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Et si on parlait malbouffe saine avec les auteurs de Good Junkfood ?

Par Nathalie Brunissen - Mise à jour le

Good junkfood manger sans culpabiliser livre Julie Schwob

Pour apporter une alternative saine aux repas emblématiques des fast-food que vos enfants et vos ados adorent, la cuisinière Julie Schwob et le nutritionniste David Nouet ont imaginé un livre de recettes qui reprennent les standards de ce qu’on peut appeler la malbouffe, en version faits maison. Dans Good Junkfood, manger sans culpabiliser, édité chez Flammarion, ils proposent plus de 50 recettes gourmandes, réconfortantes et saines pour toute la famille. Rencontre.

5 questions à Julie Schwob, cuisinière et auteure de Good Junkfood

Qu’est-ce qui a déclenché cette envie de faire un livre de recettes de « malbouffe saine » (pour traduire le titre de votre ouvrage) ?

C’est un cheminement… qui commence dans les années 1980 après que mon père me rapporte des Etats-Unis une lunch-box Superman typique des petits écoliers américains et un t-shirt Wendy’s, l’une des marques historiques de burger… Je tombe dans la Food pop-culture ! Bien des années plus tard, je me forme à la pâtisserie à l’Ecole Ferrandi puis à la cuisine… et enfin je rencontre mon conjoint, américain pur jus de Pennsylvanie ! S’ensuivent des livres de cuisine sur les cheesecakes, la cuisine américaine régionale (Yes we Cook !), et quand mon fils nait il y a 10 ans, je reviens à mes basiques, la cuisine saine et simple de ma grand-mère qui avait une ferme dans le Dauphiné : les conserves, la cuisine du jardin, les volailles…. Bref c’est la synthèse de tout ça !

Comment avez-vous convaincu votre fils de 10 ans de manger des hamburgers et autres nuggets maison plutôt que d’aller au fast-food ?

Pour les burgers, ce sont les petits pains délicieux de notre boulanger du coin qui ont créé le déclic ! Tellement frais et moelleux… avec les steaks hachés bien assaisonnés par mon conjoint, 2 feuilles de salade croquantes… et hop ! Et pour les nuggets, son père lui a appris à les faire comme lui-même les faisait avec sa maman quand il était petit… donc c’était plutôt simple pour nous de le convaincre !

Aller chez MacDo, KFC ou autres, c’est aussi passer un moment convivial en famille (ou entre amis pour les ados). Manger sain… mais à la maison peut-il remplacer ces moments de partage ?

En famille nous sommes plutôt adeptes du «  à emporter », mais c’est vrai que ces moments entre copains en dehors de la maison sont irremplaçables pour les ados, les jeunes et les moins jeunes ! C’est bien normal, et il n’est pas question de s’en priver ! Avec la fermeture actuelle des restaurants, c’est encore plus dur… Chez nous, en attendant des jours meilleurs, on a décidé de réunir les meilleurs copains de classe, une fois par mois pour un déjeuner Good Junk Food.   Et nous les parents, on se fait tout petits pour qu’ils profitent, qu’ils s’amusent et qu’ils rient comme si on n’était pas là !

Faites-vous malgré tout des entorses pour « faire plaisir » à votre fils ?

Bien sûr, on a un rituel bien ancré dans la culture familiale : une livraison de tenders de poulet dégustés devant un film en famille ! Et ça fait plaisir à tout le monde !

Les enseignes de « good junkfood » se développent, mais pas sûr que ce soient les ados qui les fréquentent… Une question de prix, ou de génération encore peu sensibilisée au « bien manger » ?

Pour moi c’est surtout une question de prix… Les ados qui sortent du collège ou du lycée n’ont malheureusement pas les moyens de ces enseignes-là, qui sont d’ailleurs plutôt visitées pas les jeunes actifs qui ont des moyens financiers ou des tickets restaurants. Et contrairement à ce que l’on peut imaginer, les enfants d’aujourd’hui sont très conscients et très informés des problèmes de la malbouffe : l’obésité qu’elle génère, les additifs que l’on y trouve parfois, les modes de production ou d’élevage que l’on peut questionner… Ils apprécient d’ailleurs les marques qui font des efforts pour s’améliorer. D’ailleurs ce sont souvent eux qui font évoluer la cuisine de leur parent vers une malbouffe plus saine !

recette de kebab extraite du livre Good JunkFood

Recette de kebab de dinde, extraite du livre Goodjunkfoo – Photo : Charly Deslandes

7 questions au nutritionniste David Nouet, co-auteur de Good Junkfood

Bien manger, qu’est-ce que ça veut dire ?

Il y a bien entendu une définition très normative qui s’appuie sur des recommandations scientifiques telles que celles édictées par le Programme National Nutrition Santé qui permettent de se repérer dans sa consommation alimentaire tant quantitativement que qualitativement. Mais selon moi, elle ne peut se suffire à elle seule. La notion de bien manger est propre à chaque personne selon ses goûts, ses envies, sa culture mais aussi ses moyens financiers. C’est en fait une norme très personnelle qu’il faut parfois questionner par rapport à la norme établie.

Les ados ne sont pas les rois d’une alimentation saine et équilibrée. Quelles conséquences peut avoir la malbouffe sur leur santé et leur développement ?

Il me semble nécessaire de prendre du recul avant de brandir l’étendard du « tout sain et du tout structuré », car par définition, la plupart des adolescents vivent une période de déstructuration qui est à l’image parfois de leur mode alimentaire.

Il faut aussi relativiser sur l’image néfaste que peuvent véhiculer certains aliments comme le burger, la pizza ou bien le kebab. Notre livre s’est attaché d’ailleurs à redorer leur blason. Ils ont le mérite de représenter un repas complet, certes gras et calorique, mais qui peut être contrebalancé par les autres repas dans la journée, soit au domicile ou à l’école, qui ont normalement les caractéristiques d’un repas mieux équilibré.

Enfin, la majorité des adolescents arborent plutôt une silhouette longiligne en raison de l’importance de leurs besoins nutritionnelles liés à la croissance, qui compensent les excès en tout genre. Si les apports caloriques ne dépassent pas leurs besoins, ils n’ont pas de raison de prendre du poids. Si les rondeurs apparaissent, surtout à cet âge ou l’image liée au corps revêt une importance capitale, il est important d’intervenir pour que le surpoids ne devienne pas une source de problèmes de santé, et n’affecte pas l’image personnelle de l’adolescent.

Pourquoi la « junkfood » leur plait-elle tant ?

La junkfood plait parce qu’elle flatte nos papilles par ses différences de textures qui alternent le croquant et le moelleux, sublimées en cela par des exhausteurs de goût bien connus comme le sel et le gras. Tout cela pour pas cher ! Pas besoin d’être adolescent pour succomber à cela !

Mon avis est que la junkfood se définit plus comme un mode de pensée, un lieu de consommation plutôt qu’à travers des caractéristiques nutritionnelles. Pour les adolescents, ce sont des lieux de consommation sans la présence des parents, ou ils peuvent se retrouver entre eux, partager leurs codes alimentaires qui s’opposent nécessairement à ceux des parents. C’est un passage parfois nécessaire pour se construire que de se différencier des règles parentales.

recette de nuggets de poulet extraite du livre Good Junkfood

Recette de nuggets de poulet, extraite du livre Goodjunkfoo – Photo : Charly Deslandes

Eduquer les jeunes à ce qui est bon pour la santé, d’accord. Mais cela ne passe-t-il pas avant tout par une éducation au (bon) goût, qui commence à la maison ?

Ce n’est peut-être pas un hasard si l’origine du mot éduquer est « educare » qui veut dire « nourrir » en latin au sens d’apporter de l’information, de la connaissance pour tendre vers « l’educere », c’est-à-dire l’autonomie. Les parents ont donc bien entendu une place majeure comme relais de l’information nutritionnelle. D’ailleurs la plupart des études montrent que les parents restent les premières sources d’information pour les adolescents sur le plan alimentaire devant les enseignants et les médias. Il y a donc forcément tout un travail en matière de politique de santé publique à développer et à renforcer auprès de tout citoyen. Il reste que l’acte alimentaire reste une pratique alimentaire personnelle influencée par de multiples canaux. L’éducation à la santé au sens large au sein de chaque famille en fait surement partie.

Les messages sanitaires sur les publicités ont-ils un impact sur les ados ?

Depuis le lancement du PNNS dans les années 2000 qui relaie entre autres le message des 5 fruits et légumes par jour, force est de constater que les Français ont modifié leur mode de consommation. Le changement de comportement alimentaire est un processus complexe et long. Cependant, je trouve que d’autres messages qui accompagnent les publicités renforcent au contraire la frustration et la culpabilité. C’est une approche presque schizophrénique de vous allécher devant votre écran avec des produits ultra transformés tout en vous culpabilisant par des injonctions à ne pas consommer trop gras, trop sucrés ni trop salé. Je ne pense pas qu’elles soient tellement efficaces auprès des ados.

Est-ce qu’on n’est pas trop dans les diktats aujourd’hui, avec le règne du « sans », au détriment de la notion de plaisir ?

Tout à fait d’accord. On voit revenir en force une certaine forme d’hygiénisme, renforcée par la situation sanitaire actuelle. L’alimentation, comme la mode, répondent à des normes de société, à des courants de pensée. Elle est souvent le reflet d’une société : ses aspirations mais également ses contradictions. On parle trop souvent de plaisir coupable. Tout est dit !

Vous incitez à manger « en pleine conscience » pour manger mieux. Ca veut dire quoi ?

Le Mindful Eating est une approche qui propose d’appréhender l’acte de manger sous un angle différent, c’est-à-dire en pleine conscience, en prêtant attention à tout ce qui se passe au moment des repas. Il invite à se reconnecter à soi et à son corps. Il peut être un moyen pour adopter de nouveaux comportements alimentaires plus sains et plus durables dans le temps. C’est aussi en cela que notre proposition de Good Junkfood se démarque de la junkfood en invitant les personnes à prendre conscience des gestes, des pensées, des émotions, du ressenti et des motivations qui s’expriment lorsqu’elles mangent, afin de se reconnecter à eux-mêmes et d’apprendre à faire confiance à leur corps et à ses mécanismes de régulation.

Good Junkfood : manger sans culpabiliser, écrit par Julie Schwob et David Nouet, aux éditions Flammarion, avril 2021, 176 pages, 19,90 €. Commander sur la FNAC ou Amazon

 

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