Réussir sa séparation ?

Martine Valton-Jouffroy, psychothérapeute

Depuis une trentaine d’années, les femmes revendiquent, à juste titre, la parité qui leur est due alors que les messieurs commencent à assumer leur côté féminin et maternel. Une étude menée sur des enfants suédois élevés en priorité par leur père révèle que, face à une situation inquiétante comme la venue d’un inconnu, c’est vers la mère que la plupart se tournent pour trouver réconfort et protection. C’est donc la maman qui fait naître chez son enfant le sentiment de confiance en lui et de sécurité, si nécessaire à son développement psychique.

Pourquoi ? Sans doute en raison de la relation privilégiée qui s’installe au cours de la grossesse et se poursuit lors de l’accouchement, puis de l’allaitement. Le père aura beau savoir changer, nourrir, soigner son bébé, lui apporter tout son amour, cela ne changera rien à la donne. Son rôle est différent, c’est tout.

Maman absente, maman perdue

Pour un nourrisson, ne pas voir sa mère pendant un mois, c’est tout simplement la perdre. En effet, un bébé est capable de garder en mémoire l’image de sa maman pendant un certain temps, qui augmente au fur et à mesure qu’il grandit. Qu’il ne la voie pas durant une demi-journée, voire une journée entière, à raison de cinq jours sur sept parce que celle-ci aura repris son travail, cela passe encore.

En revanche, s’il en reste éloigné une semaine ou davantage, il risque de ressentir un réel état de détresse qui va se traduire par des crises d’angoisse, de l’agressivité ou encore la crainte de toute nouvelle séparation, même de très courte durée. Aussi, il est indispensable d’éviter de séparer un bébé de sa mère trop souvent et durant des temps trop longs.

Un besoin absolu de stabilité

Un nourrisson a besoin, pour son développement psychique, d’évoluer dans un environnement stable. La présence continue d’un, de deux ou de trois adultes, toujours les mêmes, lui est nécessaire. Les rituels comme ceux du bain, du coucher, des repas lui assurent aussi la sécurité qu’il recherche. La permanence des lieux est également primordiale : certains bébés ne montrent-ils pas des signes d’angoisse simplement parce que l’on a changé de place un meuble de leur chambre ?

Des conséquences désastreuses

Des difficultés psychologiques diverses et variées risquent d’apparaître chez l’enfant soumis très tôt au système de résidence alternée.

Il peut s’agir ainsi de troubles de l’alimentation ou du sommeil, d’un profond sentiment d’insécurité, d’un repli sur soi ou, au contraire, de manifestations d’agressivité. Des maladies psychosomatiques peuvent également survenir, par exemple des problèmes cutanés, comme des crises d’eczéma.  Ce sentiment d’insécurité et ces angoisses pathologiques risquent alors de resurgir à l’adolescence ou à l’âge adulte, voire de s’installer pour le restant de l’existence.

La maman en pâtit car son bébé la rend responsable de son absence et la lui fait payer. Au retour des moments passés chez le père, il refuse de la regarder, de lui sourire, de lui montrer qu’il la reconnaît.

Le père lui non plus n’est pas épargné : en imposant à son enfant une séparation trop longue d’avec sa mère, il détériore la relation père-enfant. Aux yeux du petit, il apparaît alors comme un intrus, une personne méchante, inquiétante. Il bascule ainsi du familier rassurant à l’étranger inquiétant.

A petites doses d’abord

Attention ! Il n’est pas question pour le père de s’effacer, de disparaître, de ne plus faire partie de la vie de son enfant. Le bébé a besoin de la présence de son père pour se développer de manière harmonieuse, tout comme le père a besoin de voir son bébé grandir. La souffrance de ne plus voir son enfant tous les jours ne doit pas être niée ni sous-estimée. Il s’agit simplement de mettre en place un système qui ne nuise pas à l’enfant et qui permette au père de maintenir le contact.

En faveur d’un compromis

L’idéal pour un tout-petit, c’est de vivre auprès de sa mère.

Mais il y a des mamans qui, suite à leur divorce, se trouvaient dépassées, voire en pleine dépression. Nous savons tous que le bébé fait éponge aux émotions de sa mère, d’autant plus s’il est petit. Or, dans quel état va-t-il se trouver, si sa mère va mal ?

Pour que le système de garde alternée fonctionne au mieux, il faut que les deux parents s’entendent relativement bien, qu’ils ne vivent pas loin l’un de l’autre et que les temps de garde ne soient pas trop longs : la moitié d’une semaine plutôt qu’une entière.

Le mode de garde classique qui prévoit un week-end sur deux et la moitié des vacances chez le père, c’est très violent pour un enfant. Un petit temps chez le papa dans la semaine ou le samedi seraient les bienvenus.

Dès que l’enfant manifeste son refus, de manière orale ou non, il faut mettre un terme à ce système de garde. S’il présente des troubles du sommeil ou de l’alimentation, s’il s’agrippe de toutes ses forces à l’un ou à l’autre parent, c’est qu’il ne supporte pas la situation. Mais en restant à son écoute, vous saurez comment agir.

Les solutions possibles :

– Entre 0 et 1 an, il serait bon que le bébé voie son père deux à trois fois par semaine, chaque fois pour une durée de trois ou quatre heures, sans passer la nuit chez lui.

– De 1 à 3 ans
, les recommandations précédentes peuvent être nuancées suivant le niveau d’entente entre les parents, la manière dont le père a été impliqué dans les soins précoces au bébé et la capacité de chaque enfant à gérer le changement. Il ne pourra passer la nuit hors de chez lui que quand il sera familiarisé avec le foyer du parent chez lequel il n’habite pas.

– Ce n’est qu’à partir de trois ans
qu’il pourra y séjourner un week-end complet avec deux nuits. Bien sûr, ces propositions sont assez lourdes à mettre en place. Elles impliquent, pour la mère, de rendre son bébé disponible pour son père deux à trois fois par semaine, chaque fois durant plusieurs heures. Quant au père, il doit aménager ses horaires de travail en conséquence, Mais le jeu en vaut la chandelle. Et d’ailleurs, n’est-ce pas aux adultes de s’adapter à l’enfant et non pas l’inverse ?

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Martine Jouffroy Valton, Coach/Psychothérapeute gestaltiste

Psychothérapeute gestaltiste diplômée du Centre d’intervention gestaltiste de Montréal, Martine a suivi ses études de psychothérapie clinique en 1995 et a elle-même suivi une thérapie de 5 ans avec des psychothérapeutes d’orientation gestaltiste, à Montréal. Cette orientation lui correspond, car elle aide les personnes dans l’ici et maintenant. Elle a accompagné des personnes en fin de vie et des familles touchées par des maladies génétiques ou le SIDA. Elle a, aujourd’hui, une pratique privée de psychothérapie gestaltiste, et de coach parental. Elle a un site Internet sur lequel elle explique davantage ses services, dont le coaching par téléphone ou par courriel moyennant des frais. Pour la joindre : martine@taktic.eu ou au téléphone +32-485-614-234.

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