Les mots des combats féministes expliqués aux parents et aux grands-parents

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Par Bénédicte Flye Sainte Marie le

le féminisme expliqué à mon père

Les engagements et combats féministes s’appuient sur des termes qui sont généralement familiers aux jeunes générations, notamment aux ados, mais qui peuvent sembler mystérieux, voire incompréhensibles pour les non-initiés. Décryptage avec Fanny Anseaume, auteure de Tu ne vas pas sortir comme ça ? Le féminisme expliqué à mon père.  

Crop top

Le crop top, ce n’est qu’un petit bout de tissu, mais il symbolise aux yeux de beaucoup de filles et de femmes, l’emprise sexiste que notre société cherche à maintenir sur leur corps et sur leur apparence, alors que rien de tel ne prévaut en ce qui concerne la garde-robe des hommes. L’idée implicite étant qu’il faudrait être « décente » pour se préserver contre les remarques et pulsions masculines…

En septembre 2020, afin de protester contre les propos du Ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer qui s’est prononcé contre le port du crop top en expliquant que « les chefs d’établissement sont évidemment dans leur rôle à faire respecter des tenues normales » et les règlements intérieurs qui interdisent les habits « provocants », un appel a été lancé auprès de tous les collégiens et lycéens de France pour qu’ils arborent collectivement ces fameux hauts coupés au-dessus du nombril, mais aussi des mini-jupes. Ce mouvement a été très suivi, y compris par les garçons, nombreux à être solidaires.

L’avis de Fanny Anseaume : « Il faut lâcher la grappe au corps des femmes. Qu’on légifère encore autant aujourd’hui à son propos ça m’exaspère. Mais à un niveau individuel, je comprends très bien que certains parents puissent s’inquiéter de voir leurs filles s’habiller comme ça et se demander si elles ont bien conscience des enjeux qui se cachent derrière ce vêtement »

crop top femme c'est quoi

Lire aussi : Ados : dis-moi comment tu t’habilles, je te dirai qui tu es

Ecoféminisme

Ce courant du féminisme articule les dominations et oppressions qui s’exercent comme les femmes à celles que l’on inflige à l’environnement.

L’avis de Fanny Anseaume : « L’écoféminisme est la dernière forme de féminisme que j’ai découverte. Il est assez décrié parce qu’il essentialise la femme, c’est-à-dire qu’il l’incite à se réapproprier les activités dites féminines. Ce ne sont pas forcément des opinions auxquelles j’adhère mais je comprends, selon l’endroit du globe où on habite, par exemple en Amérique du Sud, qu’on puisse défendre ce type de position »

Espace public

Les études sociologiques centrées sur le genre démontrent que rien dans la ville, n’est prévu pour le bien-être des femmes, et que celle-ci est incapable à la fois de les valoriser et de les protéger. Cela démarre dès l’entrée à l’école maternelle, où il est ultra-classique de voir les garçons occuper une très large partie de la cour de récréation pour s’adonner aux sports collectifs, tandis que les filles sont cantonnées en périphérie. L’inégalité entre les deux sexes ne fait que s’amplifier ensuite : alors que les hommes peuvent occuper comme ils le souhaitent le périmètre urbain, les femmes doivent toujours être en mouvement, ne faire qu’y passer sous peine d’être confrontées à des commentaires désobligeants, du harcèlement, ou carrément à des agressions. C’est particulièrement vrai dans les transports en commun.

L’avis de Fanny Anseaume : « Au début, quand je me suis penchée sur le sujet, quand je lisais « la ville est pensée pour les hommes », je ne comprenais pas pourquoi. Maintenant, je sais. Non seulement, les rues portent dans leur immense majorité des noms d’hommes, les visibilisent et donc invisibilisent les femmes, mais tout est conçu comme ça.  Si les gens savaient à quel point une cour d’école est déjà discriminante pour les petites filles, on avancerait un peu plus vite. Mais c’est le rôle des adultes de travailler sur cela »

inégalités hommes femmes dans l'espace public

Lire aussi : Comment donner une éducation féministe à ses garçons ?

Intersectionnalité

Totalement entré dans les mœurs aux Etats-Unis, ce courant de pensée vise à exprimer le fait que certaines personnes dans notre société peuvent subir simultanément plusieurs types de discriminations, sexistes, mais aussi raciales et/ou portant sur leur orientation sexuelle. Elles ne s’annulent pas, mais se superposent. L’intersectionnalité plaide donc pour les luttes, féministes, anti-racistes et pour les minorités sexuelles convergent entre elles.

L’avis de Fanny Anseaume : « L’analyse intersectionnelle permet de se décentrer de son point de vue, de montrer que ce n’est pas pareil, en tant que femme, si vous êtes blanche et catholique, que si vous ne l’êtes pas. En France, les citoyens sont réputés être tous libres et égaux. Le problème de ce principe universaliste, c’est que ça nie les difficultés que peuvent connaitre certains et certaines »

mouvements féministes

Stéréotypes de genre

Il est traditionnellement inscrit dans l’inconscient collectif qu’il existe des goûts, traits de personnalités, comportements et compétences propres au féminin et au masculin. Or, les avancées des neurosciences lors des dernières décennies ont justement prouvé le contraire : grâce à l’imagerie cérébrale, on a pu montrer que la matière grise des petites filles et des petits garçons se trouvait être assez similaire à la naissance, et que c’est l’environnement culturel, notamment l’éducation des parents, qui « genre » les neurones des enfants, en s’appuyant sur le phénomène de plasticité cérébrale

L’avis de Fanny Anseaume : « C’est dingue qu’on puisse encore penser aujourd’hui que le genre est une chose naturelle alors qu’elle est totalement construite. Ça n’a rien à voir avec ce qu’est vraiment un homme ou une femme, ça se réfère plutôt au concept qu’on accole à l’homme et à la femme. Or moi, j’aime à me dire que je peux être virile si je veux »

Lire aussi : Inégalités filles-garçons : et si les parents les favorisaient dès l’enfance ?

 

Pour aller plus loin :

Le livre de Fanny Anseaume « Tu ne vas pas sortir comme ça, le féminisme expliqué à mon père », est paru aux éditions Leduc – 18,90 € – Commander sur la Fnac ou Amazon.

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