissait 100 millions de dollars pour influencer les choix des enfants. En 2007, on investissait 17 milliards de dollars. C’est 170 fois plus. C’est pour obtenir une partie de cette manne que les diffuseurs et producteurs rivalisent.

-    Quel est l’impact sur leur comportement, sur leur vie de famille ?

On sait maintenant que le temps passé devant les écrans influence la violence verbale et physique chez les enfants. Non seulement apprennent-ils un vocabulaire qui blesse leurs pairs mais l’exposition à la violence physique les désensibilise. Et quand les jeunes sont désensibilisés, ils ne ressentent aucun remord pour les dommages causés à leurs pairs, mais en plus quand ils sont témoins de telles paroles ou de tels actes, ils retirent du plaisir du spectacle. Au sein des familles, le temps accaparé par les écrans entraîne une réduction du temps consacré aux conversations familiales. Des chercheurs de l’université du Michigan ont constaté que le temps consacré aux conversations familiales est passé de 1h12 par semaine en 1983 à 34 minutes par semaine en 1997.

-    Les parents sont-ils en partie responsables ? Par manque de temps, par laxisme ?

La vie trépidante (professionelle) des parents d’aujourd’hui nuit à la qualité de vie des familles. Il faut donc offrir aux parents des moyens et des incitatifs à consacrer du temps de qualité à converser avec leurs enfants. Il faut également revaloriser l’encadrement parental qui limite le temps d’exposition aux écrans.  On parle de 7h00 par semaine au grand maximum et d’habituer les enfants à limiter eux-mêmes leur temps d’exposition. Il faut aussi dire que la stratégie publicitaire connue sous le nom de « nag factor » sape l’autorité parentale. Quand une pub présente des parents comme des retardés ou des dictateurs et qu’en plus elle présente les enfants qui échappent à la vigilance parentale comme des petits malins, on ne rend pas service à la société ni à la famille. Quand on vend à des enfants des jeux vidéos « interdits » aux moins de 18 ans, on est loin d’assumer une responsabilité sociale.

-    Quel est l’âge « critique » où les écrans prennent le dessus sur les autres activités ?

La capacité des enfants de distinguer entre fiction et réalité débute à 7 ans et n’est pas complétée avant l’âge de 13 ans. Ce qui devrait conduire tous les décideurs publics à interdire la publicité aux moins de 13 ans. Enfin, les décideurs publics devraient aussi confier à l’école le soin d’exercer le jugement critique des enfants afin que ceux-ci puissent adopter une consommation médiatique éclairée. Les parents ont besoin d’appui pour exercer auprès de leurs enfants un encadrement perspicace de l’exposition aux écrans.

-    Quels conseils donneriez-vous aux parents pour éviter que leurs jeunes enfants deviennent « addict » ?

Le conseil le plus simple c’est de demander à leurs enfants de limiter sa consommation le plus possible durant 10 jours. L’expérience démontre qu’en 10 jours on peut effectuer un sevrage difficile. Quand on le fait dans une famille à la fois, ce sevrage est extrêmement difficile. Quand on le fait au niveau d’une école entière, on obtient une mobilisation enthousiaste. Pour une école entière, fermer les écrans durant 10 jours est tout sauf une punition. C’est un exploit dont les enfants sont fiers et que les parents redemandent.

-    Quels conseils pour aider les parents à ce que leurs enfants « décrochent » ?

Cher papa, cher maman, vous êtes la présidente et le président du gouvernement familial, vous n’avez pas à vous sentir coupables de représenter, aux yeux de vos enfants, l’autorité. Vos enfants ont besoin de sentir que vous êtes une personne responsable, consciente de leurs besoins et soucieux de leur bien-être.

Les trois compétences à exercer chez vos enfants en ce troisième millénaire sont, à notre avis, les suivantes :

1- Capacité d’expression : votre enfant doit s’exercer à exprimer ses émotions, ses sentiments et ses idées. Cela implique que vous consacriez comme parent du temps à converser avec votre enfant et à l’écouter.

2- Jugement critique : la publicité est tellement omniprésente et de plus en plus séduisante que les enfants dont le jugement critique n’est pas exercé sont des proies faciles pour l’industrie du marketing. La télévision n’influence pas que durant les messages publicitaires, le contenu des émissions est lui-même axé impérativement sur l’audimat maximum.

3-L’empathie : l’exposition fréquente et massive à la violence physique ou verbale désensibilise les jeunes. Il faut donc exercer chez les enfants l’attention aux autres et valoriser la capacité de leur venir en aide.

-    Limiter le temps passé devant les écrans, est-ce suffisant ?

Limiter le temps devant les écrans ne suffit pas. Il faut en famille faire un choix adapté à l’âge de nos enfants. Et s’assurer que ce choix est respecté par l’enfant lui-même. Si ce choix est fait de façon unilatérale par les parents, l’enfant sera tenté d’y échapper. Il ira chez ses amis voir des choses interdites chez lui. D’où encore l’utilité de procéder au niveau d’une école entière.

-    10 jours sans écrans dans les écoles, mais à la maison, quelles retombées avez-vous sur les éditions précédentes ?

Les principaux bénéfices sont :

-    Augmentation du temps passé avec les parents
-    Augmentation du temps consacré aux activités physiques et sportives
-    Augmentation du temps consacré à la lecture
-    Diminution des disputes à l’école et à la maison
-    Diminution des paroles méchantes à la maison
-    Meilleure qualité des devoirs et leçons.
-    Meilleure attention en classe.

Et … en bonus, les enfants sont de meilleure humeur. Les professeurs s’en rendent compte, les parents aussi de même que les enfants. Incroyable mais vrai, les parents, à 75% se déclarent favorables à reprendre l’exercice chaque année.

A noter dans votre agenda :

Mercredi 30 avril 2014 se tiendra à PARIS (mairie du 19ème), un colloque international qui se penchera sur la consommation médiatique excessive des enfants et adolescents. Il sera animé par des conférenciers de France, du Canada et des États-Unis

Inscription gratuite : colloque_ecran@outlook.fr
Informations :http://Colloque30avril2014Paris.edupax.org
Salle des Fêtes, Mairie du 19ème arrondissement, Paris, de 10h à 18h (Métro Laumière ligne 5)

 

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