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Tâches domestiques : la transmission des stéréotypes perdure malgré une évolution des comportements

Par Nathalie Brunissen - Mise à jour le

taches ménagères en famille

Selon une nouvelle étude Ipsos « Partage des tâches ménagères et transmission : regards croisés Enfants-Parents »*, les stéréotypes de genre continuent de jouer un rôle important dans l’apprentissage des tâches ménagères. Malgré l’évolution des mentalités, l’égalité hommes-femmes en matière de répartition des tâches au sein du foyer semble donc encore bien loin d’être atteinte. Au-delà des mots, il est désormais important de passer à l’action afin de donner l’exemple aux futures générations.

Selon une étude Ipsos pour Ariel de 2018, 60% des enfants âgés de 8 à 16 ans dressent le constat que c’est leur mère qui, à la maison, fait globalement le plus de choses. Des enfants qui aujourd’hui se sont imprégnés des images et des discours genrés de leurs parents et se projettent dans un schéma finalement assez similaire. Ainsi, près d’un garçon sur deux déclare que, plus tard dans son couple, c’est sa conjointe qui s’occupera de la lessive. Un constat inquiétant, qui montre que les choses sont encore loin d’évoluer au sein des familles françaises. Et qui a conduit la marque ARIEL à lancer, en 2018 et 2019, une campagne de sensibilisation avec le hashtag #PartageDesTaches, prônant un discours égalitaire entre les sexes, permettrait une rupture avec ce phénomène de transmission. Les choses ont-elles évolué depuis ? Les hommes, et particulièrement les jeunes adultes, participent-ils plus spontanément aux tâches ménagères ? Faisons le point.

Partage des tâches ménagères dans le couple : un point de vue différent…

Les chiffres sont implacables, au sein des couples, le partage des tâches au sein du foyer reste inégalitaire, même si les hommes ont un avis relativement différent sur la question. 25 % des femmes en couple avec enfant consacrent chaque jour environ 4h ou plus aux tâches domestiques, contre 10 % pour les hommes. Une situation que la crise du Covid et les confinements successifs n’a pas améliorée, bien au contraire. Des tâches habituellement déléguées à un tiers, comme le ménage à domicile, la garde des enfants ou le soutien scolaire, ont été largement assumées par les femmes alors même qu’elles étaient en télétravail tout autant que leurs conjoints.

Si selon l’étude sur « les Français et le partage des tâches ménagères » d’Ipsos**, 63 % des hommes considèrent que les inégalités hommes-femmes en matière de répartition des tâches ne sont plus vraiment un problème au sein du foyer, les femmes, elles, ne semblent pas pour autant voir s’alléger la charge mentale qui pèse sur elles. Elles sont en effet encore 55 % à affirmer assumer majoritairement la gestion du quotidien : la préparation des repas, le ménage, le repassage, l’inscription des enfants aux activités extra-scolaires… Et si 32 % des hommes déclarent par exemple faire les courses plus souvent, ils ne seraient en fait que 14 % à assumer cette tâche selon les femmes. Si 29 % des hommes se gaussent de préparer les repas, ils ne seraient que 18 % à cuisiner pour leur petite famille. Et s’ils sont 13 % à déclarer s’occuper des enfants, ils ne seraient en fait que 4 % selon leurs conjointes. Nous sommes donc encore bien loin de l’égalité dans le partage des tâches domestiques !

repartition taches ménagères dans le couple

Une répartition des tâches plus égalitaire dans les jeunes couples

S’il y a un espoir de voir les choses changer plus rapidement, il vient des couples formés par les jeunes de moins de 35 ans. Elevés par des parents pour qui l’émancipation des femmes n’est plus un sujet (ou du moins on voudrait le croire, même si les actualités récentes nous laissent dubitatives et inquiètes…), dans un foyer où majoritairement la femme travaille, le partage des tâches ménagères et la gestion des enfants sont plus égalitaires. Plus habitués à voir leurs deux parents faire les courses, s’occuper des enfants, faire la vaisselle ou préparer les repas, ils devraient assumer tout naturellement ces tâches jusqu’ici dévolues aux femmes. De fait, selon l’Observatoire des inégalités, la répartition des tâches tend à s’équilibrer au fil des génération, notamment avec l’élévation du niveau de diplôme des femmes. Mais malheureusement, dès lors que le couple devient parents, il semble que la charge mentale et les charges domestiques pèsent de nouveau sur les mamans…

Le congé paternité, un pas vers un partage des tâches domestiques accru ?

La réforme du congé de paternité en 2021, qui le fixe dorénavant à 11 jours, a été présentée comme une mesure favorable à l’égalité femmes-hommes. Mais force est de constater que les pères sont peu nombreux à en profiter, puisqu’ils ne sont qu’environ 3 sur 10 à exercer leur droit à ce congé exceptionnel. Et selon une étude du Céreq** de 2022, il s’avère que les pères ayant pris leur congé de paternité à la naissance de leur dernier enfant ne sont pas guère plus impliqués pour autant dans la répartition des tâches parentales ou domestiques. S’ils s’occupent plus des courses et d’aller chercher les enfants à l’école ou à la crèche, en revanche, il semblerait que des tâches comme le ménage ou la préparation des repas les rebutent tout autant qu’auparavant… Et que les jeunes papas en congé paternité sont plus enclins à gérer les activités qui s’effectuent en dehors du domicile, et celles plus directement liées aux enfants. On comprend alors que les pères au foyer soient encore moins nombreux.

Si la révolution du partage des tâches ménagères n’a pas encore eu lieu, on constate malgré tout que les hommes aujourd’hui cherchent à transmettre un modèle plus équilibré de répartition des tâches au sein du foyer. Il est en effet important pour les parents de transmettre un modèle plus équitable à leurs enfants si l’on veut que les femmes ne soient plus dévolues à la lessive et au ménage, et les hommes au bricolage… Car force est de constater que c’est nous, parents, qui transmettons à nos enfants des stéréotypes que nous essayons en même temps de combattre. Alors éduquons nos filles et nos garçons de la même façon, pour qu’une fois adultes, la question de la répartition des tâches domestiques au sein du couple et de la famille ne se pose même plus !

 

Sources :
* « Partage des tâches ménagères et transmission : regards croisés enfants-parents », Ariel/Ipsos – 2019

** « Les Français et le partage des tâches ménagères », Ipsos 2018
*** « Quels freins limitent encore le recours au congé de paternité chez les jeunes pères ? », Céreq, mars 2022

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