Parler des migrants aux enfants : comment sortir des clichés ?

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En 2015, des photos déchirantes ont défilé sur les écrans. Celles de foules qui s’entassent derrière des fils barbelés. De bateaux ou camions fragiles et surchargés. D’enfants ballotés ou pire, décédés en chemin. Ces images attristent, inquiètent et interpellent. Au-delà de l’émotion, comment évoquer leur situation ? Selon Fanny Servole, responsable du département des publics au Musée de l’Histoire de l’Immigration, une visite au musée permet de conjuguer plaisir d’apprendre et déconstruction de certaines idées reçues.

Affiche de l'exposition "Frontières" au Musée de l'Histoire de l'Immigration

En quoi le Musée de l’Histoire de l’Immigration offre une autre perspective que les médias sur la question des migrants ?

Fanny Servole : Le musée n’impose aucun discours idéologique. Il met en lumière des repères, des témoignages, des objets. Ceux-ci servent de socle pour forger sa propre réflexion. Par exemple, depuis les événements de novembre 2015, nous avons constaté une recrudescence de familles de tous horizons. Elles viennent pour amorcer le dialogue et mettre des mots sur leurs interrogations. Les ateliers proposés aux familles donnent également l’opportunité de co-construire quelque chose (reportage radio, jeu de société, reproduction d’un meuble symbolique) afin d’aborder de façon ludique une des problématiques liées à l’immigration.

On entend souvent que les réfugiés veulent venir en France.

Fanny Servole : La France est connue en effet pour sa tradition d’accueil. C’est la nation où est née la déclaration des droits de l’Homme et elle a accordé l’asile tout au long de son histoire. De plus, son système de couverture sociale est réputé généreux. C’est aussi un pays qui attire pour toute l’ouverture culturelle qu’elle propose.
Cependant, les réfugiés se déplacent en très grande majorité dans les pays voisins. Et en Europe, les destinations les plus prisées restent l’Allemagne et Angleterre, où le taux de chômage est plus faible.

On s’imagine qu’ils fuient le danger mais surtout la pauvreté.

F. Servole : En réalité, ceux qui partent sont ceux qui en ont les moyens. En effet, comme les visas sont très difficiles à obtenir sur place, des passeurs en profitent pour demander des fortunes. Par ailleurs, une large proportion des demandeurs d’asile a réalisé des études supérieures.
Dans le cadre d’un des ateliers pour enfants que nous organisons, nous cherchons à transmettre une autre représentation des migrants. Au lieu de les voir comme des misérables, nous les considérons comme des héros voyageurs. Et nous amenons les enfants, par exemple, à imaginer un vêtement magique qui permettrait d’emporter sur soi tout le minimum nécessaire pour survivre.

Certains parlent d’invasion, de masses, de marée humaine, de hordes.

 

Couv_Eux_c_est_nous_Daniel_PennacF. Servole : Les chiffres révèlent une très forte augmentation des arrivées en 2015 par rapport à 2014. On parle bien de crise des réfugiés. Cependant, ceux qui arrivent actuellement constituent un très faible pourcentage par rapport à la population totale.
Les flux d’immigration vraiment massifs ont eu lieu entre les deux guerres. La France avait alors besoin de bras pour se reconstruire. Elle a accueilli et parfois facilité l’arrivée de migrants qui ont fui la Russie, l’Espagne, l’Italie, ou la Pologne. La galerie des dons du musée regroupe une collection d’objets qui témoignent chacun de la diversité des populations immigrées tout au long du 20ème siècle.

Le mot « clandestin » apparait de façon récurrente.

F. Servole : Tout d’abord, l’expression « sans-papiers » semble plus appropriée que « clandestin ». Ensuite, la question des papiers est très sensible en France car il est notoire que les titres de séjour sont relativement longs et difficiles à obtenir. Ceux qui sont déboutés de leur demande d’asile se retrouvent dans une situation de grande précarité. Ils ne peuvent ni travailler, ni bénéficier d’aide financière, ni repartir.
Dans l’exposition « Frontières », un artiste évoque les « harragas » qui brûlent leurs papiers avant d’arriver. Plus loin, une autre œuvre souligne l’importance des tampons administratifs en jouant sur leur taille et leur forme. Enfin, un des ateliers consiste à faire fabriquer aux enfants des « faux-papiers » pour qu’ils se penchent sur la complexité de ces questions.

Certains craignent que la culture et plus précisément la religion des réfugiés rendent difficile leur intégration.

F. Servole : Dans l’entre-deux-guerres, on reprochait aux Italiens et aux Polonais d’être trop catholiques ! La notion d’intégration est complexe. Le site internet du Musée et sa médiathèque offrent de nombreuses ressources multimédias sur ce sujet.
L’intégration passe notamment par l’éducation à la tolérance. D’ailleurs, notre projet est d’organiser au Musée, à destination des plus jeunes visiteurs de l’Aquarium tropical du Palais, des ateliers de sensibilisation à la diversité. En effet, apprendre à employer les mots justes sur les Autres est un premier pas pour éviter de leur coller de dangereuses étiquettes.

A visiter avec les enfants :

Le Musée d’Histoire de l’Immigration – Palais de la Porte Dorée
293, avenue Daumesnil 75012 Paris
www.histoire-immigration.fr

Ensemble contre le racisme, du 22 au 27 mars 2016
Le Musée national de l’histoire de l’immigration s’engage, lors de la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme, et propose une programmation exceptionnelle du 22 au 27 mars 2016. 70 événements gratuits, performances, débats, séances de cinéma, ateliers, forum citoyen, feront de cette semaine un événement pluridisciplinaire pour mobiliser et sensibiliser le public, et notamment les jeunes, à la lutte contre toutes les formes de racisme.

A lire en famille :

Eux, c’est nous. Collectif de 40 éditeurs jeunesse. Avec un texte magnifique de Daniel Pennac. (Prix : 3 euros reversés à la Cimade) Commander.
Le P’tit Libé – N°1 Les Migrants. A consulter pour trouver des mots justes et adaptés sur les migrants. Accès gratuit en ligne.

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dans notre rubrique EDUCATION & PSYCHO

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