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Pour ou contre la PMA étendue à toutes ?

Par Bénédicte Flye Sainte Marie - Mise à jour le

Pma pour ou contre

Promise au début de son mandat par Emmanuel Macron, le comité national d’éthique a rendu le 25 septembre 2018 un avis favorable à la PMA pour toutes les femmes. L’ouverture des techniques de procréation médicalement assistée aux couples lesbiens et aux femmes seules divise chez les Français, y compris d’ailleurs parmi les partisans du président de la République. Que faut-il en penser ? Deux expertes vous livrent leurs points de vue très opposés à ce sujet…

POUR : Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue-obstétricienne, cheffe de la maternité de l’Hôpital Delafontaine à Saint-Denis et fondatrice de la Maison des femmes

Pourquoi êtes-vous partisane de l’ouverture de la PMA à toutes ?

Depuis toujours, j’accompagne des femmes qui ont un désir d’enfant et qui n’ont pas eu la possibilité de le concrétiser. C’est une aspiration totalement humaine… Comme c’est pour l’instant interdit en France de recourir à la PMA si l’on n’est pas entre dans le cadre de la stérilité, elles sont obligées de réaliser ça à l’étranger. Tout ce que nous avons pu faire, nous gynécologues français, c’est de leur prescrire des hormones, ce qui est assez limité. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai signé il y a deux ans le manifeste des 130 médecins réclamant une évolution de la PMA… Parce que le problème est que ça induit une médecine à plusieurs vitesses. Les patientes aisées n’ont aucun problème à financer une intervention de ce type à Bruxelles et à Barcelone. Ce n’est malheureusement pas une possibilité dont disposent toutes les femmes.

L’homoparentalité est de mieux en mieux acceptée chez les Français. Mais le fait d’avoir un enfant volontairement seule est à tout à fait autre chose… Est-ce que vous approuvez cette démarche ?

Faire un enfant seule est un choix par défaut. Celles qui empruntent cette voie sont souvent dans un grand désarroi et auraient adoré pouvoir trouver l’homme avec qui le concevoir. Alors, on peut élucubrer sans fin sur leur prétendu égoïsme. Toujours est-il que l’envie d’avoir un enfant est chez elle une pulsion d’une incroyable intensité. Se résoudre à y renoncer est pour elle comme une seconde mort. Cela ne les tue pas mais ça les dévaste… Le seul problème que cela pose, selon moi, c’est évidemment celui du père. Il faut veiller à ce qu’il y ait des figures masculines autour de l’enfant. Mais les patientes en sont très conscientes, y pensent et préparent généralement cela très en amont. En outre, tout ce qui existe en matière de littérature scientifique en Belgique ou dans les pays nordiques montrent que les bébés nés de ces PMA non-conventionnelles ne sont pas plus perturbés que les autres quand ils grandissent. Avoir un papa, une maman, ce n’est pas non plus une assurance tout-risques. J’appelle donc à plus de tolérance…

Lire aussi : L’homoparentalité en questions

 

CONTRE : Aude Mirkovic, maître de conférences en droit privé, porte-parole de l’association Juristes pour l’enfance et auteure de « PMA : un enjeu de société » (Artège, 2018), et « En Rouge et Noir » (roman, ed. Scholae 2017)

Pour quelles raisons vous opposez-vous à l’élargissement de la PMA ?

Parce que cela signifie être privé de père, non par les malheurs et aléas de la vie mais délibérément et par la loi. En outre, la PMA pour les femmes est toujours avec donneur : un tel projet aggraverait la pénurie de gamètes qui existe déjà . Il faudrait donc multiplier les apports de sperme en les rémunérant : il n’y a pas d’autre choix, et les pays qui ont ainsi ouvert la PMA le font. Sauf la Belgique, qui du coup se retrouve contrainte d’acheter 90% de son sperme au Danemark ! Par ailleurs, la PMA pour les femmes accroîtrait le risque de consanguinité entre les enfants. Pour finir, c’est selon moi un prétexte pour faire sauter le verrou thérapeutique actuel qui réserve la PMA aux infertilité médicales. Une fois celui-ci levé, elle sera en réalité accessible à tous, y compris les couples homme-femme fertiles, très nombreux, qui constituent la cible réelle du grand marché de la procréation. Qui se hâtera de leur proposer des FIV pour choisir le sexe de leur enfant, comme aux Etats-Unis, éviter un strabisme comme en Angleterre ou programmer un enfant à fort QI comme en Chine. La PMA doit-elle rester une réponse médicale à un problème médical, ou devenir un mode habituel de procréation et de programmation des enfants sur mesure ?

Que redoutez-vous de cette évolution sociétale ?

Elle priverait la filiation de sa fonction première qui est d’indiquer à chacun d’où il vient, qui est à l’origine de sa vie, pourquoi il existe finalement… La filiation ne dira plus à chacun de qui il est né, mais qui sont ses adultes référents, ses éducateurs… Tout cela est très positif, mais c’est de l’ordre de l’éducation, pas de la filiation. A Paris, la mairie a modifié les actes de naissance pour supprimer les mentions père et mère et indiquer les parents 1 et 2. En réalité, c’est le terme même d’acte de naissance qui ne convient plus, car il ne dit plus à l’intéressé de qui il est né. On emploie les mots de filiation, parents, père, mère, comme si de rien n’était, alors qu’ils ne désignent plus la même chose. Alors soit on assume cette évolution qui déconnecte la filiation de l’engendrement de l’enfant : l’enfant est maintenant issu de donneurs qui n’ont plus rien à voir avec des parents, et dans ce cas que personne ne se plaigne des échanges d’enfants à la maternité. Soit on réalise que la filiation est en train de perdre sa signification, et on dit stop, à commencer par stop à ce projet de PMA sans père…

 

Vos réactions sur la question (recueillies via la page Facebook Mafamillezen) :

« Le bonheur d’un enfant prime. On peut tout à fait lui expliquer quand il sera en âge de comprendre pourquoi il a deux papas, deux mamans ou une maman. Il sera peut-être même plus heureux que d’autres enfants avec des parents qui se déchirent » Carole P.

« Je suis pour aussi. Mais malheureusement, ça va sûrement être très difficile, surtout pour les hommes d’avoir un enfant. On peut se dire que l’enfant élevé par deux hommes aura tellement été voulu qu’il ne manquera pas d’amour. Car comme tout le monde, je suis persuadée qu’un enfant grandit mieux dans un environnement où il y a de l’amour, c’est ça le principal et pas la composition du foyer » Carolyn G.

« Ce n’est pas parce qu’on est un couple hétéro qu’on est de bons parents. J’estime que tout couple a droit au bonheur d’être parents ». Christine M.

« Etre une femme seule ou un couple ne retire rien à la capacité d’être parents et d’aimer un enfant ». Marie T.

« Pour aimer des enfants, il ne suffit pas de rentrer dans des « normes imposées » Danielle D.

« Je suis pour. Comment peut-on faire des catégories dans un Etat où l’on est tout censés être égaux en droit » Lucie Valentine G.

Et vous, quel est votre opinion sur le sujet ?

 

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Rassemblant les avis d’experts de tout bord – médecins, biologistes, psychanalystes, juristes, sociologues – l’auteure (journaliste sur Mafamillezen.com)  offre un ouvrage pédagogique destiné à dépassionner le débat et remettre en perspective les arguments des deux camps.

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  1. la nature a fait qu’un homme et une femme peuvent procréer, c’est triste quand l’un des deux ne peut pas aboutir à la conception d’un enfant naturellement et la science arrive parfois à les aider, mais voila que maintenant cette science mène à des dérives , car une femme seule, ou couple homo veut lui aussi un enfant et la pas le choix, la PMA est là et tout le monde veut sa part, mais un enfant qui grandit sans un père ou une mère, un enfant adopté veut savoir qui sont ses parents, un enfant a le droit d’avoir un père et une mère, et pas une mère et une éprouvette . alors je suis contre

  2. Toujours le droit à l’enfant mais les droits de l’enfant à avoir un père et une mère , eux, ça ne compte pas!
    Jusqu’où ira l’égoïsme des hommes?

  3. La PMA pour toutes, c’est de la production d’enfants, et considérer l’homme comme un donneur de spermatozoïdes. Vouloir un enfant, mais ne pas vouloir de l’amour d’un homme, c’est déjà une faille, à mon avis. Nier la génétique, c’est de l’obscurantisme, non?

  4. « Toujours est-il que l’envie d’avoir un enfant est chez elle une pulsion d’une incroyable intensité » et l’envie (ou le droit ?!) pour un enfant d’avoir un père et une mère on en parle? Lui expliquer que sa mère l’aime très fort, l’aime pour deux, c’est beau mais malheureusement, concrètement, ça ne remplace pas un père… Cela ne fera que déplacer le mal être, de la mère à l’enfant…

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