Juliette au printemps, une floraison cinématographique insolite

Blog Juliette au printemps, une floraison cinématographique insolite

Par Bénédicte Flye Sainte Marie le

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Adaptée d’un roman graphique de l’autrice Camille Jourdy, Juliette au printemps, que l’on doit à Blandine Lenoir, la réalisatrice d’Annie Colère, est un film déstabilisant dans son rythme et sa construction, mais qui est loin d’être dénuée de charme. Au cinéma 12 juin.

Juliette au printemps : l’histoire

Illustratrice parisienne de livres pour enfant, Juliette revient dans sa famille qui habite une petite ville de l’Ain pour tenter de se ressourcer, de retrouver la forme et le moral. Depuis quelques mois, la jeune femme trentenaire traverse une dépression sourde qui la cloue au sol et provoque chez elle des crises de panique. Son corps est comme anesthésié.

Grâce à ce séjour aux allures de retour aux sources qui va faire remonter chez elle beaucoup de souvenirs et d’images, Juliette, qui a toujours été préservée par ses proches d’un certain nombre de problèmes, va entreprendre une sorte de chemin intime afin de déterminer quelles sont les origines de la détresse qui l’étreint.

Mais Juliette va aussi se décentrer de son axe et comprendre qu’au cœur de cette famille, dans laquelle une tragédie qui ne dit pas son nom est survenue, elle n’est pas la seule à souffrir et à ne pas trouver des vraies solutions pour aller mieux. Léonard, son père, vit dans la douleur des belles années qui l’ont fui. Bien qu’elle ait tout ce que la société considère comme des signes extérieurs de bonheur, un mari, des enfants, un travail, une très belle maison, Marylou, sa sœur ainée, étouffe littéralement dans un quotidien où elle est accablée par les responsabilités et a pris un amant pour réussir à retrouver un peu d’insouciance. Même sa mère, Nathalie, dissimule sous des dehors solaires et extravertis des grosses fêlures.

La rencontre de Juliette avec Pollux, un homme aussi sensible et décalé qu’elle, va lui permettre de verbaliser et d’extérioriser tout ce qu’elle traverse et l’aider reprendre pied dans la vie.

A partir de quel âge ?

Même si elles ne sont pas choquantes, il y a dans Juliette au printemps plusieurs scènes de nudité et de sexe qui ne tournent pas autour du pot. Donc à réserver aux parents et éventuellement aux grands ados !

L’avis de MAFAMILLEZEN

Amatrices et amateurs d’action, passez votre chemin. Car ce n’est pas du tout le genre de ce film plutôt éthéré et flottant, qui ne se dessine, comme les esquisses de son héroïne, qu’à petites touches lentes et progressives. Si l’on apprécie les scénarios musclés et percutants, on peut se demander là où il cherche à aller, et c’est un peu déstabilisant au départ. Cela sera peut-être rédhibitoire pour certains spectateurs. Mais si l’on se laisse convaincre et si on s’y immerge vraiment, on s’aperçoit que derrière son style « impressionniste », Juliette au printemps exprime quelque chose d’assez vrai et fort sur ces silences et drames familiaux qui lestent les adultes que l’on devient, et nous empêchent ensuite d’ouvrir complètement nos ailes, quand ils ne créent pas des insécurités et un mal-être pour des longues décennies.

Juliette au printemps est assez juste également sur l’assignation des rôles dans les fratries, notamment celui de Marylou, la sœur aînée, considérée comme tellement raisonnable et armée dans la vie qu’on ne lui demande jamais ni comment elle va, ni ce dont elle a envie.

Il est appréciable aussi que Juliette au printemps donne à voir la diversité du corps, sans que des physionomies plus rondes, telles celles ici de Marylou, de Pollux et d’Adrien, se retrouvent à être sujets de comédie ou des éléments du récit, comme ça a malheureusement trop souvent été le cas dans beaucoup de long-métrages. Là, ils sont là et c’est tout, et c’est salutaire dans un milieu, le septième art, où la minceur est une norme implicite.

Enfin, ce qui est loin de gâcher les choses, c’est la belle galerie d’interprètes qu’on y retrouve, avec des mentions spéciales pour Jean-Pierre Darroussin qui incarne Léonard, papa tellement attendrissant dans sa nostalgie et l’affection très (trop) pudique qu’il porte à ses deux filles, et Noémie Lvovsky qui campe Nathalie, son ex-femme et sa parfaite antithèse, en sexagénaire qui ne réfrène aucune de ses envies. Sans spolier quoi que ce soit, la scène dans laquelle nos deux divorcés se retrouvent à se donner la réplique à l’arrière d’une voiture est l’une des plus drôles de celles que propose cet opus. Comme les autres personnages secondaires, Léonard et Nathalie font partie de ce qui rend Juliette au printemps si attachant, malgré quelques défauts évidents.

Juliette au printemps
Réalisé par : Blandine Lenoir
Avec :
Izia Higelin, Sophie Guillemin et Gérard Darrroussin
Durée :
1h36
Sortie au cinéma :
le 12 juin 2024

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