Harcèlement à l’école : 100% des élèves et des parents concernés !

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Par le Mis à jour le 09/11/2017

Couv_harcelement_en_milieu_scolaireEntre 10 et 20% des élèves ont été, sont ou seront harcelés pendant leur scolarité. Soit 1 ou 2 élèves par classe en primaire et 3 à 4 par classe au collège et lycée ! Qui sont les enfants harcelés ? Comment les repérer ? Que faire avec les harceleurs et pourquoi tout le monde est-il concerné ? Et tout d’abord, de quoi parle-t-on ?

Qu’est ce que le harcèlement scolaire

De petites agressions physiques et psychologiques, répétées dans la durée par un ou plusieurs agresseurs contre un élève qui n’arrive pas à se défendre dans cette situation.

Qui peut être harcelé ?

Tout le monde ! La croyance que seuls les élèves qui présentent une différence physique, sociale, intellectuelle… sont concernés, est erronée. Une question jugée comme « idiote », une maladresse avec un stylo, une chute, une plaisanterie ratée… tout détail peut être à l’origine d’un harcèlement. Certains, ceux qui ont le plus confiance en eux, sauront comment réagir et le harcèlement s’arrêtera aussitôt. Pour les autres, ce peut être le début de l’enfer.

Quelles sont les formes de harcèlement ?

 

Dans ma pratique de thérapeute, j’en ai repéré trois (sans parler de cyber-harcèlement…) :

Le « bouc émissaire » :
au harcèlement moral s’ajoute le harcèlement physique : affaires abîmées, enfant isolé et insulté, battu, humilié devant d’autres enfants, menacé et/ou racketté.

Le « syndrome de la différence » :
l’enfant possède une différence physique, sociale ou physiologique et on lui donne un surnom ravageur que l’on réitère très souvent. Au départ, cela fait rire l’enfant harcelé, puis il continue à rire pour ne pas perdre la face. Mais il perd confiance en lui, pleure ou attaque.

Le harcèlement « invisible » :
l’enfant est DANS le groupe mais on se serre quand il arrive, on le laisse tourner pour trouver une place. Il marche derrière, doit négocier des heures pour savoir avec qui déjeuner. On lui reproche de se plaindre, de ne pas mettre de limites… tout ce qu’il fait. On le traite de « victime », de « sans amis », de « parano ». Le harceleur a souvent un double visage : il harcèle et soutient, accuse et défend (ce qui lui permet de passer pour un héros). L’enfant harcelé ne sait plus que croire, que faire et développe un « syndrome de Stockolm » : pour ne pas être seul, il reste avec son harceleur, qui devient son seul ami… mais à quel prix !

Comment repérer le harcèlement ?

Il existe dans tous les milieux, et à tous les âges avec une prééminence au collège.

Il est compliqué -voire impossible- de le repérer. La majorité des enfants n’en parlent pas et tentent de donner le change à la maison : ils en ont honte ou se sentent coupables, ne veulent pas faire peser ce poids sur leurs parents, parfois ils refusent de reconnaitre que ça leur arrive (c’est du déni, car trop douloureux à supporter) ou encore ont peur que ceux-ci interviennent auprès de l’école pour que la harceleur soit puni. Ce qui serait pire pour lui après…

Voici certains signes qui peuvent alerter : maux de ventre avant l’école, oubli régulier des affaires de sport, changements dans la façon de se nourrir (on mange trop ou plus du tout), sommeil perturbé, notes qui chutent, demande que les parents viennent le chercher, demande d’école à la maison, pleurs, perte d’affaires, parle de mort. L’enfant, l’ado peut ne présenter qu’un seul de ses signes et pourtant souffrir le martyre ! Mais tous les élèves qui oublient régulièrement leurs affaires ou n’ont pas envie d’aller à l’école ne sont pas harcelés…

Pour savoir ce qui se passe, le meilleur moyen est de créer avec ses enfants une relation de confiance réciproque, par exemple en se formant à l’écoute active.

 

Qui sont les harceleurs ?

il n’y a pas de « profil type ». La plupart du temps, ce sont des enfants intelligents, souvent charmants qui ont besoin de se sentir populaires… par exemple parce que leur confiance en eux est de façade ou ils ont eux-mêmes été harcelés… La plupart savent ce qu’ils font, mais n’ont pas toujours conscience de la gravité des choses. Lorsqu’on les interroge, la réponse est toujours la même : « ce n’est rien… c’est pour rire ! ».

Pourtant les harceleurs ne pourraient le devenir s’ils n’avaient autour d’eux… un public. C’est essentiellement la réaction de ces « témoins » qui va transformer une plaisanterie en un harcèlement. Il en existe trois sortes :

Les « supporters » : ils rient des « plaisanteries » et parfois en rajoutent. Il vaut mieux être du côté du harceleur que du côté du harcelé…

Les « indifférents » : ils voient (contrairement aux adultes) mais n’interviennent pas. Soit par peur d’être pris pour cible à leur tour, soit parce qu’ils ne savent pas quoi faire, soit parce qu’ils ne veulent en aucun cas « être des balances ».

Les « sauveurs » : ils sont extrêmement rares… malheureusement. Certains vont choisir par exemple de rester avec la personne harcelée afin qu’elle ne soit pas seule, ou en parler à des adultes de confiance, ou carrément s’opposer aux harceleurs.

Ainsi, 100% des élèves sont concernés puisqu’ils sont soit harcelés, soit harceleurs, soit témoins…

Que peuvent faire les parents ?

L’idéal – quand on est au courant – est un travail commun entre tous les éducateurs : école, professeurs, parents. Si une action est opérée d’un seul côté, c’est souvent insuffisant.

Nous verrons dans un prochain article ce que l’école peut faire.

 

Avec l’enfant harcelé

Il est important de repérer les éventuels signes d’alerte. Bannissez les phrases toutes faites comme : « il faut que jeunesse se passe », « ça forge le caractère », « il l’a bien cherché », « c’est pour rire » ou « le harceleur est jaloux »… Elles ne font aucun bien à l’enfant harcelé et justifient l’action du harceleur !

En revanche des phrases d’écoute et de soutien telles que « ce que tu vis est très difficile », « nous allons trouver une solution », « la vie vaut la peine d’être vécue… même si c’est difficile », « je t’aime 24h sur 24, et tu es important pour moi », sont plus aidantes.

Le meilleur outil pour les parents est l’écoute active : l’enfant reconnu dans sa douleur peut avancer… petit à petit. Parfois, il faut aussi déscolariser temporairement un enfant. J’aime beaucoup l’utilisation de « jokers » : donner à son enfant harcelé 3, 4 ou 5 jokers sur l’année.  Il peut les utiliser quand il veut, sans avoir à se justifier, pour éviter d’aller à l’école quand c’est vraiment trop lourd.

Enfin, le jeune devrait rencontrer un thérapeute qui pourra l’accompagner vers un chemin de reconstruction. Il pourra aussi apprendre à l’enfant comment se défendre et arrêter le processus. C’est idéal quand on y arrive, car ainsi l’enfant reprend très rapidement confiance en lui. Il a été capable de réagir.

Si l’enfant refuse que le parent parle avec l’école, je crois qu’il faut le faire – malgré tout – et sans en informer l’enfant. L’école a une très forte responsabilité pour faire cesser les choses. Si la Direction entend la demande du parent, les choses seront plus faciles. En revanche, si la Direction ou les professeurs font la sourde oreille, il faut parfois aller jusqu’à menacer ou porter plainte. La vie d’un enfant est trop précieuse pour laisser faire. Vous verrez dans un prochain article ce que l’on peut dire et faire.

 

Avec les témoins et les harceleurs

Il revient aux parents de former leurs enfants aux valeurs qu’ils veulent transmettre. En l’occurrence, je pense que tous les parents devraient parler de courage… Est-ce d’attaquer un plus petit ? Un plus faible ? Est-ce de laisser faire ? Car il faut du courage à un témoin pour réagir.

Il convient aussi d’apprendre aux enfants la différence entre « être une balance » (termes issus du grand banditisme…), faire de la délation (comme contre les juifs entre 1939 et 1945), et dénoncer des actes inacceptables et hors-la-loi. « Dire n’est pas trahir ». Et rappeler qu’il existe en France une loi sur « la non assistance à personne en danger ».

Et surtout, si les témoins ne rient pas lorsque l’enfant harcelé est pris pour cible, s’ils se détournent du harceleur en haussant les épaules et en disant que c’est ridicule et pas drôle, alors il y a toutes les chances que le harceleur – faute de public – arrête…

Il ne faut en aucun cas minimiser l’action du harceleur… même si c’est son enfant et que c’est difficile à supporter en tant que parent ! Non, ce n’est pas drôle de se moquer d’un enfant. Non, ce n’est pas du courage. Non, la popularité ne peut pas se faire sur le dos de quelqu’un d’autre. Mais attention aux punitions qui renforcent l’envie de vengeance. L’idéal est de développer l’empathie chez ces jeunes, en les impliquant dans la réparation et le soutien des personnes harcelées. Cela s’apprend dans les Ateliers des Parents.

Vous voulez apprendre l’écoute active ? Vous souhaitez développer l’empathie chez vos enfants ? Savoir mettre un cadre sécurisant et bienveillant ? Venez suivre l’un des Atelier Des Parents avec Marie-Charlotte Clerf : il existe des ateliers pour les parents d’enfants 0/5 ans ; pour les 6/11 ans et pour les parents d’ados. Renseignements à : contact@coach-famille.fr

A lire pour aller plus loin

Pour les parents :
– Harcèlement en milieu scolaire – Victimes, auteurs : que faire ?, d’Hélène Romano, chez Dunod, 15,90 €.
Stop au harcèlement: Le Guide pour combattre les violences à l’école et sur les réseaux sociaux, de Nora Fraises, chez Calmann-Levy, 4,50 €?
– Marion, 13 ans pour toujours, de Nora Fraisse, chez Calmann-Levy, 16,50 €.
– Harcèlement et cyberharcèlement à l’école : Une souffrance scolaire 2.0, de Jean-Pierre Bellon et Bertrand Gardette, chez ESF Editeur, 23,35 €.
Te laisse pas faire ! : Aider son enfant face au harcelement à l’école, d’Emmanuelle Piquer, chez Payot, 18 €.

Pour les enfants et les ados :
– De la rage dans mon cartable, de Noémya Grohan, chez Hachette Témoignages, à partir de 13 ans, 11,90 €.
– L’enfer au collège, d’Arthur Ténor, chez Milan Poche Junior, à partir de 9 ans, 5,50 €.
Lili est harcelée à l’école, de Dominique de Saint-Mars, chez Calligram, à partir de 6 ans, 4,90 €.

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dans notre rubrique EDUCATION & PSYCHO

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