Comment concilier éducation bienveillante et autorité ?

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Lorsque l’on parle d’éducation bienveillante, certains parents traduisent par « famille sans autorité », « pas de règles », « règne de l’enfant roi ». Or l’éducation bienveillante est à l’inverse de ces idées reçues. Pour se construire, l’enfant a besoin d’un cadre, de règles. Il a aussi besoin de liberté. Comment concilier les deux ? sur quoi reposent les piliers de l’autorité bienveillante ?

Vater und Sohn

Education ou autorité bienveillante ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les deux ne sont pas des synonymes. En effet, l’éducation bienveillante est plus large : elle recouvre à la fois l’autorité bienveillante et l’écoute empathique, l’apprentissage de l’empathie, l’accueil et l’amour inconditionnel du parent pour son enfant. Parfois, il est difficile de mettre en place tous ces éléments. Démarrer par de l’autorité bienveillante peut alors être un premier pas essentiel !

De quoi parle-t-on ?

Autorité vient du latin « auctoritas » : pouvoir de dire oui (le même mot a donné « autoriser ») et aussi pouvoir de se faire obéir. Pour la bienveillance, il s’agit de la contraction de deux mots latins : bene volens,  » vouloir le bien ».

Donc l’autorité bienveillance est la capacité de dire oui ou de dire non à son enfant, dans le but de développer son bonheur.

Sourires et bonheur, synonymes ?

Attention, le bonheur d’un enfant ne devrait pas se mesurer à la quantité de sourires qu’il donne par jour. Même si un sourire est un bon indicateur, il peut être trompeur : un enfant à qui l’on ne refuse jamais rien, pour lequel on accède à tous ses désirs, sourira au moment de recevoir ce qu’il demande… et pourtant il ne sera pas heureux. En effet, l’enfant peut alors se sentir abandonné et avoir des pensées du type « mes parents tentent d’acheter mon amour… au fond d’eux, ils se fichent de moi car ils disent oui à tout… Ils sont incapables de réfléchir à ce qui est bon pour moi ou non… c’est bien signe qu’ils ne m’aiment pas. Que puis-je faire pour – qu’enfin – on me dise non ? »

Et oui, cela semble étonnant, mais le rôle des parents est -entre autre- d’apprendre la frustration à leurs enfants : ne pas tout avoir, tout de suite. D’ailleurs, un enfant qui aurait tout ce qu’il désire chez lui, serait tout de même confronté à la frustration : à l’école, quand il doit obéir aux règles de l’institutrice. Dans la rue où il ne peut pas traverser n’importe où, n’importe comment. Dans les boutiques ou supermarchés où tout ne peut pas être acheté. S’il n’a pas appris à gérer sa frustration chez lui, en sécurité, avec des parents aimant, que fera-t-il alors ? Il se mettra en colère, ne saura pas se contenir, se donnera en spectacle et ensuite risquera d’avoir honte de sa réaction. Comment oser retourner à l’école après que l’on ait tout renversé dans la classe ? Comment sortir dans la rue après s’être fait invectiver par tous les voisins ?

Donc l’autorité bienveillante n’est pas du laxisme

L’autorité n’est pas l’autoritarisme

Apprendre à frustrer son enfant est important, mais attention à ne pas confondre autorité et autoritarisme.

Dans l’autoritarisme, le parent va asseoir son pouvoir sur l’enfant, en le faisant obéir « au doigt et à l’œil », prenant toutes les décisions pour lui. Car lui seul sait ce qui est bon pour l’enfant. Le problème dans ce type d’autorité est qu’on ne tient aucun compte de l’enfant, de ses besoins, de ses désirs, de ses émotions. Il n’apprend ni à écouter sa « petite voix intérieure », son intuition, ni à s’auto-évaluer par rapport à lui-même. Toute sa vie, il dépendra du regard et de l’approbation des autres. Pire, ayant appris à suivre la voix du chef sans réfléchir, l’enfant devenu ado risquera de suivre un chef de bande, qui pourrait exiger… n’importe quoi en fait : que le jeune boive, fume, se drogue… pour être intégré au groupe.

Il est donc tout aussi difficile pour un enfant de ne pas avoir de règle et d’entendre « sois gentil, vas te coucher maintenant s’il te plait… ça fait 20 fois que je te le demande.. il commence à être tard…s’il te plait ! » que « c’est comme ça et pas autrement ! tu n’as pas à comprendre ! »

Un juste milieu possible

Entre les deux, on peut par exemple dire « tu connais la règle : au lit à 20H15 pour l’histoire ; on éteint à 20H30. Il est déjà 20H30, donc pas d’histoire ce soir, on fait juste un bisou et un câlin et au lit ». Si le problème se renouvelle, il faudra prendre du temps pour écouter ce que l’enfant dit : peut être qu’il a peur de quelque chose ? Qu’il grandit et a moins besoin de sommeil ? Qu’il fait des cauchemars ? Qu’il a un problème à l’école ? Si on ne l’écoute pas, on ne pourra pas régler le problème en profondeur… Avec le laxisme, le parent risque de manquer de plus en plus de sommeil en tentant de négocier tous les soirs l’heure du coucher. Avec l’autoritarisme, c’est l’enfant qui risque de peu dormir en cumulant cauchemars, stress et mal-être. A moins qu’il ne se révolte et le fasse payer aux parents !

Pour éviter cela, la mise en place d’un cadre structurant, bienveillant, permettant le développement de l’enfant sera adapté.

Un cadre (de tableau) comporte 4 côtés. Il en est de même avec un cadre éducatif bienveillant :

Le premier coté est constitué d’interdits. Il s’agit des interdits par la loi (légale, sociale, religieuse…). Ex : il est interdit de voler, d’être ivre sur la voie publique, d’acheter de l’alcool ou du tabac avant 18 ans… Ce côté du cadre englobera les autres : rien ne devrait être négociable ou libre si ce n’est pas légal. Ex : fumer du cannabis avec son ado… est interdit par la loi.
Ensuite les parents pourront réfléchir à ce qui n’est pas négociable. Par exemple : faire ses devoirs, ne pas sortir en semaine… Attention, cela ne fonctionne que si vous prévoyez en même temps une conséquence en cas de non respect ! Ex : « si les devoirs ne sont pas faits, tu devras le dire toi-même à ton institutrice ». Les enfants doivent connaitre la règle et les conséquences à l’avance, et on pourra répéter « c’est non et c’est non négociabl e».

Puis on pourra indiquer à l’enfant ce qui est négociable : les invitations chez les copains, le programme télé… A chaque famille de poser ce qui est important pour elle. Là aussi, des conséquences seront prévues si la règle n’est pas respectée. « Tu as regardé la télé alors que je venais de dire non. Demain, ce sera une journée sans écran ».

Et enfin – pour que l’enfant et les parents s’y retrouvent – une certaine liberté sera laissée dans certains domaines. Ex : « tu es libre d’écouter la musique que tu souhaites. Mais pas à fond après 22h : c’est interdit par la loi (et mauvais pour tes oreilles et la famille) ». ainsi, on rappelle le cadre légal en même temps que la liberté.

Bien entendu, plus l’enfant grandit et plus la liberté sera importante, même si elle dépend en partie du comportement de l’ado. Ce dernier pourra d’ailleurs participer à la mise en place de ces règles, en donnant son avis. Les parents pourront essayer d’en tenir compte, mais ce sont bien eux qui décident en fin de compte !

Finalement, ce qui est interdit et non négociable donnera à l’enfant un sentiment de sécurité. Ce qui est négociable et libre lui donnera un sentiment de liberté. Et le tout sera moins déstabilisant pour tous : parents et enfants seront plus détendus ! Mais c’est bien à chaque famille de construire son cadre, car celui-ci dépend beaucoup de la culture et des valeurs familiales.

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Marie-Charlotte Clerf

Thérapeute Vittoz certifiée, coach certifiée en développement personnel,  formatrice parentale. Elle a créé « MC2 coach-famille » pour aider les parents à améliorer leur  vie de famille. Ses spécialités : accompagner chaque membre de la famille à  trouver sa juste place, faire progresser la communication et les relations parents / enfants et enfants entre eux  , favoriser  la prise de conscience de ses points forts et des points d’amélioration possibles, aider à sortir d’un burn-out familial ou d’une dépression, se sentir utile et plein d’énergie, tout en ayant le temps de s’ occuper de soi-même…
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