Troubles de l’audition : Les jeunes aussi !
Par Propos recueillis par Nathalie Brunissen le 10 mars 2011
C’est aujourd’hui, jeudi 10 mars 2011, la 14ème Journée Nationale de l’Audition. L’occasion de nous interroger sur les effets des baladeurs, concerts ou autres expositions sonores sur la santé de nos ados. Car il y a de quoi s’inquiéter quand on sait que 25 % des 20-24 ans ont des difficultés d’audition* et que ces troubles auditifs sont parfois définitifs.
Quels sont les comportements à risques pour leurs oreilles ? Quelles sont les bonnes habitudes à prendre le plus tôt possible ? Comment dépister des troubles de l’audition ? Autant de questions que nous avons posées au professeur Gelis, président de la Journée Nationale de l’Audition.
Comment repérer une baisse de l’audition chez mon ado ? Quels sont les signes qui doivent alerter ?
C’est assez difficile à voir car il s’agit souvent de perte d’audition légère. On peut s’en rendre compte quand il fait répéter. Aussitôt qu’un enfant fréquente les milieux musicaux, joue dans un groupe, écoute souvent son baladeur, il faut faire des contrôles réguliers chez un ORL.
Qui consulter ?
Un ORL, tous les 2 ans par exemple. En particulier pour ceux qui jouent de la musique ou qui en écoutent beaucoup.
Quels sont les plus gros dangers pour les oreilles des jeunes ?
Les concerts**. Dans les concerts, le niveau n’est pas limité. Ceux situés près de la sphère acoustique peuvent avoir un niveau très élevé, qui peut entraîner une surdité traumatique. En un seul concert, ce qui est rare, mais qui peut arriver.
Après un concert, si on a eu des acouphènes qui durent environ 3h mais qui disparaissent, cela veut dire que l’on a quand même eu une atteinte auditive, une lésion des cellules sensorielles.
Est-ce irréversible ?
Oui. Le nombre de cellules sensorielles de l’oreille est constant, il ne se renouvelle pas (on en a environ 15 000 par oreilles) dans le temps. A partir du moment où certaines cellules sont détruites, elles sont détruites pour toujours.
Au quotidien, le baladeur est-il l’ennemi des oreilles ?
Les baladeurs sont dangereux à partir du moment où on les écoute longtemps. Ils sont limités par la règlementation à 100 dB. C’est déjà au-delà de la limite de danger puisque le danger commence à 85 dB. Il ne faut jamais écouter son baladeur à fond, si ce n’est pour de courtes périodes, de l’ordre de 10 mn à un quart d’heure. Il faut écouter à environ trois quarts de volume et limiter l’écoute à 2 ou 3h par jour.
Le baladeur, on en est entièrement maître. Personne ne se plaint autour de soi du niveau trop fort, donc on risque plus de l’écouter longtemps et fort, sans aucun contrôle extérieur.
Les casques audio sont-ils meilleurs pour les oreilles que les écouteurs internes ?
Les casques enveloppent l’oreille et ont l’avantage d’isoler du milieu ambiant, donc on a tendance à écouter un peu moins fort. Sinon, la différence n’est pas capitale.
Qu’en est-il de l’utilisation du portable ?
Le téléphone portable, c’est au niveau de la conversation, c’est environ 60-65 dB. Il n’y a aucun danger auditif.
Quels sont les meilleurs comportements à adopter ?
Dans les concerts, ne pas se placer au niveau des acoustiques.
Pour les baladeurs, les écouter à environ trois quarts du volume et pas plus de 2 ou 3h.
En discothèque, c’est moins dangereux car on y va moins souvent. Il faut laisser du repos à ses oreilles. En sortant de discothèque, il ne faut pas écouter son baladeur ou sa chaîne hifi. Cela permet de récupérer.
Que faire en cas de troubles auditifs ?
En cas de surdité légère, débutante, on n’appareille pas. Si on les dépiste assez tôt, et pour ne pas aggraver la surdité, le seul moyen est de changer ses habitudes : écouter la musique moins fort, aller moins souvent en discothèque, faire attention dans les concerts. Il n’y a pas d’autres solutions.
Si la surdité est avérée, on peut recourir à la prothèse auditive. Mais elle ne va pas donner une audition naturelle. Ca n’est pas une solution absolue. On ne va pas retrouver son audition de départ.
S’ils ne respectent pas ces comportements préventifs, ces jeunes risquent d’avoir une surdité auditive due à l’âge plus précoce.
On minimise la surdité alors qu’il s’agit d’un handicap important. Moins « visible » que la perte de la vue, donc moins pris au sérieux. D’où l’importance de la communication et de la prévention.
Qu’en est-il de la règlementation ?
Pour les baladeurs, c’est 100 dB.
Pour les discothèques, c’est 105 dB. Mais souvent ça n’est pas respecté.
*Enquête nationale 2011 JNA – Ipsos – Réunica
**120 dB est le seuil de la douleur auditive. Ce niveau est souvent largement dépassé dans les concerts rock ou techno.
Pour plus d’infos :
Le site de la Journée Nationale de l’Audition : www.audition-infos.org
La brochure Nos oreilles, on y tient !
A savoir :
- La majorité des jeunes écoutent leur baladeur plus d’1h 1/2 par jour, avec une écoute en continu de 1 heure.
- 40% des jeunes ont déjà ressenti des acouphènes après l’écoute prolongée de leur baladeur.
- Ce chiffre augmente proportionnellement avec l’âge puisque 63% des 18-25 ans ont déjà ressenti des acouphène contre 14% des 12-14 ans.Source : Enquête nationale de la JNA menée auprès des jeunes de 12 à 25 ans, réalisée en collaboration avec l’Institut d’étude Ad’hoc Research.
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